Selon le Baromètre économique de la Cemac publié par la Banque mondiale, plus de 8,4 millions de Camerounais vivent avec moins de 3 dollars par jour.
Le dernier rapport de la Banque mondiale confirme une réalité que les marchés de Douala, de Yaoundé et de Maroua disent déjà : plus de 8,4 millions de Camerounais survivent avec moins de 3 dollars par jour.
Ils sont 8,4 millions. Plus de 8,4 millions de Camerounais vivent avec moins de 3 dollars par jour. C'est le chiffre qui tombe du dernier Baromètre économique de la Cemac, publié par la Banque mondiale en août 2026.
3 dollars. Environ 1 800 FCFA. Par jour. Pour se nourrir, se soigner, envoyer les enfants à l'école. Ce n'est pas un seuil de pauvreté. C'est un seuil de survie.
Le chiffre et ce qu'il dit
La une de La Nouvelle Expression est sans ambiguïté. « Le Cameroun s'enfonce. » Le journal s'appuie sur le dernier Baromètre économique de la Cemac, publié par la Banque mondiale en août 2026.
Le chiffre est précis : plus de 8,4 millions de Camerounais vivent avec moins de 3 dollars par jour. À titre de comparaison, la population totale du Cameroun est estimée à environ 28 millions d'habitants. Cela signifie qu'environ 30 % de la population vit sous ce seuil.
Le seuil de 3 dollars par jour est utilisé par la Banque mondiale pour les pays à revenu intermédiaire. Il est ajusté en parité de pouvoir d'achat. Au Cameroun, cela correspond à environ 1 800 FCFA par jour. Une somme qui couvre à peine un repas dans un marché de quartier.
Ce que 3 dollars représentent vraiment
Dans un marché de Douala, 1 800 FCFA achètent un régime de bananes, un peu de poisson et quelques légumes. Pas de viande. Pas de transport. Pas de frais de scolarité. Pas de soins de santé.
Dans l'Extrême-Nord, à Maroua ou à Kaélé, la même somme doit couvrir les besoins d'une famille entière. Le sorgho, base de l'alimentation locale, coûte de plus en plus cher. Les oignons de Kaélé sont exportés, mais les producteurs restent pauvres.
Un économiste camerounais, qui a requis l'anonymat, résume : « Le seuil de 3 dollars, ce n'est pas la pauvreté. C'est la misère. Et 8,4 millions de personnes vivent dans cette misère. »
Les régions les plus touchées
Le rapport ne détaille pas la répartition régionale dans les informations relayées par La Nouvelle Expression. Mais les données historiques de la Banque mondiale pointent une réalité connue : l'Extrême-Nord, le Nord et l'Adamaoua concentrent les taux de pauvreté les plus élevés du pays.
Ces trois régions abritent environ 30 % de la population camerounaise. Elles cumulent les vulnérabilités : enclavement, faible pluviométrie, insécurité alimentaire chronique, et depuis 2014, les attaques de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.
Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, touchées par la crise anglophone depuis 2016, ont vu leur économie se contracter. Les déplacements de populations, la destruction des infrastructures et la fermeture des écoles ont aggravé la pauvreté.
Une tendance qui se confirme
Ce n'est pas la première fois que la Banque mondiale alerte sur la pauvreté au Cameroun. En 2022, l'institution estimait déjà que 23,7 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté national. En 2023, la Banque africaine de développement notait que la croissance économique ne profitait pas assez aux couches vulnérables.
Le Baromètre économique de la Cemac, publié en août 2026, confirme la tendance. La croissance du PIB camerounais reste positive, tirée par le pétrole, le bois et l'agro-industrie. Mais cette croissance ne ruisselle pas. Les inégalités se creusent. Et les plus vulnérables s'enfoncent.
Les causes : une économie qui ne partage pas
Plusieurs facteurs expliquent cette persistance de la pauvreté. L'inflation a érodé le pouvoir d'achat des ménages. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté plus vite que les revenus. Le sous-emploi et l'informalité touchent une grande partie de la population active.
La dépendance aux importations alimentaires reste forte. Le Cameroun importe encore du riz, du blé, du poisson congelé et de l'huile de palme, alors que son potentiel agricole est immense. Le Plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), lancé en 2024, vise à inverser cette tendance. Mais ses effets ne sont pas encore visibles.
L'accès aux services de base reste limité dans les zones rurales. L'électrification, l'eau potable, les routes de desserte agricole et les centres de santé manquent. Sans ces infrastructures, les populations rurales restent enfermées dans la pauvreté.
Ce que le chiffre ne dit pas
8,4 millions, c'est un chiffre. Derrière, il y a des visages. Des femmes qui vendent des tomates sur le marché de Mboppi, à Douala, et qui rentrent chez elles avec 2 000 FCFA de bénéfice. Des jeunes diplômés qui enchaînent les stages non payés à Yaoundé. Des familles de Maroua qui sautent un repas sur deux pour que les enfants aillent à l'école.
Un habitant de Douala, qui a requis l'anonymat, confirme : « Ici, tout le monde travaille. Mais personne ne s'en sort. Tu gagnes 2 000, tu dépenses 2 500. Tu empruntes. Tu rembourses. Tu recommences. »
La question n'est pas de savoir si le chiffre est juste. La question est de savoir ce que le gouvernement en fait. Le Baromètre économique de la Cemac est publié. Les données sont là. Les politiques publiques, elles, restent à ajuster.
La Banque mondiale recommande de renforcer les filets de protection sociale, d'investir dans le capital humain et de soutenir les secteurs qui créent des emplois pour les plus vulnérables. L'agriculture, l'élevage, la transformation agroalimentaire et l'économie numérique sont cités.
Une chose est sûre : 8,4 millions de personnes attendent. Pas un rapport. Des actes.
Combien de Camerounais vivent avec moins de 3 dollars par jour ?
Plus de 8,4 millions, selon le dernier Baromètre économique de la Cemac publié par la Banque mondiale en août 2026.
Que représentent 3 dollars par jour au Cameroun ?
Environ 1 800 FCFA. Une somme qui couvre à peine un repas dans un marché de quartier.
Quelles régions sont les plus touchées ?
Les données historiques pointent l'Extrême-Nord, le Nord et l'Adamaoua. Les régions anglophones sont également affectées par la crise sécuritaire.
Le gouvernement a-t-il réagi au rapport ?
Aucune réaction officielle n'a été rendue publique au moment de la rédaction.