DU SECTEUR PRIVÉ AU CAMEROUN
CAMEROUN :: POINT DE VUE

DU SECTEUR PRIVÉ AU CAMEROUN :: CAMEROON

Il faut toujours expliquer aux Camerounais comment le monde marche. Quand on parle de secteur privé, c’est d’abord et avant tout l’État.

Tout d’abord, il y a les autorisations et les licences que l’État fournit à tel opérateur économique, plutôt qu’à tel autre. L’État peut fabriquer qui il veut comme un grand entrepreneur, instantanément, en lui octroyant une licence et en lui assurant une garantie souveraine dans une institution de finance. Il suffit que l’État me donne le monopole de l’importation des motos chinoises, avec une garantie à la Banque qui me prête 100 Milliards de FCFA pour que je devienne instantanément l’un des hommes les plus riches du Cameroun.

L’État du Cameroun appuie son secteur privé par un grand nombre de privilèges. Outre les licences et autres autorisations, on peut citer les exonérations, l’appui au crédit, les appuis directs, les marchés publics, etc.

Tenez ! Qui sait au Cameroun que l’État distribue chaque année 160 Milliards d’argent frais et sans la moindre contrepartie aux entreprises camerounaises ? Toutes ces entreprises que vous voyez-là, portant le nom d’un Camerounais, allez dans les Ministères et vous allez voir comment leurs patrons larmoyants gémissent auprès de l’administration pour des avantages divers.

Il n’existe aucun Camerounais propriétaire d’une entreprise qui peut broncher quand l’État parle, car, toutes sont accrochées à la mamelle de la puissance publique. D’ailleurs, tous ces hommes d’affaires font des mains et des pieds pour être proches des centres de décision pour mieux acquérir ces avantages.

Il y a une dizaine d’années, quand le Nigérian DANGOTE arrive au Cameroun et est reçu par le Président Biya, les entrepreneurs Camerounais se plaignent qu’il ne les a jamais reçus. Le Président Biya leur demande ce qu’il peut bien faire avec des mendiants et ce qu’ils peuvent bien lui apporter ! Il sait très bien qu’ils viendront lui apporter une interminable liste de doléances dont la satisfaction exige que l’État prenne des ressources sur les impôts payés par les capitaux étrangers.

Certes, notre privé n’a pas le monopole du soutien de l’État. Dans tous les pays du monde, l’État vient toujours au secours du secteur privé par diverses méthodes.

Sur le, plan intérieur, l’État casse certaines contraintes, afin que le secteur privé puisse de développer. Par exemple, pour faire de grandes exploitations agricoles, l’État doit d’abord exproprier de force les populations et mettre la terre expropriée au service du privé. Aux USA par exemple, ce sont les privés qui construisaient les chemins de fer. Mais c’est l’armée qui chassait et massacrait les Indiens, tout en imposant le travail d’esclave aux Noirs, le tout sous le contrôle du Gouvernement.

Même aujourd’hui où on n’utilise pas la force brute, l’État est toujours derrière le privé.

Ainsi, lorsque la crise des subprimes éclate dans les années 2000 aux USA, le Président OBAMA recourt à la planche à billets pour sauver IBM, Général Motors et les Banques sinistrées. L’Union Européenne fera également la même chose.

De même sur, le plan international, le secteur privé ne prospère que pour autant qu’il y a l’État derrière lui. Et c’est normal, car une entreprise nationale qui agit à l’étranger joue un rôle fondamental pour l’équilibre de l’Économie nationale. Ce sont ces entreprises qui approvisionnent la nation en matières premières et assurent les débouchés extérieurs de la production nationale. Elles ont aussi pour mission stratégique de véhiculer la technologie et la culture de leur pays.

L’État va alors agir de trois manières en leur faveur :

  1. LA DIPLOMATIE : dans ce cas l’État intervient par des voies diplomatiques pour assurer des contrats à son entreprise, lui aménager des conditions d’exercice et la protéger contre l’insécurité politique ou juridique. On a ainsi vu un entrepreneur français pousser son Président à intervenir pour garder la gestion du port.
  2. LA CORRUPTION : dans ce cas, l’État et l’entreprise tentent de contrôler les centres de décision, avec des contreparties secrètes : pots-de-vin, rétrocommissions, financement des élections, lobbyings auprès de la Communauté Internationale, etc.
  3. LA VIOLENCE ARMEE : dans le cas où une entreprise nationale installée à l’étranger est menacée par le Gouvernement local, l’État peut recourir à un coup d’État, ou financer une rébellion ou une insurrection. Ainsi, pour maintenir le contrôle des approvisionnements en pétrole face à des nationalismes arabes, les Américains et les Européens n’ont trouvé de mieux que de pendre SADAM HUSSEIN et loger une balle dans la tête de KADAFI.

En définitive, il n’existe pas un secteur privé sans l’État. Et c’est l’État qui définit qui doit prospérer ou non dans le secteur privé. Cela n’exclut pas les aptitudes et les qualités des hommes d’affaires, car il faut bien que les bénéficiaires de ces avantages puissent effectivement les valoriser. Mais en définitive, c’est l’État qui décide qui doit être ceci ou cela.

Au Cameroun, le soutien au secteur privé a obéi à 2 orientations politiques.

Sous Ahmadou Ahidjo, la préoccupation était davantage économique, à savoir la création d’un secteur privé qui devait se substituer aux Blancs. Fidèle à sa politique des équilibres sociologiques, il appuyait les gens les plus compétents, mais avec le souci de l’équilibre régional. Sur le plan politique, le secteur privé était un appendice du parti unique dont il devait respecter les prescriptions.

Avec Biya, les choses changent radicalement, puisque les appuis de l’État ont une finalité purement politique, celle de la préservation du pouvoir. Dans ces conditions, les bénéficiaires des appuis publics sont des obligés du régime qu’ils doivent soutenir. Ils n’ont pas des missions économiques de création des richesses ou des emplois, mais des missions politiques de financement des opérations politiques.

Évidemment que face à cette évolution, toutes les Communautés ne présentent pas la même capacité de réponses. Certaines savent recycler cet argent dans des investissements rentables et remboursent au régime quand le régime en a besoin. Ils savent respecter leurs engagements et sont très utiles au régime qui les chouchoute.

D’autres, par contre, dilapide cet argent dans des opérations somptuaires et improductives pour des besoins d’affichage et de vanité. Incapables d’aider financièrement l’État, ils disparaissent et cessent d’être intéressants.

La configuration actuelle du système productif du Cameroun n’est donc pas un hasard.

On comprend donc les résistances qui s’opposent au départ de Biya, malgré son grand âge avance et surtout, le projet de reconduire son fils.

Le départ de Biya entrainerait un bouleversement général et des effondrements d’empires commerciaux dont personne ne veut !

A la vérité, les Camerounais seraient tétanisés s’ils pouvaient imaginer les soutiens du petit Frank !

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