BELGIQUE :: Diaspora camerounaise en Occident : du patriotisme  au fascisme ? :: BELGIUM
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BELGIQUE :: POINT DE VUE BELGIQUE :: Diaspora camerounaise en Occident?: du patriotisme  au fascisme?? :: BELGIUM
  • Correspondance : Thierry AMOUGOU, Pr. Université catholique de Louvain. Fondateur et Animateur du CRESPOL, Centre de Réflexions Economiques, Sociales et Politiques. patimayele@homail.com
  • jeudi 01 novembre 2018 17:08:00
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BELGIQUE :: Diaspora camerounaise en Occident : du patriotisme au fascisme ? :: BELGIUM

La diaspora camerounaise en Occident mérite et vaut mieux que des « fatwa » contre d’autres Camerounais et Camerounaises ! Elle doit rêver d’un Cameroun inclusif et non fasciste !

Il est des mutations qui laissent stupéfaits les observateurs tellement elles sont antinomiques aux tendances qui les précèdent. Le surgissement actuel d’une certaine figure de la diaspora camerounaise est de cet acabit. Il est vrai que la diaspora camerounaise est composite et multi variée dans sa structure, son attitude politique et son identité. Il y a cependant depuis quelques années une frange agissante sur le plan politique en son sein. Contemptrice du régime camerounais, elle dénonce ses dérives, manifeste son mécontentement et s’institutionnalise en une multitude d’associations à travers lesquelles elle essaie de prendre part à la vie politique camerounaise et africaine. Tout cela est plutôt encourageant parce que témoin et indice d’un intérêt que ceux qui parfois ont toute leur vie à l’extérieur du triangle national, portent toujours tant au quotidien qu’à l’avenir de leur terre de naissance. C’est la preuve que dans leur cœur, toujours bat en phase celui d’un pays qu’ils aiment, un pays qu’ils souhaitent voir réussir entre autres sur le plan politique où cette diaspora, notamment sa composante occidentale, réclame à cor et à cri une démocratie digne de ce nom.

Démocratie ! Le mot est lâché. Il a été l’alpha et l’oméga des débats pré, pendant et post élection présidentielle au Cameroun. Le moins que l’on puisse dire est que dans son discours, la diaspora camerounaise est avide de démocratie. Une démocratie parfois plus avancée que la mentalité et le niveau de vie global du peuple camerounais. Une preuve en est que « le pain-sardine » que le parti au pouvoir distribue lors des campagnes électorales fait montre d’une efficacité politique redoutable. Nous devons donc aussi nous poser la question de savoir si le niveau de développement social, économique et mental de notre peuple n’est pas toujours à un stade où « le pain-sardine » reste plus efficace qu’un beau projet de société. Une démocratie ne se construit pas seulement avec des textes et des discours. Elle ne peut devenir effective sans une société particulière, notamment à l’aise économiquement afin d’espérer des choix moins contraints par le cri du ventre.

Dans cette veine, force est de constater que la diaspora camerounaise scande la démocratie mais ne s’inscrit pas sur les listes électorales. Elle ne va par conséquent pas voter lorsqu’il faut choisir le Président camerounais qu’elle veut tant changer. D’où provient une telle bizarrerie comportementale sur le plan politique ? Est-ce la conséquence d’une diaspora camerounaise majoritairement composée de sans-papiers ? Est-ce la manifestation d’une diaspora camerounaise qui n’a plus la nationalité camerounaise et donc ne peut voter étant donné la non-effectivité de la double nationalité dans le Cameroun actuel ? Est-ce l’incarnation d’une diaspora inconséquente et hypocrite en ce sens qu’elle dénigre le Président camerounais en place alors que les chiffres montrent que celui-ci a été majoritairement voté en Europe le 7 octobre dernier ?

Ces multiples questions appellent une autre, grave, cruciale et déconcertante. Comment la diaspora camerounaise en Occident, du moins à travers certaines de ses voix agissantes, peut passer de la revendication démocratique au fascisme ? Comment peut-elle être cohérente avec l’idée, la valeur et la norme démocratique si, frustrée par les résultats officiels de la dernière élection présidentielle, elle appelle désormais à l’interdiction en Occident de l’expression artistique de nombreux musiciens et artistes camerounais sous prétexte que ceux-ci auraient soutenu le régime de Paul Biya ? Il est important, lorsque de telles dérives contradictoires à l’idéal démocratique apparaissent, de tirer la sonnette d’alarme. Si la diaspora camerounaise est démocrate et veut la démocratie, elle doit savoir non seulement que la liberté des autres est sacrée, mais aussi que la leur ne doit pas empêcher l’expression de celles des autres. Les Camerounais, musiciens, footballeurs, fils des membres du régime, ont le droit d’avoir la liberté de supporter qui ils veulent et de chanter les louanges de qui ils souhaitent. C’est justement parce que la démocratie tolère des opinions diverses, des choix et des stratégies différentes dans une même société, que nous la revendiquons et qu’elle est le moins pire des systèmes politiques en vigueur. C’est parce qu’elle est tolérance des avis contraires que cette diaspora bat le pavé dans un Occident où les résultats officiels de la présidentielle camerounaise sont déjà entérinés. Quel message envoie cette diaspora camerounaise si ce n’est celui de l’intolérance de ceux qui ne pensent pas comme elle ? Que fait-elle si ce n’est le bannissement des Camerounais et des Camerounaises qui ne supportent pas les mêmes candidats qu’elle ? Comment peut-on revendiquer la démocratie et condamner celui qui ne vote pas comme nous ? Une telle attitude est propre au fascisme. C’est le fascisme qui pointe du doigt, chosifie, concentre, condamne, brûle et parfois extermine ceux qui ont des idées contraires aux siennes. C’est le fascisme qui veut prendre le pouvoir par la démocratie comme Hitler pour par après décréter la fin de la démocratie. Si Hitler a brûlé les livres, les tableaux et les œuvres d’artistes qui ne pensaient pas comme lui, une certaine diaspora camerounaise nous dit ces jours-ci que si elle est au pouvoir, seuls les artistes qui supportent son discours auront le droit de continuer à exercer leur métier au Cameroun et à l’international. Foutaise ! Oui foutaise car elle serait alors pire que Paul Biya étant donné que jusqu’à preuve du contraire, les artistes qui soutiennent l’opposition camerounaise ne sont nullement persécutés par son régime au Cameroun. Il est encore plus que temps de sortir la diaspora camerounaise de cette dérive fasciste où, dans le feu de l’action, elle perd la tête et commence à évoluer du patriotisme vers la haine d’autres Camerounais. La démocratie c’est la passion de l’égalité. L’Homme démocratique est un Homme à l’aise et à son aise avec des avis contraires aux siens. L’Homme fasciste c’est l’Homme intolérant qui décide de la persécution et de l’éradication de ceux qui ont des idées contraires aux siennes. La diaspora camerounaise en Occident mérite et vaut mieux que des « fatwa » contre d’autres Camerounais et Camerounaises ! Elle doit rêver d’un Cameroun inclusif et non fasciste ! La démocratie est un travail incessant d’une société sur elle-même, ses mœurs, ses leaders et ses institutions. Au lieu de déclarer comme le docteur Pangloss que seules les idées de la diaspora camerounaise en Occident sont autorisées à s’exprimer parce qu’elles sont les meilleures, la démocratie nous invite à plus d’humilité en nous enseignant que la vérité du Cameroun de demain est détenue par la rencontre de tout le monde et de tous les avis. La diaspora camerounaise se doit de participer à un tel processus, non en tuant la diversité d’opinions, mais en se faisant remarquer aux yeux du monde par des pratiques de liberté qui soutiennent un processus de libération du Cameroun et de l’Afrique.

01nov.
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