Michelle Cynthia Kamno Fotso : “Je vis à l’étranger malgré moi…”
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Michelle Cynthia Kamno Fotso raconte son parcours chahuté consécutif à sa participation aux « marches blanches » initiées par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).

Il y a quelques mois, votre journal au plus fort de la contestation post-électorale consécutive à la présidentielle d’octobre 2018, a ouvert une série sur « les prisonniers du président ». Il s’agissait essentiellement des militants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) arrêtés et embastillés à la suite des marches dites « blanches » organisées le 26 janvier 2019 pour protester contre le « holdup électoral ». Mais d’autres militants et sympathisants de ce parti, bien que brièvement interpellés et relaxés à la suite de ces manifestations qualifiées d’illégales par les autorités de Yaoundé, subissent encore les conséquences de leur engagement politique. C’est le cas de la jeune Michelle Cynthia Kamno Fotso. Cette diplômée (Master) en Contrôle et Gestion de la Qualité (CQG) formée à l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences Agro-industrielles (ENSAI) de Ngaoundéré, à cause de ses convictions politiques, a vu son destin prendre une trajectoire aussi inattendue qu’incertaine.

Après sa sortie de l’ENSAI en juillet 2017, cette jeune femme née il y a vingt-six ans à Garoua mais originaire de la région de l’Ouest s’installe à Douala, au quartier Makepe pour chercher à s’insérer dans le marché du travail. Mais entre-temps, la jeune chercheuse d’emploi est piquée par le virus de la politique. Elle est notamment obnubilée par le discours du président national du MRC qui harangue les foules à travers le pays. « Nous avons été choqués par les résultats tels qu’ils ont été publiés par le Conseil constitutionnel », explique-t-elle, dépitée. Et c’est fort logiquement qu’elle rallie le « Plan National de Résistance au Hold-Up électoral » élaboré par le parti.

Le 26 janvier 2019, elle arbore son tee-shirt sur lequel est inscrit « Non au Hold up électoral » et veut rejoindre ses camarades dans les rues de Douala pour une marche pacifique. Elle est interpellée avant même d’atteindre le lieu du rassemblement. « J’ai été arrêtée avec quelques camarades par des hommes en civil. Ils nous ont molestés avant de nous conduire dans un commissariat », raconte Michelle Cynthia. Elle sera finalement libérée après plusieurs heures d’audition, parce qu’elle a notamment annoncé un début de grossesse. Michelle Cynthia K.F révèle qu’elle a subi des menaces lui signifiant de se désolidariser d’un combat perdu d’avance, selon un membre des forces de l’ordre.

Fuite aux Etats-Unis

Mais il en fallait plus pour intimider la jeune fille. Après sa mise en liberté, Michelle Cynthia K.F va continuer à subir des menaces au téléphone et dans son quartier. « Plus d’une fois, j’ai reçu des appels anonymes où mes interlocuteurs me faisaient comprendre que si je continuais à suivre Kamto, je n’aurais jamais de travail au Cameroun. D’autres me faisaient comprendre que mon casier judicaire serait sali. Pis, j’ai été agressée deux fois à domicile par des hommes encagoulés.», révèle-t-elle. Commence alors une vie tourmentée pour cette jeune femme qui ne rêvait que d’un emploi dans son pays une fois ses études terminées. Mon son engagement politique a laissé des traces. La plupart de ses demandes d’emploi vont rester lettre morte pendant de longs mois.

Ne pouvant plus tenir dans ce climat de stigmatisation et de répression, Michelle Cynthia décide de quitter le pays. Sans grandes certitudes, elle engage une procédure d’immigration vers les Etats-Unis. Par bonheur dit-elle, à l’ambassade des Etats-Unis à Yaoundé, les choses sont allées vite. « J’ai obtenu mon visa en mars et en avril 2019, je me suis envolée pour le Kansas aux Etats-Unis où je vis désormais. Et je ne reviendrai au Cameroun que si la situation politique change », lance-t-elle, mélancolique. A la question de savoir si elle se considère comme une exilée politique, elle répond par l’affirmative. « Je n’ai jamais rêvé de partir de mon pays pour m’installer ailleurs. Mais j’avoue que ces derniers mois, je n’ai guère eu de choix. Alors oui, je vis à l’étranger malgré moi. Et cela s’appelle l’exil… »

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