Répression : La dédicace qui allait renverser le régime Biya
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Retenu contre son gré dans un hôtel à Douala depuis mercredi, le président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun n’a quitté la capitale économique qu’hier en fin de la matinée, après avoir affiché sa détermination à dédicacer ses trois derniers ouvrages, ce en dépit de l'interdiction par les autorités de la ville, qui ont mobilisé la police et la gendarmerie.

Au sein du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), l'on soutient mordicus que le séjour du président national de ce parti politique à Douala, depuis le mardi 30 novembre, n'a rien à voir avec ses activités politiques. Qu'en d’autres termes le Professeur Maurice Kamto n'est pas arrivé à Douala sous sa casquette d'opposant politique, mais sous celle de l'homme de lettres qu'il est. En face, les apparatchiks et ultra conservateurs du pouvoir politique de Yaoundé refusent d'entendre ce son de cloche. Pour eux, le Professeur Maurice Kamto a un agenda caché derrière cette nouvelle sortie. Et cet agenda n’est autre qu’une intention d'insurrection.

Suffisant, en tout cas, pour justifier l'interdiction par les autorités de Douala 1er, de la cérémonie de dédicace des trois derniers ouvrages de celui qui ajoute désormais à ses casquettes celle d’écrivain-poète. Elle était prévue le mercredi 1er décembre à 16h au restaurant La Chaumière à Bonapriso. Mais les autorités de la région du Littoral, agissant sans doute et comme d’habitude sous les instructions de la « très haute hiérarchie », n’ont même pas permis au très prolixe et prolifique auteur de se mouvoir.

Dès le soir du mardi, elles ont déployé la police et la gendarmerie devant l’hôtel où le candidat à la présidentielle de 2018 avait pris ses quartiers, à la vallée de Bessengue, d’où il devait partir le lendemain, mercredi, pour un autre quartier (Bonapriso) pour y dédicacer ses ouvrages comprenant des recueils de poèmes. Le Long du tronçon allant du Feu Rouge Bessengue jusqu’à Mobil Bonakouamouan, le dispositif mobilisé n’avait d’égal que celui des jours d’émeutes ou par des temps de guerre : deux chars lance-eau mobilisés devant l’hôtel de l’illustre universitaire, des policiers et gendarmes en faction à l’entrée principal de l’établissement hôtelier, armes au poing.

Ces agents du maintien de la paix, garants aussi de l’ordre public, sont armés de matraques et se tiennent prêts pour pulvériser l’eau sur quiconque, ou pour lancer des bombes à gaz lacrymogènes sur une foule qui n’existe que dans leur esprit. Sur qui et contre qui donc ? Là est toute la question que se pose tout le monde, y compris les usagers qui peinent à circuler sur le tronçon circonscrit et quadrillé où se trouve son hôtel d’accueil. Le boulevard de la République est fermé sur un côté le long de ce tronçon. Les automobilistes circulent au pas de tortue. Ils ont intérêt à s’armer de patience.

Tout au long de la journée du mercredi, les mouvements sont filtrés devant cet hôtel et devant le restaurant La Chaumière à Bonapriso. Il faut montrer patte blanche. Les contrôles de pièces d’identité et des badges des personnels sont systématiques.

Manque-à-gagner

Les personnes qui passent par la rue Njoh-Njoh, tout au moins sur la portion de route où se trouve le restaurant La Chaumière, connaissent, eux aussi, ces fortunes diverses. Deux chars anti-émeutes de la police y sont garés et une dizaine d’hommes en tenue veillent au grain. À l’hôtel Vallée des Princes, tout comme au restaurant La Chaumière, la vie et les activités commerciales ont fonctionné au ralenti ce mercredi du fait de cette présence dissuasive des forces de l’ordre, engendrant de toute évidence un important manque-à-gagner pour les promoteurs de ces établissements touristiques.

Selon plusieurs témoins de ces scènes, les clients présents au moment où la police prenait possession des lieux, ont été priés de s’en aller. À l’hôtel où séjournait le chef de file de l’opposition, les personnels n’ayant pas leur badge ont été interdits d’accès. Presque personne n’y entrait, ni n’en sortait. Le promoteur du restaurant La Chaumière, Cyrille Sam Mbaka, président national de l’Alliance des Forces Progressistes (Afp) et un des membres de la plateforme de l’opposition ayant soumis récemment au président de la République un projet contenant des propositions en vue de l’amélioration du code électoral camerounais, a lui-même été pris de court par le déploiement pour le moins incompréhensible de la police dans ses pénates. Il indiquera à l’un de nos confrères que le sous-préfet de Douala 1er lui a fait part de l’interdiction de la cérémonie de dédicace de livres en invoquant l’argument de « manifestation politique non autorisée ». Pourtant, aux dires Sam Mbaka, qui ne cache guère son indignation face aux reporters, « La Chaumière ne peut pas accueillir plus de 300 personnes ».

Prisonniers « politiques »

Aussitôt arrivé à Douala, Maurice Kamto s’est rendu à la prison centrale de New-Bell pour y rencontrer quelque 50 militants de son parti politique incarcérés depuis plus de douze mois, suite aux manifestations du 22 septembre 2020 sur le territoire national contre la guerre sans fin dans les zones anglophones en particulier. Une fois de plus, le leader politique a exigé la libération de ces compatriotes pour leur permettre de connaître les délices des fêtes de fin d’année qui s’annoncent.

Après quoi, Maurice Kamto s’est déporté au siège régional du MRC au quartier Grand Moulin. « Je suis venu rendre visite à nos compatriotes qui sont incarcérés à la prison de New- Bell, ici à Douala depuis ces 14 derniers mois (...) Notre devise est et demeure ‘‘Paix et Changement intégral à travers les urnes’’ », a-t-il réitéré. Avant de hausser le ton : « Nous n’avons pas choisi l’option de la lutte, mais nous n’avons pas peur de la lutte. S’ils nous imposent cependant la lutte, nous lutterons. »

Jusqu’au début de la matinée du jeudi 02 décembre, la mobilisation sécuritaire était toujours perceptible à l’entrée de l’hôtel où séjournait l’homme politique camerounais. L’on apprenait alors que les autorités de la ville disaient ne pas vouloir de lui à Douala (dans une ville réputée bouillante et frondeuse, au regard des expériences antérieures). Dans ce sillage, ordre a été donnée à l’éminent professeur de droit de retourner à sa ville de Yaoundé, où la première dédicace de ses ouvrages s’est pourtant tenue il y a quelques semaines, sans aucun couac ni aucun son de cloche. De sources proches de son parti politique, Maurice Kamto n’a pas caché sa détermination à « organiser ce pourquoi il est venu à Douala : la dédicace de ses ouvrages. »

Mais aux dernières nouvelles, il a quitté la ville de Douala jeudi en fin de la matinée, sous forte escorte des forces du maintien de l’ordre. Sans doute l’a-t-il fait dans le respect du principe de la conquête pacifique du pouvoir, dont il a fait son crédo.

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