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© Camer.be : Paul Moutila
- 25 Jul 2026 03:03:23
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Cameroun - Rebecca Enonchong face à la SRC : procès le 27 juillet à Douala
Alors que la SRC réclame 7,4 millions de FCFA à la célèbre entrepreneure tech, les avocats de Rebecca Enonchong dénoncent une cascade d'irrégularités procédurales du 13 février 2026 au délibéré du 27 juillet, chronique d'un bras de fer judiciaire qui interroge l'État de droit au Cameroun.
Affaire Rebecca Enonchong c. SRC : le tribunal de Douala-Bonanjo rendra son délibéré le 27 juillet
L'entrepreneure tech Rebecca Enonchong et la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC) s'affrontent devant la justice. La SRC réclame 7,4 millions de FCFA à sa société AppsTech. Mais Rebecca Enonchong dénonce une procédure qu'elle qualifie d'« arbitraire » et de « persécution politique ». Le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo a fixé le délibéré au lundi 27 juillet à 12h .
Au cœur du contentieux : une créance bancaire de 7 434 263 FCFA que la SRC affirme avoir héritée du portefeuille de l'ex-Union Bank of Cameroon (UBC). Mais selon Rebecca Enonchong, ni elle ni AppsTech n'ont jamais contracté le moindre emprunt auprès de cette banque.
Une procédure entachée d'« irrégularités » selon la défense
Le 21 juillet 2026, Rebecca Enonchong a tenu une conférence de presse à Douala, entourée de ses avocats Mes Sylvain Oum et Yves Mbadi. Objectif : dénoncer ce qu'elle présente comme une cascade de violations du droit.
Première anomalie : les contraintes avant la sommation. « Les contraintes ont été signées le 13 février 2026, alors que la sommation a été reçue le 19 février 2026 », explique Me Sylvain Oum. En clair, la SRC a émis des titres exécutoires avant même d'avoir notifié formellement la prétendue dette à la débitrice une inversion chronologique qui, selon la défense, vicie la procédure.
Deuxième anomalie : l'absence de titre exécutoire. « Même s'il y avait une créance, et j'insiste sur le fait qu'on n'est redevable de rien, cela ne se passe pas comme ça », martèle Me Oum. « Quand il y a une créance, il faut un titre exécutoire. Dans notre cas, il n'y en a pas. »
Troisième anomalie : la saisie express. À peine huit jours après la réception du commandement de payer et malgré les recours formés les biens de la filiale camerounaise d'AppsTech ont été saisis.
Quatrième anomalie : une société inexistante visée. Dans une correspondance datée du 20 juillet 2026 adressée au président du Conseil d'administration de la SRC, Robert Bapooh Lipot, Rebecca Enonchong affirme qu'un des commandements de payer visait une société ne figurant dans aucun registre du commerce. Alertés, des responsables de la SRC lui auraient répondu que « le nom de la société importait peu ».
La SRC se défend : « Une créance ancienne, pas de politique »
Face à ces accusations, la SRC a publié une mise au point le 20 juillet 2026, signée de sa directrice générale Marie Rose Messi.
L'institution publique assure que la créance est documentée et comprend « les pièces d'identification et de fonctionnement du compte, le décompte de la créance, la clôture juridique du compte, la notification de cession, les sommations de payer ainsi que les actes de poursuite prévus par les textes en vigueur ».
La SRC rejette fermement toute interprétation politique. « Cette action de recouvrement n'est aucunement liée à des prises de position politiques récentes », souligne le communiqué. « Elle s'inscrit dans la gestion globale des créances en souffrance ».
Rebecca Enonchong est identifiée comme « dirigeante ou mandataire habilitée » d'AppsTech et c'est en cette qualité que les actes lui ont été signifiés.
Un contentieux qui dépasse le simple recouvrement
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, la SRC fait régulièrement l'objet de critiques d'opérateurs économiques, d'avocats et de juristes, qui dénoncent des méthodes de recouvrement jugées « excessives ou contraires aux garanties procédurales ».
Rebecca Enonchong, figure emblématique de la tech africaine fondatrice d'AppsTech, présidente d'AfriLabs (réseau de plus de 268 centres d'innovation dans 49 pays) et récemment nommée vice-présidente de la Chambre de commerce internationale ne cache pas ses prises de position critiques contre le régime.
« Persécution politique », accuse-t-elle. La SRC dément. Le tribunal dira si la procédure est régulière.
Ce qui se joue le 27 juillet
Lundi 27 juillet à 12h, le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo rendra son délibéré. La SRC, bien qu'informée de la procédure, a soulevé des exceptions mais n'a produit aucun document pour étayer sa défense un fait que les avocats de Rebecca Enonchong ne manqueront pas de souligner.
Pour l'entrepreneure, l'enjeu dépasse la somme de 7,4 millions de FCFA. « On m'avait arrêtée comme ça en août 2021. Sans mandat », rappelle-t-elle. À l'époque, l'affaire FreeRebecca avait secoué le Cameroun et la diaspora.
Aujourd'hui, c'est la régularité même de la procédure de recouvrement qui est sur le banc des accusés.
Une bataille judiciaire qui pourrait faire jurisprudence
Au-delà du cas individuel, cette affaire interroge les pratiques de la SRC un établissement public chargé du recouvrement des créances publiques et bancaires. Si le tribunal devait donner raison à Rebecca Enonchong sur les irrégularités procédurales qu'elle dénonce, ce serait un signal fort adressé à l'institution et, plus largement, à l'État de droit au Cameroun.
Les avocats de l'entrepreneure ont d'ores et déjà annoncé qu'ils n'hésiteraient pas à porter le dossier au niveau international, invoquant le traité bilatéral de protection des investissements signé entre les États-Unis et le Cameroun en 1986.
Une chose est sûre : le délibéré du 27 juillet sera scruté de près par la diaspora, les milieux d'affaires et les défenseurs des droits humains.
« Rebecca Enonchong a-t-elle raison de dénoncer une "persécution politique" ? Ou la SRC est-elle dans son bon droit ? Donnez votre avis en commentaire. »
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