A l'heure de la nécrophagie politique
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Les acteurs politiques s’illus- trent ces derniers temps par des incursions inhabituelles dans le champ de la mort, le transformant en un ring où tous les coups sont permis. 

C'est une question de clichés, de stigmatisations comme diraient certains esprits candides, qui jalonnent de manière inexorable les joutes politiques au Cameroun. Clichés vraiment ? C'est à voir! 

Tout a commencé à prendre forme avec le décès soudain de Paul Eric Kingue (Pek) le maire de Njombe-Penja, officiellement des suites de Covid-19. L'allié de Maurice Kamto, passé visiblement ou furtivement du côté du pouvoir suite aux élections législatives et municipales du 9 février 2020, va par sa disparition, donner du grain à moudre aux adversaires de l'opposant. Il est accusé en sourdine et parfois ouvertement par certains acteurs politiques, de ne pas être aussi innocent que cela sur l’origine de sa mort. 

Ce faisant, la bataille fait rage sur la toile au point où le leader de l'opposition camerounaise est obligé d'appeler les siens à un respect de la mémoire de Pek. L'opinion constate médusée dès lors jusqu'où la volonté d'en découdre en politique peut conduire les acteurs, prêt à faire feu de tout bois. A peine croyait-on cette dérive essoufflée, que Christian Penda Ekoka (Cpe), un autre allié de Maurice Kamto, tirait sa révérence au Canada. 

Ce phénomène qu'on prenait naïvement pour un cliché passager, s'étiole. Au passage, ceci étale l'hideux visage d'une pratique politique qui s’incarne, entretenue désormais dans tous les camps. L'annonce de sa mort ouvre curieusement les vannes, non pas d'une consternation à la dimension de l'homme qu’il fut, mais plutôt à une passe d'armes où les torpilles et missiles sont au programme. Maurice Kamto et les siens sont mitraillés dans tous les sens. 

Le comble de la confusion arrive lorsqu'il écrit un poème pour rendre hommage à son allié, une oraison funèbre. Loin de calmer les ardeurs de ses adversaires politiques, ce texte lyrique vif de significations va plutôt jeter de l’huile au feu. Le pouvoir, contre toute attente, va aller jusqu’à s’emparer de la conduite des obsèques, l’opposant irréductible ! 

La famille du défunt, elle aussi entre dans la danse pour interdire au Mrc de venir aux obsèques. Visiblement, la gestion des fonds Survie aura fait des dégâts sur la bonne entente entre Maurice Kamto et Penda Ekoka. 

Le deuil de Pek aura davantage fait la faille entre le Mrc et Agir, et rapprocher dirait-on ce dernier du Rdpc. 

Le cas Mirabelle Lingom 

Le décès de cette jeune dame, emportée dans un tourbillon médiatique aux colorations politiques, vient conforter la grande propension des hommes politiques à livrer leurs batailles sur les macchabées. 

Cette fois, le Mrc est vent debout contre ceux qui ont « assassiné » Mirabelle. Les tirs groupés visent le Pcrn de Cabral Libii. Du fait que la défunte avait des amitiés avec certains membres de ce parti, aucune hypothèse liée à sa mort n’est épargnée et mis au compte de cette famille politique. Le fait qu’elle ait été abusée sexuellement avant sa mort, vient cristalliser davantage cette affaire, impliquant la justice à dire le droit dans une affaire que la politique affectionne. 

Le leader du Mrc a de ce fait appelé à faire toute la lumière sur la mort suspecte de Mirabelle. Une interpellation qui pourrait refroidir les ardeurs dans la manifestation de la vérité au nom de la politique ? La défunte a été happée, comme on le lit sur la toile, venant de diverses sources, comme un tremplin politique. 

Est-ce que le silence du ministre de la Promotion de la femme et de la famille peut s’expliquer par la dimension politique prise désormais par ce deuil ? On pourrait le penser car dans l’affaire Malicka, qui est vivante, elle était montée au créneau pour appeler les uns et les autres à l’ordre. Par la suite, la justice a fait sereinement son travail. 

Jusqu’où va aller cette sorte de profanation de la mémoire des morts à cause de la politique ? C’est du reste le chemin obligé de tout le monde et de ce fait, on se serait attendu à plus de réserve et de lucidité de la part des différentes familles politiques. 

Dans le cas Mirabelle, la politique l’a capturée comme ferait une meute de lycaons, la dévorant vivante. Aujourd’hui, à l’heure où elle a quitté le monde des vivants, une introspection est de mise pour tous les acteurs. 

En Afrique, le deuil a toujours rassemblé les gens. On pleure le mort et la mort certaine qui est au bout du chemin. 

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