Le Cameroun plaide à Bruxelles pour lever sa suspension de l'ITIE. Fuh Calistus Gentry promet des réformes. La société civile reste le point de blocage.
Suspendu depuis février 2024, le Cameroun tente de convaincre l'ITIE que la société civile peut enfin participer. Bruxelles écoute. Yaoundé promet.
Un score de 53 sur 100. Une suspension. Deux ans et demi plus tard, Yaoundé revient à la table. Mais le verrou n'a pas bougé : la société civile.
Bruxelles, 9 octobre : le plaidoyer camerounais
La rencontre s'est tenue en marge de la 10ᵉ Conférence mondiale de l'ITIE. Fuh Calistus Gentry a rencontré Maria van der Hoeven, présidente du Conseil d'administration de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives.
Objectif : obtenir la levée de la suspension du Cameroun. Le pays est exclu du processus depuis le 29 février 2024.
Dans son communiqué publié le 9 octobre, le ministère indique que les échanges ont porté sur « la mise en œuvre des mesures correctives relatives à l'Exigence 1.3 de la Norme ITIE, particulièrement la libre participation de la société civile au processus ».
Le gouvernement a aussi présenté ses engagements en matière de transparence et de gouvernance du secteur extractif.
Une suspension qui date de février 2024
Pour comprendre, il faut revenir au 29 février 2024. Ce jour-là, le Conseil d'administration de l'ITIE suspend le Cameroun. Motif : l'évaluation de sa mise en œuvre de la Norme ITIE 2019.
Le pays obtient un score global de 53 points sur 100. Le principal point de blocage : l'Exigence 1.3. Elle porte sur la participation de la société civile au processus de transparence.
L'ITIE relève alors des préoccupations sur la liberté d'expression des acteurs associatifs. Elle note aussi des difficultés de coordination et de représentation au sein du Groupe multipartite chargé de superviser le processus national.
L'organisation attend que les organisations indépendantes puissent contribuer librement aux débats, participer aux décisions et exercer leur rôle de contrôle sans entraves.
Exigence 1.3 : le verrou de la société civile
La levée de la suspension dépend d'abord de la capacité du Cameroun à démontrer que la société civile peut participer. Effectivement. Indépendamment.
Ce n'est pas une formalité. L'ITIE est une organisation tripartite. Elle rassemble gouvernements, entreprises extractives et société civile. Si un pilier est affaibli, tout l'édifice vacille.
Le Cameroun a engagé des travaux préparatoires. Selon le secrétariat national, les discussions ont porté sur la mise en place d'un mécanisme de réception et de traitement des plaintes. Notamment celles relatives aux restrictions à la participation de la société civile.
Un questionnaire a aussi été adressé aux organisations concernées. Des échanges ont eu lieu avec le secrétariat international de l'ITIE pour accélérer la procédure. Le calendrier envisagé prévoyait le dépôt d'une demande en septembre 2026.
Ce que Yaoundé met sur la table
Le communiqué du ministère détaille plusieurs engagements.
Sur le plan organisationnel, la nomination d'un coordonnateur national adjoint et de personnel technique au sein du Secrétariat national de l'ITIE. Un signal. Pas une preuve.
Sur le plan de la transparence, le gouvernement dit vouloir travailler avec la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Objectif : établir un calendrier de publication des contrats pétroliers, des états financiers et des données sectorielles.
La SNH gère les intérêts de l'État dans le pétrole et le gaz. Ses contrats, ses chiffres, ses relations financières avec les opérateurs sont au cœur des attentes de l'ITIE.
Le communiqué précise aussi que « le Cameroun a par ailleurs exprimé son intention de solliciter une validation anticipée, dès l'établissement d'un calendrier de mise en œuvre des réformes nécessaires ».
Traduction : Yaoundé ne veut pas attendre 2028. La prochaine validation ordinaire est programmée à partir du 1ᵉʳ janvier 2028, selon le calendrier révisé de l'ITIE.
Malgré la suspension, les rapports continuent
Le Cameroun n'a pas interrompu la publication de ses rapports ITIE. Le rapport sur l'exercice 2022 a été publié en mars 2025. Celui sur l'exercice 2023 est sorti le 30 décembre 2025.
Ces publications maintiennent le pays dans le jeu. Elles ne suffisent pas à lever la suspension. Mais elles montrent une chose : l'administration continue de produire des données.
La question est ailleurs. Ces données sont-elles accessibles ? Fiables ? Utilisées ? Et surtout : la société civile peut-elle les contester, les analyser, les discuter librement ?
Pourquoi Bruxelles est un test
L'ITIE n'est pas qu'un club. C'est un label. Il pèse sur la réputation d'un pays. Il influence les bailleurs, les investisseurs, les organisations internationales.
Pour le Cameroun, lever la suspension, c'est retrouver une crédibilité. C'est aussi envoyer un signal : le pays accepte d'être scruté.
Mais l'ITIE ne se contente pas de promesses. Elle veut des preuves. Des mécanismes. Des résultats. La nomination d'un coordonnateur adjoint ne suffit pas. La publication de contrats SNH serait un pas. Encore faut-il qu'elle ait lieu.
Le Cameroun veut une validation anticipée. L'ITIE veut des réformes vérifiables. Les deux calendriers ne sont pas encore alignés.
La prochaine étape : l'établissement d'un calendrier de mise en œuvre. Puis une demande formelle. Puis un réexamen.
Rien n'est acquis. La suspension peut être levée. Elle peut aussi durer. Tout dépendra de ce que Yaoundé démontre. Pas de ce qu'il promet.
Une question demeure : la société civile camerounaise sera-t-elle associée à ce processus ? Ou continuera-t-elle d'être le point aveugle de la transparence extractive ?
** Pourquoi le Cameroun est-il suspendu de l'ITIE ?**
Le Cameroun a été suspendu le 29 février 2024 après son évaluation de la Norme ITIE 2019. Il a obtenu 53 points sur 100. Le principal point de blocage concernait l'Exigence 1.3 : la participation de la société civile au processus.
** Qu'est-ce que l'Exigence 1.3 ?**
C'est une règle de la Norme ITIE qui porte sur la participation de la société civile. Elle exige que les organisations indépendantes puissent contribuer librement aux débats, participer aux décisions et exercer leur rôle de contrôle sans entraves.
** Que demande le Cameroun à l'ITIE ?**
Le Cameroun demande la levée de sa suspension. Il veut aussi une validation anticipée, avant la prochaine validation ordinaire prévue à partir du 1ᵉʳ janvier 2028.
** Quels engagements le Cameroun a-t-il pris ?**
La nomination d'un coordonnateur national adjoint, la publication des contrats pétroliers de la SNH, et la mise en place d'un mécanisme de traitement des plaintes liées aux restrictions à la participation de la société civile.