MEMOIRE...MANU DIBANGO: UN CERTAIN 24 MARS 2020 PAR CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: MEMOIRE...MANU DIBANGO: UN CERTAIN 24 MARS 2020 PAR CALVIN DJOUARI

 En ce jour du 24 mars 2021, jour du premier anniversaire de la disparition de Manu Dibango, je tiens à rendre un hommage ému et appuyé à l’artiste de classe exceptionnelle qu’il a été.

Il faut le préciser, c’est en proie à une bien douloureuse émotion que je remplis cette mission combien délicate et pénible. Mais, c'est aussi un honneur pour moi, de pouvoir, en tant qu’écrivain, dire ces quelques mots en souvenir de sa mémoire.  

Je me fais un devoir sacré d’exprimer mes sentiments de sincère reconnaissance à l’endroit d’une Superstar que j’ai admirée toute ma vie comme tant d’autres mélomanes camerounais, africains et du monde.  

Il y a un an, la tristesse était visible sur tous les visages des camerounais d’abord, des africains ensuite, puis du monde entier. Une étoile touchée par la pandémie dès les premiers instants de sa propagation.

 Depuis ce temps, des nouvelles de décès parviennent chaque jour à nos oreilles. La Covid 19 a fait tomber sans faire de tri. La mort, comme l’a dit Bossuet dans ses oraisons funèbres, ravili jusqu’aux Rois. Elle roule tous les hommes dans le grand précipice du vide. Elle se pointe, méprise ce que nous sommes ou ce que nous représentons dans la vie avec arrogance, et comme un bûcheron, elle abat tous les arbres jusqu’au baobab.       

Manu Dibango est né à Douala le 12 décembre 1933. Des parents protestants ; son père s’appelait Michel Manfred N'Djoké Dibango ; c’était un gentilhomme et bon chef de famille très jovial dans les rues, mais sévère dans la maisonnée. Il était Yabassien. Sa mère d’origine Sawa était couturière. C’était une famille humble.  

C'est dans la chorale du temple, dont sa mère fut une dirigeante, qu'il est initié au chant. Il commence ses humanités au Cameroun avant de s’envoler pour Marseille en 1949 où il découvre la culture française. Je connais très peu de choses concernant sa prime jeunesse, car nous ne faisons pas partie de la même génération.  

Mais je sais qu’il a étudié à Chartres et à Château-Thierry, puis à Reims dans les années 50. Il découvre le jazz très jeune et s’essaye au piano avant de s'initier au saxophone, qui deviendra sa marque de fabrique et, l’instrument par excellence auquel on l’identifiait. Au début des années 60, il fait la connaissance de Joseph Kabassalé qui l’engage dans son orchestre. Ils sortent des titres qui demeurent inoubliables : en exemple la célèbre chanson « Indépendance Chachacha ».  

Lors de la coupe des nations de 1972 organisée par le Cameroun, il est désigné pour composer son hymne. Dans les mêmes années  son titre Soul Makossa fait fureur dans les discothèques, titre  qui sera d’ailleurs repris par Michael Jackson dans les années 80. Il a atteint le top de la renommée quand il rejoint Dick Rivers et Nino Ferrer, les stars de années 70. La grandeur de l'artiste est dans son métier. Manu était un éclaireur de conscience, il suscitait l’enthousiasme, il faisait rêver, ce qui poussait les autres artistes au dépassement. Sa voix séduisait.

C’était un explorateur de la poésie et de la chanson.  Il composait de façon ludique et l’esprit était présent dans tous ses secrets et toutes ses sensibilités. Il avait des techniques d’improvisation unique, à travers des petites scènes, des fragments épars liés à son savoir étendu.  Très pénétré dans la mythologie Sawa, il adorait la philosophie et les faits quotidiens de la société africaine.

Ses chansons s’égrènent de métaphores. Le lyrisme y gagne une grande part du discours, en passant par des jeux de mots très poétiques où l’homme montre du doigt de façon subtile les mœurs du temps en riant. Ses œuvres, immenses et belles, sont une quête permanente d’horizons crépusculaires. Chaque artiste africain doit garder ses souvenirs en mémoire et le prendre en modèle. Il y avait en lui un double déploiement : poète et chanteur. Écrire un poème, c’est réapprendre à parler. Chanter, c’est faire les deux.

Manu disposait de plusieurs imaginations particulières qui se superposaient en même temps. Il ne faut pas oublier que le chanteur est d’abord un écrivain, parce qu’il met ses textes sur papiers avant de les chanter. Il peut donc les publier comme cela a été le cas des textes de Gainsbourg, Jacques Brel, Claude François etc.

Il nous laisse en héritage ses textes, et aussi son livre autobiographique « Trois kilos de café et Balade en Saxo ». Manu riait comme les dieux, c’était un magistère dont les chansons enchantaient les feuillages, faisaient murmurer les ruisseaux ; les hommes allaient se coucher le soir, contents d’avoir écouté cette voix mélodieuse qui attendrissait les cœurs devant tous les miasmes de la vie.

Oui… parce que Manu c’était d’abord une voix, mieux, une intonation dans la tradition de celles qui faisaient office de référence dans le monde de la musique. Il est considéré comme l'un des piliers du Makossa.

Son grand éclat de rire était un rayon de communication de joie et surtout, une manifestation de l'amitié. Il était un homme de bonne communication, un poète de la parole et du micro. Un homme de scène, charmeur du public. Son élégance sobre, son beau sourire, son entregent avaient fait de lui l'idole de tous.  Il avait un éclat de rire pour chaque personne qu’il avait rencontrée. Il aimait la vie, l’Afrique, le Cameroun, et les amis du monde.  

Il a contribué dans une large mesure à l’évolution de la musique dans tous les continents. Il a également éveillé un intérêt intense pour les jeunes, à suivre les pas des grands. Le Cameroun a eu la chance de compter dans ses rangs un homme de cette carrure, et ma consolation est là. Quand on parlera de lui, même dans mille ans, nos descendants pourront dire avec fierté que c’était un camerounais.

Il lègue des valeurs qui permettent de bâtir une nation ; il laisse des traces positives sur la terre.  Il est allé jusqu’au bout de son rêve. Le 24 mars est une journée sans arôme mais avec musique. Musique qui nous donnera la consolation, afin qu’on puisse toujours trouver le sommeil, sécher nos larmes, solidifier dans nos corps tous les fibres qui veulent se couper.  

La Covid-19, ce virus, cet animal de malheur nous a arraché notre Icône planétaire, le plus brillant des chanteurs africains de tous les temps. Manu était un président. Peut-être plus qu’un président, parce les présidents n’ont pas la chance d’être immortels. L’artiste ne meurt pas, il disparaît. Son œuvre est enracinée et figée dans les annales de l'histoire mondiale.

Constatons que c'est dans un monde ébranlé, secoué, que Manu Dibango s'en va. C’est là où réside la dimension mystérieuse de sa vie.  Manu Dibango était chevalier de la Légion d’Honneur, médaille de vermeil de la ville de Paris. Une icône dont le CV assez volumineux ne peut être complètement exposé dans un petit article de ce genre.     

Demain 24 mars, premier anniversaire de son départ, nous serons debout pour chanter et danser, puis donner tous les honneurs à celui qui fit notre fierté.

Comme disaient les Romains :  Il y a un an seulement, il était au milieu de nous.. 

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