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© Camer.be : Toto Jacques
- 30 Sep 2026 12:27:26
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Cameroun - Sacre Akwa : Mbanya s'embrase à 10 jours du couronnement
Gaz lacrymogènes à Mbanya ce 30 septembre 2026. À 10 jours du sacre de Louis Din Dika Akwa, le canton Akwa s'enfonce dans une crise de succession.
Entre légitimité administrative et reconnaissance coutumière, le sanctuaire de Mbanya devient le théâtre d'un affrontement qui dépasse la simple cérémonie.
Ce mercredi 30 septembre 2026, à Mbanya, dans l'arrondissement de Douala V, des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser des habitants rassemblés à l'occasion d'une cérémonie rituelle préparatoire au sacre du Dr Louis Din Dika Akwa, prévu le 10 octobre. Selon plusieurs sources concordantes, l'altercation a opposé les forces de police à des villageois qui entendaient accéder au site sacré.
Le sous-préfet de Douala V avait pourtant autorisé une manifestation ce jour-là, par correspondance datée du 29 septembre. Le document a été transmis aux responsables locaux de la sécurité. Mais sur le terrain, la réalité a pris un autre visage. Celui d'une communauté divisée, d'un sanctuaire disputé, et d'un sacre qui pourrait bien ne jamais avoir lieu.
Mbanya, un lieu qui vaut plus qu'un protocole
Pour comprendre ce qui se joue, il faut d'abord mesurer ce qu'est Mbanya. Ce n'est pas un simple village. C'est un lieu. Un espace associé à la mémoire des ancêtres et aux dimensions initiatiques de la royauté Akwa. Selon le programme officiel du sacre, le futur monarque doit s'y rendre pour communier avec les ancêtres avant la cérémonie solennelle sur les berges du Wouri.
Pour les détenteurs de la tradition, réglementer l'accès à ce site ne relève pas d'une question de protocole administratif. Le lieu participe au sens même du rite.
Les responsables du canton Akwa ne parlent pas d'un site cérémoniel. Ils parlent d'un sanctuaire. Et c'est précisément là que le bât blesse.
Une contestation qui remonte à 2020
Le conflit autour du sacre ne date pas d'hier. Il plonge ses racines dans la mort de Sa Majesté Louis Charles Din Dika Akwa III, survenue le 8 décembre 2020. Deux ans plus tard, le 15 mars 2022, Louis Din Dika Akwa, deuxième fils du défunt, accède au trône. Il est ensuite homologué par l'arrêté n°005/PM du 23 janvier 2023, signé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, qui le reconnaît comme chef traditionnel de premier degré du canton Akwa.
Mais cette reconnaissance administrative ne clôt pas le débat. Loin de là.
Les opposants au sacre soutiennent que plusieurs familles et notables de Boneleke, présenté comme le village royal, contestent la désignation de Louis Din Dika. Selon leur version, 10 chefs de familles sur 11 auraient fait allégeance à Mbanya et soutiendraient le Prince Jean Pascal Ngando Ebongue Akwa comme chef supérieur du canton. Ces affirmations restent celles du camp opposé au sacre et font l'objet d'une bataille administrative et judiciaire.
Le statut juridique de Mbanya en question
Le 29 mai 2026, le tribunal administratif du Littoral a prononcé la dissolution pure et simple du village Mbanya, une chefferie de 3e degré créée en 2020 par arrêté préfectoral. Le tribunal a estimé que cette chefferie ne reposait sur aucune réalité coutumière vérifiable. Pas de population. Pas de territoire délimité. Pas de tradition établie.
Mais si la justice a tranché sur le papier, le terrain, lui, ne s'est pas aligné. Mbanya demeure un lieu de mémoire pour une partie de la communauté Akwa. Et c'est cette contradiction entre le droit administratif et la pratique coutumière qui alimente la crise actuelle.
Le décret n°77/245 du 15 juillet 1977, qui organise les chefferies traditionnelles au Cameroun, prévoit que les contestations relatives à la désignation d'un chef sont portées devant les juridictions compétentes. Mais dans la pratique, le droit ne suffit pas toujours à apaiser les tensions.
Gouverneur contre préfet : la guerre des autorités
La crise de Mbanya a révélé une fracture au sommet de l'administration territoriale. Le gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha, et le préfet du Wouri, Sylyac Marie Mvogo, affichent des positions divergentes sur l'usage du site sacré.
Selon plusieurs sources, les autorités traditionnelles Sawa se sont rendues à la préfecture pour demander l'autorisation d'organiser un rite sur leur propre lieu sacré. Le préfet, visiblement remonté, aurait menacé les représentants avant de leur signifier qu'aucun rite ne pouvait être organisé sur le site où Paul Biya aurait déjà été « blindé », sans l'autorisation du « grand patron ».
Les chefs traditionnels se sont alors tournés vers le gouverneur. Ce dernier a donné son aval aux autorités traditionnelles Sawa, rappelant que leur lieu sacré reste leur lieu sacré et qu'ils peuvent en disposer librement.
Ce désaccord entre les deux plus hautes autorités administratives de la région a fait le tour des réseaux sociaux. Des vidéos de l'altercation ont circulé massivement. Le Canard Libéré 237 a évoqué « un vent polaire » et « un désaveu en mondovision ».
Ce que disent les contestataires
Les opposants au sacre invoquent un arrêt de la Cour suprême du 9 septembre 2026 pour réclamer la suspension des cérémonies. Ils affirment également avoir engagé plusieurs procédures auprès des autorités et des juridictions.
Leur argument principal repose sur la désignation du successeur. Ils soutiennent que 5 foyers sur 7 de la famille régnante Bonadika et 9 notables sur 11 du village royal auraient porté leur choix sur le Prince Jean Pascal Ngando Ebongue Akwa. Selon une source citée par le magazine Pages Jaunes, cette désignation aurait été faite en février 2021, avant même l'homologation de Louis Din Dika.
Nous n'avons pas pu joindre les représentants du camp adverse pour obtenir leur version de ces chiffres avant publication. Leurs affirmations restent, à ce stade, des allégations qui n'ont pas été confirmées par une source indépendante.
Le sacre aura-t-il lieu ?
À dix jours de l'échéance, la question reste entière. Le programme officiel du sacre prévoit une cérémonie sur les berges du Wouri le 10 octobre 2026, précédée d'un passage au sanctuaire de Mbanya. Mais entre les contestations coutumières, les contentieux judiciaires et les divisions administratives, rien ne garantit que le calendrier sera respecté.
Le 19 septembre, dix-neuf chefs du canton ont tenté une clarification en distinguant plusieurs parcelles sur le site de Mbanya. Sans succès. Les positions du gouverneur et du préfet n'ont pas été réconciliées.
Pour l'heure, aucune information ne permet de confirmer si la cérémonie de Mbanya aura lieu, si elle sera déplacée, ou si elle sera purement annulée. La préfecture du Wouri n'a pas publié de communiqué officiel à ce sujet.
Ce qui se joue au-delà de Mbanya
L'affaire de Mbanya n'est pas qu'une querelle de succession. Elle met en lumière une question plus profonde : celle de la coexistence entre l'autorité administrative de l'État et les institutions traditionnelles dans un Cameroun où ces dernières demeurent des marqueurs essentiels d'identité et de cohésion.
Les griefs exprimés par les chefs traditionnels dépassent le seul cas de Mbanya. Ils portent sur la reconnaissance publique de la fonction traditionnelle, sur la place accordée aux autorités coutumières dans les espaces officiels. Une récente réception est citée en exemple : des chefs traditionnels auraient été maintenus debout tandis que des membres du gouvernement occupaient les premiers rangs.
C'est cette accumulation de frustrations qui donne à la crise actuelle sa charge émotionnelle. Et c'est probablement ce qui explique pourquoi le sujet mobilise autant, bien au-delà du canton Akwa.
Pourquoi y a-t-il des tensions à Mbanya ?
La localité de Mbanya abrite un site sacré que le camp de Louis Din Dika Akwa souhaite utiliser pour un rite préparatoire à son sacre. Des opposants contestent cette utilisation, invoquant le statut particulier de Mbanya et la légitimité d'un autre successeur.
Qui est Louis Din Dika Akwa ?
Il est le fils de feu Louis Charles Din Dika Akwa III, décédé en décembre 2020. Il a été homologué chef traditionnel de premier degré du canton Akwa par arrêté du Premier ministre en janvier 2023. Son sacre est annoncé pour le 10 octobre 2026.
Qui est Ngando Ebongue Akwa ?
Le Prince Jean Pascal Ngando Ebongue Akwa, alias « Kalou », est présenté par une partie de la famille régnante et de la notabilité comme le successeur légitime. Il aurait été choisi en février 2021 lors d'un processus coutumier contesté par le camp de Louis Din Dika.
Le sacre du 10 octobre aura-t-il lieu ?
Aucune confirmation officielle n'a été publiée à ce stade. Le programme prévoit une cérémonie sur les berges du Wouri, mais les contestations et les contentieux rendent le calendrier incertain.
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