Extrême-Nord : Le décès d’Idriss Déby crée la psychose
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Les populations, principalement celles vivant dans les unités administratives situées le long de la frontière avec le Tchad, craignent que la chute du président tchadien n’ouvre un boulevard à Boko Haram.

Depuis l’annonce de la mort du maréchal Idriss Deby Itno du Tchad le 20 avril 2021, dans des conditions jusqu’ici non élucidées, les populations de la région de l’Extrême-Nord vivent dans la psychose. Principalement celles dont les unités administratives partagent une certaine frontière avec la République du Tchad, notamment, les populations du département du Logone et Chari. Quelques heures après l’annonce de la mort d’Idriss Deby Itno des suites de blessures au front alors qu’il menait des opérations contre les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (Fact) dans le nord du pays, mardi matin, les réseaux sociaux se sont embrasés de toutes sortes de commentaires qui allaient dans tous les sens. «  Nous sommes vraiment très inquiets, ce d’autant que le président tchadien Idriss Deby Itno était un grand rempart dans la lutte contre la secte terroriste Boko Haram. On a encore en souvenir la pénétration en terre camerounaise et nigériane de ses troupes par Fotokol et des batailles remportées sur les positions de Boko Haram dans les îles camerounaises et tchadiennes du lac Tchad. Il maîtrisait le dispositif et les tactiques de Boko Haram dans ce lac qui sert de refuge à Boko Haram », déplore Ali Mahamat, un habitant de Hilé-Alifa.  

Boulevard

Il n’exclut pas que la secte islamiste Boko Haram puisse profiter de la situation trouble en ce moment au Tchad pour bien sévir. « Les attentions sont actuellement focalisées sur la situation qui prévaut à la tête de la République du Tchad et la progression des rebelles vers la capitale N’Djamena. Toutes choses qui pourraient contraindre la faction de l’armée tchadienne au front contre Boko Haram, soit à battre en retraite, soit à rejoindre même les mouvements terroristes. Ce qui peut inéluctablement ouvrir un grand boulevard à un regain des attaques et exactions de Boko Haram dans les zones frontalières avec le Tchad », redoute pour sa part Oumaté Boukar, un habitant de Kousseri. Ces craintes sont partagées par toutes populations habitant dans les zones frontalières avec le Tchad, et principalement celles de Kousseri. Pour Mahamat Nouridine, un citoyen de Blangoua, « la psychose est d’autant plus grande qu’après Idriss Deby Itno qui aimait faire le terrain et qui jouit d’une certaine expérience dans la guerre contre les terroristes, nous avons du mal à croire que celui qui va lui succéder soit à même de cerner les enjeux et d’apporter les solutions appropriées au terrorisme dans la zone du lac Tchad ». 

Crise humanitaire

La psychose qui s’empare des populations frontalières avec le Tchad ressemble, à s’y méprendre, à celle qui s’est répandue sur la toile, comme quoi, il y aurait un afflux important de Tchadiens vers la ville frontalière camerounaise de Kousseri. De nombreuses sources sécuritaires et administratives ont soutenu mordicus qu’il n’en était rien. Fermée momentanément, la frontière entre le Cameroun et le voisin tchadien a rouvert hier dans l’après-midi. Les autorités administratives locales ont appelé au calme et à la sérénité. Expert en questions internationales et stratégiques, Franck Ebogo indiquait, dans une interview accordée mardi à Mutations, que le Cameroun risque effectivement d’être débordé au cas où les choses venaient à dégénérer du côté du Tchad. 

Car, « il y aura certainement des infiltrations des individus armés au sein des populations civiles camerounaises. Lorsqu’il y a un conflit armé comme celui qui a cours actuellement au Tchad, des réfugiés viendront s’installer au niveau des régions frontalières du Cameroun, notamment à Kousseri dans l’Extrême-Nord. Et on n’est pas sûr que parmi ces réfugiés, qui devraient être civiles, il n’y ait pas d’anciens miliciens ou alors des éléments incontrôlés de l’armée tchadienne qui auraient fui ou déserté les rangs ».

À cette menace, prévient l’universitaire, pourrait s’ajouter une crise humanitaire. Car, explique-t-il, « avec le flux de réfugiés, il faudrait nécessairement s’attendre aux questions de malnutrition et tout ce qui va avec la prise en charge des réfugiés. Et, évidemment, le Cameroun ne peut pas répondre à cette demande très forte ; ce qui fera nécessairement appel aux organisations humanitaires ».

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