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© Le Sphinx Hebdo : Paul Daniel Bekima
- 18 Jul 2016 14:14:34
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Cameroun, André Blaise Essama: Voyou ou Visionnaire? :: CAMEROON
Le 4 Juillet 2016, le tribunal de 1ère instance de Bonanjo (Douala) reconnaissait Essama (alias Ben Laden) coupable de « destruction de bien public », et le condamnait à 6 mois d’emprisonnement ferme assortie d’une amende de 2 millions de francs cfa.
Quoi que l’on pense de cette condamnation, et du « crime » reproché à Essama, l’on ne peut nier que cette histoire force l’ouverture d’un débat national relatif à la place, au rôle, et au choix des monuments qui devraient symboliser et cimenter notre conscience historique commune.
Il est difficile de voir en quoi une statue faite de béton, représentant le General français Leclerc de Hautecloque serait un bien public au Cameroun. Celui-ci n’a rien fait pour le Cameroun. Au contraire, c’est celui-là même qui a enrôlé de force dans l’armée française des milliers de Camerounais et d’Africains, qui sont ensuite allés mourir en Europe dans une guerre qui ne les concernait pas et pour laquelle ils ont servis de gilet pare-balles aux soldats de l’armée françaises.
Les méthodes d’Essama sont peut-être répréhensibles, mais cela ne change rien au mérite de ses revendications. Quel mal y a-t-il à demander que nos rues soient rebaptisées aux noms de nos héros nationaux ? L’effet psychologique, même subliminal à se débarrasser de ces symboles de la domination française n’est pas à négliger. C’est une façon peu coûteuse mais fort symbolique de renforcer la fierté nationale, tout en marquant notre territoire vis-à-vis des étrangers.
A titre d’exemple, la France a été conquise et occupée par les Allemands au cours de la deuxième guerre mondiale, mais à Paris, pour aller de l’Arc de Triomphe (aussi appelée Place Charles de Gaulle) aux Invalides (où se trouve la tombe de Napoléon Bonaparte), l’on traverse entre autres, la Place Clemenceau, le pont Alexandre III, le Quai d’Orsay, le Rue Fabert, la Rue Paul et Jean Lerolle…
De l’autre coté à Douala, pour aller de Bonanjo à 2 églises, l’on traverse l’Avenue Kitchener, la Rue Lamotte-Piquet, l’Avenue Charles de Gaulle, la Rue Gallieni…
Une telle différence d’état d’esprit se passe de commentaires.
Comment peut-on qualifier Essama de fou lorsqu’il soulève de telles incongruités ? Est-ce un signe de trouble mental que de demander que nos rues portent les noms de nos héros nationaux ? Même si les pouvoirs publics ne veulent pas entendre parler des Um Nyobe, Félix Moumié, Ernest Ouandié et de bien d’autres considérés comme des héros « violents », pourquoi ne font-ils rien pour les modérés ? Où sont les Universités Tchuindjang Pouemi, Anomah Ngu ou Mongo Béti ? Ou est l’aéroport Douala Manga Bell ou le stade Roger Milla?
Un peuple fier et digne s’épanouit dans la célébration de son histoire à travers ses héros. L’on ne devrait pas uniquement enseigner son histoire dans les salles de classes ; l’on devrait la vivre au quotidien à travers les monuments, les rues, les places qui nous entourent. C’est cette immersion au quotidien dans son histoire, cette osmose entre un peuple et ses géants historiques qui sert de repère historique et psychologique, et prépare une nation à lever de grands défis, car chaque individu ressent ainsi la présence de ces héros qui l’invitent à contribuer au développement de la nation
André Blaise Essama a été condamné, mais les questions qu’il soulève sont plus que jamais d’actualité, et devront trouver des réponses adéquates dans un futur proche si nous ne voulons pas nous contredire. Il est temps que s’enclenche définitivement pour certains, et se consolide pour d’autres, la libération mentale tant attendue par peuple Camerounais. Et pour cela, et pour cela seulement, nous pouvons dire merci au « maquisard » André-Blaise Essama.
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