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© Camer.be : Paul Moutila
- 25 Jul 2026 13:02:08
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Richard Bona : « Je ne retournerai plus jamais au Cameroun »
Le Grammy Award Richard Bona a vidé son sac sur DW Afrique : « persona non grata » sans motif, « escroquerie » généralisée, « jeunesse corrompue » et la promesse de ne plus jamais remettre les pieds au Cameroun.
Qui ? Richard Bona, contrebassiste camerounais de renommée mondiale, lauréat d'un Grammy Award. Quoi ? Il a déclaré sur DW Afrique qu'il ne retournerait « plus jamais » au Cameroun. Quand ? Le 24 juillet 2026, en marge du festival Jazzoahead à Brême. Où ? Depuis l'Allemagne, devant les caméras du média public allemand. Pourquoi ? Parce qu'il est « persona non grata » dans son propre pays sans qu'aucun motif ne lui ait jamais été communiqué.
Imaginez. Vous êtes né dans ce pays. Vous l'avez porté sur les plus grandes scènes du monde. Vous avez fait rayonner sa culture aux côtés de Quincy Jones, Herbie Hancock, Sting. Et un jour, sans explication, on vous interdit de territoire. On vous refuse le visa pour enterrer votre mère. On vous demande de payer pour qu'on vous rende votre passeport. Richard Bona a cessé d'imaginer. Il a parlé.
Richard Bona, enfant de Minta devenu star planétaire
Né le 28 octobre 1967 à Minta, dans la région du Centre-Cameroun, Richard Bona de son nom complet Bona Pinder Yayumayalolo grandit dans une famille de musiciens. Son grand-père, griot et percussionniste, lui fabrique son premier balafon. Sa mère est chanteuse. À quatre ans, il s'initie à la musique. À cinq ans, il joue déjà.
Le reste est une ascension fulgurante. L'Allemagne, la France, les États-Unis. Les collaborations avec Joe Zawinul, Pat Metheny, Bobby McFerrin, Stevie Wonder. Les Grammy Awards. Une carrière qui fait de lui l'un des bassistes les plus respectés de sa génération.
Mais au Cameroun, l'accueil est tout autre.
« Persona non grata » l'absence de motif
Dans l'interview publiée le 24 juillet 2026 par DW Afrique, Richard Bona affirme avoir été déclaré « persona non grata » dans son pays d'origine sans jamais avoir reçu d'explication. « J'aimerais bien savoir le motif qui puisse être attaché à cette censure », s'est-il interrogé.
« Je suis persona non grata au Cameroun. Quand on est persona non grata au Cameroun, on est interdit de territoire », avait-il déjà expliqué en 2022 sur RFI. « On m'a fait persona non grata au Cameroun sans aucun motif. J'ai demandé c'est quoi le motif de l'interdiction, on ne m'a jamais donné le motif. Je vais là où je suis célébré, pas là où je suis toléré ».
Une décision qui n'est pas sans conséquences personnelles douloureuses. En 2017, Richard Bona n'a pas pu assister aux obsèques de sa mère. « Je n'ai pas pu accompagner ma mère vers sa dernière demeure, parce que certains membres du régime ont décidé qu'officieusement ou officiellement je suis personne "NON GRATA" au Cameroun ».
« Le Cameroun est une cause perdue »
Dans cet entretien, le musicien ne s'arrête pas à son cas personnel. Il dresse un diagnostic sans concession du pays.
> « Le Cameroun est profondément enraciné dans l'escroquerie », déclare-t-il, dénonçant un mode de gouvernance qu'il qualifie de « très mafieux ».
Il va plus loin : « C'est un pays qui se lance même dans un trafic des passeports de ses citoyens. Il n'y a plus rien à faire. Ils sont arrivés à un niveau vraiment très bas de gamme ».
Et la conclusion est sans appel : « Le Cameroun est désormais une cause perdue ».
La charge contre la jeunesse camerounaise qui enflamme le débat
C'est pourtant un autre passage qui a provoqué la plus vive controverse. Richard Bona s'en est pris frontalement à la jeunesse de son pays.
> « La jeunesse au Cameroun est une jeunesse corrompue. Ils ont été élevés de cette manière et ils ont cette façon de procéder. On attend juste des miettes d'en haut et on ne les a pas, à part quelques rares exceptions. C'est une jeunesse corrompue et je ne pense pas que le Cameroun s'en sortira. C'est très négatif. Je suis juste réaliste et pragmatique, je ne pense pas qu'il s'en sortira ».
Ces mots ont frappé comme un coup de tonnerre. Dans les commentaires, sur les plateaux, le débat s'est enflammé. Fallait-il y voir du pessimisme, ou un simple constat pragmatique ?
Un conflit ancien, une rupture consommée
Les tensions entre Richard Bona et le pouvoir camerounais ne datent pas d'hier. En octobre 2014, il avait déjà annoncé qu'il ne remettrait plus les pieds au Cameroun tant qu'on lui demanderait un visa d'entrée. « Alors pour vos fêtes nationales… Ne vous essoufflez pas… Je ne suis pas Camerounais… Don't call me. Je suis USA/Portugal et fier de l'être ».
La question de la double nationalité est au cœur du conflit. La loi camerounaise du 11 juin 1968 ne l'autorise pas. Mais pour Bona, le problème dépasse le cadre juridique : « Le pouvoir ne fera pas loi, la force ne fera pas la loi ».
En mars 2016, il avait déchiré son passeport camerounais en direct sur les réseaux sociaux. Un geste symbolique fort, qu'il justifie aujourd'hui par l'attitude de l'État : « Si j'ai déchiré mon passeport camerounais, c'est parce que l'État m'a fait comprendre que je ne suis pas camerounais ».
« Je ne retournerai plus jamais » la décision définitive
L'annonce de 2026 est plus radicale encore :
> « Je pense même que je n'y retournerai plus jamais. C'est une décision bien impersonnelle et qui m'arrange aussi ».
Une phrase qui résonne comme un adieu. Le musicien, qui utilisait ses notes pour « répondre, de temps en temps, à cette gouvernance », a désormais choisi le silence des absents.
Un débat qui dépasse Richard Bona
Au-delà de la personnalité de l'artiste, c'est un débat de fond qui s'ouvre. La corruption enseignée dès l'école, selon certains , les générations frustrées qui refusent de passer le relais, le culte du raccourci et du buzz plutôt que du travail de fond.
Des voix s'élèvent pour nuancer le propos de Bona. Oui, il y a une part de vérité dans son diagnostic. Oui, la gouvernance camerounaise est entachée de pratiques condamnables. Mais le fatalisme n'est pas une solution.
Le changement, disent certains observateurs, se construira petit à petit, porté par une génération qui choisit de faire le travail de recherche plutôt que de suivre la foule. Une génération qui refuse d'attendre les « miettes d'en haut ».
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