Crise anglophone : l’enlisement et l’indifférence
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Le 18 juillet 2021, cinq policiers camerounais ont été tués dans une embuscade tendue sur l’axe routier Bamenda – Bali Nyonga. D’après le gouverneur de la région du Nord-Ouest cité par anadolu agency un média en ligne, « le véhicule est monté sur une mine plantée sur la route par les assaillants. Après l’explosion de la mine, les sécessionnistes ont ouvert le feu sur le véhicule de la police. Cinq policiers sont malheureusement tombés et cinq armes ont été emportées. Le véhicule est complètement détruit par l’explosion et des balles. » 5 jours auparavant, deux gendarmes avaient été tués puis un autre décapité dans la nuit de mardi à mercredi 14 juillet à Babadjou, village situé à la frontière entre la région de l’Ouest et le Nord-Ouest du pays. D’après l’autorité municipale de l’arrondissement de Babadjou, « tard dans la nuit de mardi, les séparatistes ont attaqué le poste de contrôle de Zavion à Babadjou. L’attaque s’est passée de manière inaperçue. C’est le matin que les riverains ont découvert les corps de deux gendarmes décapités. Le troisième gendarme qui était aussi à ce poste de contrôle, est toujours porté disparu, il a certainement été pris en otage par les séparatistes. »

Pertes…

Dans le langage militaire, on dirait que les forces de défense et de sécurité ont perdu en 6 jours 7 hommes et un disparu, en prenant en compte ces deux cas. Les conditions dans lesquelles ces pertes ont été enregistrées montrent que du côté de ces forces de défenses, quelque chose cloche. Les images montrant l’attaque de Bali Nyonga laissent voir un véhicule pick-up que conduisent les agents de police, manifestement pas approprié pour circuler dans une zone de guerre. La sécurité semble d’ailleurs être abandonnée aux forces de l’ordre que sont les policiers et les gendarmes, que d’être assurée par les forces militaires qui sont plus outillées pour patrouiller en zone de conflit. Pour le dire simplement, la facilité avec laquelle les hommes en tenue sont massacrés depuis le mois de juin 2021 laisse croire que soit le gouvernement camerounais a relâché, soit les combattants séparatistes ont peaufiné leurs stratégies d’attaque.

Il est en effet possible que pendant que le pouvoir de Yaoundé se complait dans les discours selon lesquels la situation est maîtrisée sur le terrain, discours que certains semblent croire et baisser la garde, les groupes sécessionnistes multiplie des techniques pour les prendre par surprise. De plus en plus, les forces étatiques subissent des pertes en vies humaines et en matériel dans cette zone. Sur le plan social, en 6 jours, toujours dans le camp des forces étatiques, 8 familles ont été endeuillées. Ces hommes en effet appartiennent à des familles, sont des maris, des pères, des frères, oncles et autres. Ces hommes appartiennent à des villages, à des communautés, à des arrondissements, des départements, des régions, à un pays, le Cameroun. Ils ont laissé leurs vies sur le champ de guerre, au service des politiques. Et pendant ce temps, que font-ils ces politiques ?

L’Assemblée nationale elle aussi n’est pas concernée par la crise anglophone. En 5 ans, elle n’a pu inscrire le sujet à l’ordre du jour des différentes sessions, 14 au total depuis que la crise a pris une tournure violente en fin d’année 2016. Elle a achevé une autre session en juillet 2021, sans en toucher un mot. Curieusement, elle se montre plus préoccupée par la tranquillité du président de la république à l’étranger.

Le regard ailleurs

En commençant par l’exécutif, le chef de l’Etat, il est parti. Pendant que les pertes en vies humaines se font de plus en plus importantes, alors que la crise anglophone a désormais pris la forme de l’intifada, caractérisée par des embuscades et des attaques aux armes sophistiquées, aux roquettes et aux mines anti personnelles, il a pris l’avion le 11 juillet 2021 pour un séjour privé en Europe. C’est à se demander s’il est même encore concerné par cette crise, si jamais il l’a été un jour,  lui qui à des rares occasions qu’il en a parlé, n’a cessé d’égrainer le chapelet de mesures qu’il a déjà prises pour juguler la crise. Ont-elles été efficaces ou pas ne  semblent pas important. Pourtant depuis 5 ans que la crise s’enlise, il devrait s’arrêter pour une évaluation, faire une comparaison des pertes en vies humaines toutes parties confondues en 2018 par exemple par rapport aux chiffres de 2020, pour voir si on avance ou pas, pour mesurer l’efficacité des décisions prises jusqu’ici dans le cadre de la résolution de cette crise.

Ensuite le législatif, que font les députés pendant ce temps ? L’Assemblée nationale elle aussi n’est pas concernée par la crise anglophone. En 5 ans, elle n’a pu inscrire le sujet à l’ordre du jour des différentes sessions, 14 au total depuis que la crise a pris une tournure violente en fin d’année 2016. Elle a achevé une autre session en juillet 2021, sans en toucher un mot. Curieusement, elle se montre plus préoccupée par la tranquillité du président de la république à l’étranger. Alors qu’ils sont silencieux et indifférents à l’intérieur et en dehors de l’hémicycle quand les policiers et les gendarmes sont décapités, leur président Cavaye Yeguié Djibril a signé le 16 juillet 2021 un communiqué qui lit :

« L’Assemblée nationale suit avec beaucoup d’attention les appels à manifestation de certains Camerounais à l’étranger à Génève en suisse, à l’occasion du séjour privé du président de la république dans ce pays. Certains de ces appels sont teintés de propos haineux, irrévérencieux, voire tribalistes. A cet effet, l’Assemblée nationale déplore et regrette cette défiance récurrente vis-à-vis des institutions républicaines et de celui qui les incarne, son excellence Paul Biya, qui par ailleurs a été élu par la grande majorité des Camerounais le 7 octobre 2018… » Pareil communiqué n’a jamais été publié par cette chambre à l’occasion des exactions commises au quotidien dans le cadre de la crise anglophone, ou plus exactement, on n’a pas vu pareil sortie quand le gendarme a été décapité le 14 juillet 2021 à Babadjou, un autre tué et l’autre disparu. L’institution supposée contrôler l’Exécutif et le président de la république, s’est muée en un ardent défenseur de ce dernier.

Enfin le Rdpc parti au pouvoir, pas ébranlé non plus par la tournure de la crise anglophone, mais aussi très soucieux du sort du président de la république, qu’il faut protéger contre ces « illuminés » de la diaspora. Un communiqué du parti datant du 15 juillet  2021 ignore complètement l’attaque de Babadjou la veille, et est intitulé « la bouffonnerie n’ébranlera pas la république. » Le signataire Jacques Fame Ndongo qui rappelle que où qu’il se trouve le président Paul Biya travaille pour le Cameroun, constate avec regret :

« seul objectif de ces justiciers à la petite semelle : diaboliser et couvrir d’opprobre celui qui a apporté le changement au Cameroun et qui se dévoue avec rigueur, courage et pugnacité à sa tâche. » Qui peut le contester d’ailleurs. Ce qui se passe dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest montre bien qu’il y a eu changement depuis que Paul Biya est au pouvoir. Les voitures des policiers sautent désormais sur des mines anti personnelles, ce qui n’était pas le cas avant. N’est-ce pas aussi cela le changement ?

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