Plainte contre Paul Biya : la diaspora camerounaise saisit la justice française
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France - Plainte contre Paul Biya : la diaspora camerounaise saisit la justice française

La diaspora camerounaise a déposé un mémorandum au parquet de Paris pour soutenir les plaintes pénales d'Issa Tchiroma Bakary contre le régime de Paul Biya. 

Le Conseil des Camerounais de la diaspora (CCD) a adressé un mémorandum au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Paris pour réclamer un suivi des plaintes pénales déposées par Issa Tchiroma Bakary.

« Par le présent mémorandum, nous souhaitons attirer votre attention sur les plaintes pénales déposées devant les juridictions françaises par le Président élu Son Excellence Issa Tchiroma Bakary. »

Ces mots, adressés au procureur de la République de Paris, portent l'espoir de toute une communauté. La diaspora camerounaise, en première ligne dans le combat pour la justice, a décidé de passer à l'offensive. Leur arme ? Un mémorandum, des plaintes pénales, et la volonté inébranlable de faire entendre la voix des victimes de la répression post-électorale.

Depuis l'élection présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun est plongé dans une crise politique profonde. Les résultats officiels, qui donnent Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix, sont contestés par une partie de l'opinion camerounaise. Issa Tchiroma Bakary, arrivé officiellement deuxième avec 35,19 % des suffrages, revendique la victoire et s'est autoproclamé « président élu ».

Issa Tchiroma Bakary : l'opposant qui ne plie pas

Issa Tchiroma Bakary n'est pas un inconnu dans le paysage politique camerounais. Ancien ministre, il a démissionné du gouvernement le 24 juin 2025 pour se lancer dans la course à la présidentielle.

Le 14 octobre 2025, deux jours après le scrutin, il a unilatéralement déclaré sa victoire, affirmant avoir remporté l'élection avec « une marge écrasante et un score supérieur à 50 % des suffrages ». Une déclaration qui a marqué le début d'une confrontation ouverte avec le pouvoir en place.

Aujourd'hui en exil en Gambie, il poursuit son combat sur un nouveau terrain : celui de la justice française.

Les plaintes pénales : une stratégie judiciaire inédite

Le 15 juin 2026, Issa Tchiroma Bakary a annoncé avoir déposé deux plaintes pénales auprès du tribunal judiciaire de Paris contre le président Paul Biya et une vingtaine de hauts responsables camerounais.

Parmi les personnes visées figurent le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, des ministres, ainsi que des responsables de l'armée, de la gendarmerie et de la police.

L'opposant invoque le principe de compétence universelle un mécanisme juridique qui permet à un État de juger des crimes graves, même commis hors de son territoire. « Le tribunal judiciaire de Paris bénéficie de la compétence universelle sans exiger que le crime ait un lien territorial avec cet État », explique Maître Calvin Job, avocat aux barreaux du Cameroun et de Paris.

Les plaintes dénoncent la répression des manifestations post-électorales, des meurtres, des détentions arbitraires et des violations des droits fondamentaux.

Un mémorandum de la diaspora camerounaise

Le 5 août 2026, le Conseil des Camerounais de la diaspora (CCD), accompagné de plusieurs organisations, a déposé un mémorandum à l'attention du procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Paris.

Le document, signé par Robert Waffo Wanto, président du CCD, bénéficie du soutien de nombreuses organisations : la Brigade Anti-Sardinards (BAS), Cameroon Patriotic Diaspora (CPD), Cameroon Diaspora for Change (Camdiac), Cameroon Coalition for Change (CCC), les Fourmis Magnans, Les Amazones, Les Bobbi Tanap, l'Union des Artistes du Changement et le Front de Libération du Kamerun (FLK).

Dans ce mémorandum, la diaspora affirme que « de très nombreux Camerounais réfutent les résultats officiellement proclamés et affirment que la vérité des urnes n'a pas été respectée ». Elle évoque une crise politique ayant donné lieu à « plusieurs dizaines de morts, des centaines de personnes portées disparues, des centaines de blessés et des milliers de personnes détenues arbitrairement ».

Le mémorandum porte le cachet de réception du service courrier du parquet de Paris, daté du 6 août 2026.

Ce que révèle le mémorandum

Le document, dont une copie a été obtenue par notre rédaction, détaille les motivations de la diaspora :

« Pour une grande partie de l'opinion camerounaise, cette démarche judiciaire représente un espoir de voir la vérité établie et les responsabilités déterminées conformément aux principes de justice et de droit. »

La diaspora demande que la situation des personnes détenues pour des motifs politiques soit prise en compte et que les faits dénoncés fassent l'objet d'un examen judiciaire.

Plusieurs pièces ont été jointes au dossier, notamment des certificats de dépôt de plaintes, un communiqué attribué à Issa Tchiroma Bakary, des photographies présentées comme des éléments de preuve ainsi qu'une clé USB contenant des documents relatifs aux violences évoquées.

Le contexte de la crise post-électorale

Les faits dénoncés dans les plaintes et le mémorandum s'inscrivent dans un contexte de violences post-électorales au Cameroun. Selon un rapport de 30 ONG, plus de 700 morts auraient été enregistrées en 2025, année électorale.

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme s'est également alarmé des décès signalés après la réélection de Paul Biya. Le gouvernement camerounais a reconnu des morts lors des manifestations, tandis que l'Union européenne et l'Union africaine ont dénoncé la répression.

La réaction du pouvoir camerounais

Interrogé sur ces plaintes, Grégoire Owona, ministre et secrétaire général adjoint du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a minimisé l'initiative de l'opposant.

« Tchiroma a un besoin d'existence qui justifie ce qu'il fait. Le RDPC quant à lui travaille à la préparation des prochaines élections. On est bien trop occupés pour parler de Tchiroma », a-t-il affirmé.

Une déclaration qui traduit la volonté du pouvoir de ne pas donner de crédit à cette offensive judiciaire.

Que va-t-il se passer maintenant ?

La saisine du tribunal judiciaire de Paris constitue une première étape dans une démarche qui pourrait être étendue à d'autres mécanismes internationaux compétents en matière de droits humains et de détention arbitraire.

Mais le chemin est long. Comme le rappelle Maître Calvin Job, « aboutir ou pas aboutir, ce type d'affaire prend souvent du temps ».

Pour la diaspora camerounaise, ce mémorandum est un signal fort : elle ne compte pas abandonner la lutte pour la justice. Et elle entend bien utiliser tous les leviers à sa disposition, y compris judiciaires, pour faire entendre sa voix.

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