Cameroun, Livre:  Une idée contraire de la République :: CAMEROON

Cameroun, Livre: Une idée contraire de la République :: CAMEROON

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Cameroun, Livre: Une idée contraire de la République :: CAMEROON
Le fondement premier de la république, c’est l’égalité des chances au sein de l’Etat. Celle-ci existe-t-elle actuellement au Cameroun ?

Chapitre III :

La perversion de l’égalité des chances par le Cameroun indépendant.

Alors que les Français considéraient la société camerounaise en classes sociales, nos dirigeants, dès 1960, quant à eux, s’étaient mis plutôt à le faire en groupes ethniques. Là où les Français percevaient des riches et des pauvres, des nantis et des démunis, des privilégiés et des défavorisés, les Camerounais eux ne se sont plutôt mis à ne voir que des groupes ethniques. L’approche a été ainsi dès lors totalement faussée, l’égalité des chances individuelles s’est transformée en égalité des chances régionales, en réalité tribale, c’est par simple pudeur que ce terme n’a pas été usité. L’origine régionale de l’individu a été substituée à ces derniers, et l’a éclipsé.

A – Le discours sur le « retard » de certaines régions.

Comme conséquence de cette approche nouvelle, le gouvernement camerounais a divisé le pays en deux : d’un côté, les régions « sous-scolarisées », d’un autre, les « régions fortement scolarisées ». Cette classification découlait du discours sur le « retard colonial » de certaines parties du Cameroun, par rapport à d’autres. (…)

Le président Ahidjo, sur la base de ce raisonnement, a mis en place une politique « d’équilibre régional » et de « développement

harmonieux » du pays. Il demeurait dans l’égalité des chances, naturellement, mais ethniques. Il éclipsait ainsi totalement les inégalités de classes. Il coiffait sa philosophie « d’égalités des chances ethniques » par un discours harassant sur « l’unité nationale ». C’est ainsi qu’Enoch Nkwayep, son tout puissant Ministre de l’Administration Territoriale et un des idéologues de son régime, avait donné la leçon suivante lors du « Second séminaire de l’Union Camerounaise », organisé du 15 au 23 juin 1964 à Yaoundé, dans le but de « redynamiser les militants » :

« …il faut unir pour développer l’homme, pour développer tout l’homme, pour développer notre pays. Mais, pour que tout un peuple le veuille, il est nécessaire que ce peuple se rassemble autour d’un même idéal, sans distinction de race, de tribu ou de religion (…)

Quand on est divisé, tout s’écroule, alors que par l’union, les plus petites choses croissent. Ne faut-il pas deux mains pour attacher un paquet ? Lequel d’entre vous n’est-il pas capable de briser en morceaux un bâtonnet ? Personne n’est-ce pas ? Lequel d’entre vous, par contre, est-il capable de briser en morceaux dix bâtonnets ficelés ensemble ? Encore personne n’est-ce pas ? Eh bien, il en est de même en toutes choses ; vous serez invincibles si vous êtes unis à l’instar des bâtonnets ficelés, alors que seul, vous êtes immédiatement et très facilement vulnérable. Malheur à l’homme seul, dit le proverbe (…) le tribalisme est (…) un frein à l’unité nationale. Il constitue un danger si grand qu’au IV ème congrès (tenu à Ebolowa au mois de juillet 1962), le président Ahmadou Ahidjo a déclaré à ce sujet : l’unité nationale veut dire qu’il n’y a, sur le chantier de la construction nationale, ni Ewondo, ni Douala, ni Bamiléké, ni Bulu, ni Fulbé, ni Bassaa, etc, mais, partout et toujours des Camerounais. (…) chaque Camerounais doit savoir qu’il n’y a pas de tribu élue au Cameroun, il faut dissiper les prétentions de certains individus ou de certaines tribus qui croient avoir été en quelque sorte désignés par la nature ou indiqués par l’Histoire à prendre en mains la direction des affaires du pays et que tant qu’ils ne sont pas à « leur place », le Cameroun devrait continuer à « attendre le Messie » (…) ce serait mettre la charrue avant les bœufs que de prétendre réaliser l’unité entre les Beti et les Bassaa, les Fulbé, les Bamiléké, les Douala, etc., alors que les Ewondos et les Eton se détestent, que les Bulu n’aiment pas les populations du Nyong et Sanaga, que les Bassaa du Nyong et Kelle n’aiment pas ceux de la Sanaga-Maritime, que les Bamiléké de Bafoussam ne sont pas d’accord avec ceux de Dschang, etc. Il n’y a pas de doute que si les ressortissants d’une tribu donnée étaient unis, cela faciliterait énormément l’unité nationale. »

Ce texte est significatif de l’idéologie mise en place au Cameroun par les dirigeants dès 1960 : la tribu. Aucune ne doit avoir de prétention à dominer une autre. Pas de place pour l’individu, pas un mot sur la domination des riches sur les pauvres, des forts sur les faibles, rien de tel. Donc, « égalité des chances

tribales », toutes les tribus devant se situer au même niveau de développement…

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B – Les « ethnies réunifiées » du Cameroun.

Les intellectuels et politiciens camerounais, qui promeuvent cette idéologie, à vrai dire, tentent, tout simplement, de refaire l’histoire. Ils n’acceptent guère le fait que l’Etat, la république, furent apportés par les Européens. L’Etat du Cameroun est en effet né le 16 avril 1957 à la faveur d’un décret du gouvernement français. La république de son côté a vu le jour dans notre pays dès l’invasion européenne en 1884. Ces deux entités ont enfermé les groupes ethniques, sans leur consentement, dans des frontières externes communes, celles du Kamerun, qui ont été par la suite modifiées à plusieurs reprises. Elles ont créé une citoyenneté unique, celle du Cameroun, que tentent désormais d’abolir les Camerounais.

Cramponnés sur leur logique, ils introduisent sans état d’âme cette notion pernicieuse de « méritocratie régionale », tout simplement parce qu’ils ne croient pas à une nation et à une citoyenneté unique. Ils croient à une nation à citoyenneté multiple, car c’est à travers celle-ci qu’ils tirent le plus d’avantages en termes de postes administratifs et politiques.

Des intellectuels camerounais se sont attelés à démontrer que même sur le plan international il est tenu compte des « équilibres » du genre qu’ils mettent en avant chez nous. Ils ont également poussé leur « démonstration » sur plusieurs autres pays à travers le monde.

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Chapitre VII :

Une République nouvelle avec un esprit nouveau.

Il va sans dire que la République actuelle, née de la volonté de la France au moment de l’indépendance, à peu près égalitaire en ce temps-là, mais aussitôt récupérée par une classe d’hommes ô combien nombrilistes et qui l’ont dirigée jusqu’à ce jour, se trouve à la base de la plupart des récriminations des Camerounais à présent.

Il faut en concevoir une autre, une nouvelle, qui modernise le pays, mette fin à ses archaïsmes, et le propulse véritablement en

avant, dans toutes ses composantes, non pas ethniques, mais sociales. Naturellement pour cela, il faut une classe dirigeante nouvelle, débarrassée de l’esprit régionaliste qui prédomine actuellement. Car, que peut produire un politicien tribaliste en dehors du tribalisme, même s’il n’en est pas conscient, et clame en tous lieux que ce sont les autres qui le sont et le font ? Il est, sur ce plan, assez révélateur d’entendre dans la bouche d’hommes politiques de premier plan, qu’ils fussent de la majorité comme de l’opposition, des expressions dégueulasses du genre « le pays organisateur » !!!

A – La République des « gagne-petit » et des faibles.

Dès lors que la République actuelle a été récupérée par les puissants politiques et administratifs et les riches, il faut l’abolir, si l’on désire introduire quel qu’équité au sein de la société camerounaise actuelle. Il nous faut en bâtir une toute nouvelle qui tienne compte, quant à elle, de ceux qui ne sont, ni nantis, ni détenteurs d’une parcelle quelconque du pouvoir administratif ou politique. Il nous faut inventer une république totalement différente qui prenne en considération les faibles, financièrement, politiquement, comme administrativement.

Que le fils d’un préfet puisse demain devenir à son tour préfet, oui, mais également que le fils du « sauveteur » puisse le devenir également. Que le fils d’un colonel puisse devenir demain colonel à son tour, oui, mais également le fils du conducteur de taxi. Que la fille de la bayam-sellam ne soit pas condamnée à remplacer demain sa mère sous le soleil, sous la pluie, au bord de la route, dans ce boulot ô combien pénible. Qu’elle puisse également devenir médecin. Que le conducteur « d’opep » puisse aussi avoir demain un fils magistrat, professeur d’université, ministre. Que le fils du petit fonctionnaire modeste puisse également devenir DG d’une grosse entreprise d’Etat demain, sans être obligé de s’inscrire à une société secrète quelconque, ou devenir un adulateur craintif et zélé du Président de la République.

Hier, cela était évident, automatique, grâce au système éducatif laissé en place par les Français ; mais aujourd’hui, depuis que nous avons nous-mêmes pris en mains l’éducation nationale, cela devient de plus en plus impossible.

Il faut abolir la « République des privilèges et des privilégiés » que nous avons créée en héritant de la République que nous ont laissée les Français en 1960.

Toutefois, pour cette République nouvelle, il faut des hommes nouveaux.

TABLE

Introduction

Chapitre I :

Le régime inégalitaire avant 1960

A – Les privilégiés du régime colonial

B – Les lésés du régime colonial

Chapitre II :

L’indépendance et le rôle déterminant des coopérants français

A – Les fonctionnaires : privilégiés de l’indépendance

B – L’enseignement aux mains des Français : promoteur de l’égalité des chances

Chapitre III :

La perversion de l’égalité des chances par le Cameroun indépendant

A – Le discours sur le « retard » des Régions

B – La mise en application de la politique d’égalités des chances régionales

Chapitre IV :

Le Renouveau et la politique de « la méritocratie régionale »

A – L’héritage inégalitaire du régime précédent

B – Les « listes » et la « méritocratie régionale »

Chapitre V :

La République du Cameroun : une confédération de groupes ethniques ?

A – La citoyenneté ethnique

B – Les « ethnies réunifiées » du Cameroun

Chapitre VI :

Revenir à l’égalité des chances pour le bien de tous.

A – L’abolition de la « méritocratie régionale »

B – La « Régionalisation »

Chapitre VII :

Une République nouvelle avec un esprit nouveau

A – La République des gagne-petit et des faibles

B – Une classe dirigeante nouvelle

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