Accusé de coup d'État, Sani Mouhamadou contre-attaque
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Cameroun - Accusé de coup d'État, Sani Mouhamadou contre-attaque

Sani Mouhamadou, accusé par le capitaine Effoudou d'être le "chaînon" d'un coup d'État au Cameroun, dénonce des "accusations totalement fausses" et saisit la justice française pour diffamation.

Ancien légionnaire français, conseiller en défense et auditeur de l'IHEDN, Sani Mouhamadou répond point par point aux accusations du capitaine Effoudou et annonce des poursuites judiciaires en France contre ses accusateurs.

Le 5 août 2026, Sani Mouhamadou a rompu le silence. Dans un communiqué de presse diffusé depuis Paris, le haut-conseiller en stratégie de défense et de sécurité internationale a annoncé qu'il allait saisir les juridictions françaises pour diffamation. En cause : les accusations "d'une exceptionnelle gravité" formulées à son encontre par le capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi, ancien chef du bureau des renseignements de l'état-major particulier du président Paul Biya. Effoudou le désigne comme le "chaînon" d'une tentative de coup d'État au Cameroun. Un ex-légionnaire français, décoré de la Médaille de l'OTAN, se retrouverait soudainement au cœur d'un complot visant à renverser le régime de Yaoundé. Mais Sani Mouhamadou ne se laisse pas faire. Il répond point par point, détaille son parcours, ses missions, ses armes et promet de "défendre son honneur devant les juridictions françaises".

L'ACCUSATION : LE "CHAÎNON" D'UN COMPLOT

Des vidéos qui ont fait l'effet d'une bombe

Les 24 et 25 juillet 2026, deux vidéos publiées sur YouTube ont secoué la Toile camerounaise. Le capitaine Effoudou y accuse Sani Mouhamadou d'être le "chaînon" d'une tentative de coup d'État. Selon l'ancien officier des renseignements, en 2023, son service avait signalé à la présidence la présence, à proximité immédiate de la résidence présidentielle, d'un individu détenant des armes de guerre de très haute qualité et se faisant passer pour un chef de bataillon. Cet individu, c'est Sani Mouhamadou.

Des "vrais faux documents" signés par Atanga Nji

Ce qui a attiré l'attention des services de renseignement, c'est que Sani Mouhamadou présentait de "vrais faux documents" émanant du ministère de l'Administration territoriale. Au premier rang : une autorisation d'importation d'armes datée de septembre 2018 et signée par le ministre Paul Atanga Nji, présentant Sani Mouhamadou comme "Conseiller défense" et l'autorisant à importer depuis Malte deux armes : une carabine LUVO AR15 en calibre .223 Remington et un pistolet GLOCK 19 en 9 mm. Le capitaine Effoudou affirme que Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, serait intervenu "efficacement et vigoureusement" pour obtenir la mise en liberté immédiate de Sani Mouhamadou.

LA RÉPLIQUE DE SANI MOUHAMADOU : "ACCUSATIONS TOTALEMENT FAUSSES"

Une plainte en diffamation déposée en France

Sani Mouhamadou ne nie pas les faits. Il les replace dans leur contexte. Dans son communiqué, il affirme que les accusations sont "totalement fausses" et portent "gravement atteinte à mon honneur, à ma réputation et à l'intégrité de mon parcours professionnel". Il annonce avoir décidé de saisir les juridictions françaises. Une plainte en diffamation publique va être déposée contre MM. Romuald Kenneth Effoudou, Morgan Palmer (dont l'interview a permis la diffusion des accusations), ainsi que contre JP Remy Ngono pour diffamation publique et cyberharcèlement.

Le parcours d'un haut-conseiller en stratégie de défense

Originaire du Cameroun, Sani Mouhamadou a eu "l'honneur d'apporter, depuis 2013, son expertise et de mettre son réseau à la disposition de plusieurs institutions de l'État camerounais". Il se présente comme un ancien cadre du ministère de la Défense français, diplômé de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et décoré de la Médaille de l'OTAN.

La mission d'Éséka : une enquête à titre gracieux

En 2016, la Présidence de la République lui a confié une mission consistant à proposer des cabinets internationaux chargés de faire la lumière sur la catastrophe ferroviaire d'Eséka. Il a prêté serment devant la Police judiciaire, piloté la coordination de cette mission, participé à la rédaction et cosigné le rapport d'étape et le rapport définitif destinés au Président de la République. Il précise avoir réalisé cette mission à titre gracieux et avoir demandé que les honoraires qui lui étaient dus par l'État soient "intégralement reversés aux familles des victimes". Un geste qui, s'il est confirmé, contredit l'image d'un homme avide.

Des armes légales, déclarées et contrôlées

Sani Mouhamadou répond également aux accusations relatives à la détention d'armes. Il affirme n'avoir "jamais détenu clandestinement d'armes de guerre" . Il précise que les équipements dont il disposait étaient "destinés exclusivement à ma protection personnelle", acquis à l'étranger, importés au Cameroun "dans le respect des procédures applicables, contrôlés par les autorités compétentes et régulièrement dédouanés". Les armes évoquées sont un Glock 19 de calibre 9mm et un fusil de type LUVO AR-15 de gamme civile, chambré exclusivement en calibre .223 Remington, acquis légalement dans le cadre de la réglementation camerounaise applicable aux armes de défense personnelle.

Il souligne un point technique crucial : les cartouches visibles sur les clichés diffusés ne correspondent pas aux munitions destinées à cette arme. Il s'agit de munitions de calibre 5,56 × 45 mm OTAN, qui ne sont pas compatibles avec un AR-15 chambré exclusivement en .223 Remington. Leur utilisation est susceptible d'endommager l'arme et de présenter un risque pour le tireur. Selon lui, il s'agit d'une "manipulation de preuves" .

L'ENQUÊTE ADMINISTRATIVE DE 2023 : UN NON-LIEU ?

Sani Mouhamadou rappelle qu'en 2023, une enquête administrative ordonnée par le Président de la République a été diligentée par les autorités camerounaises à la suite de ces accusations. "Aucun élément concret n'a été produit pour étayer ces affirmations" , affirme-t-il. Lors de la confrontation, il aurait invité Effoudou à préciser la date, le lieu et les circonstances de la prétendue perquisition de son domicile. Effoudou aurait alors indiqué qu'il lui avait simplement été "rapporté" que cette perquisition aurait eu lieu. À l'issue de cet entretien, il lui a été suggéré de laisser cette affaire sans suite. Il a alors choisi de ne pas alimenter la polémique jusqu'à aujourd'hui.

LES ENJEUX : HONNEUR, RÉPUTATION ET JUSTICE

Une bataille judiciaire en France

La décision de Sani Mouhamadou de porter plainte en France est stratégique. En droit français, l'imputation publique de faits précis et graves est susceptible de constituer une diffamation publique. La plainte vise Effoudou, Morgan Palmer et JP Remy Ngono. Si elle aboutit, elle pourrait contraindre ses accusateurs à prouver leurs allégations devant un tribunal français.

Un test pour l'État de droit camerounais

Cette affaire est aussi un test pour les institutions camerounaises. L'enquête administrative de 2023, si elle n'a rien donné, soulève des questions sur l'efficacité des contrôles. Les accusations de "vrais faux documents" et de protection de hauts responsables écorne l'image de l'appareil d'État.

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