Présidentielle au Bénin : l’ONU prend le pouls
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 Alors que l’opposition continue de dénoncer un scrutin verrouillé, le représentant spécial des Nations unies pour la région s’est rendu sur place.
 
 À l'approche de la présidentielle du 11 avril prochain, l'atmosphère se tend au Bénin. Surtout depuis l'ouverture du dépôt des candidatures. Au dernier jour de cette étape majeure, l'un des vingt candidats, Ganiou Soglo, a été blessé par balles par des individus non identifiés. La police a ouvert une enquête, tandis que dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, a « déploré et condamné l'atteinte portée à l'intégrité physique de notre compatriote Ganiou Soglo, agressé dans la nuit du vendredi 5 février ».

De son côté, une autre candidate de l'opposition, Reckya Madougou, a déploré que « participer à une élection présidentielle aujourd'hui au Bénin relève du cauchemar ». Elle a dénoncé sur les réseaux sociaux de « honteuses manœuvres d'exclusion aux tentatives d'assassinat en passant par les menaces ». En tout cas, tout ceci n'est pas de nature à rassurer,alors que ce petit pays ouest-africain, longtemps vu comme un modèle de démocratie a connu des joutes électorales beaucoup plus ouvertes. C'est dans ce contexte qu'intervient la visite du représentant spécial des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, Mohamed Ibn Chambas. Une visite qui « s'inscrit dans le cadre des activités régulières » du diplomate, en soutien aux pays de la sous-région précise un communiqué publié ce mercredi 10 février.

Le pays qui a récemment pris un virage autoritaire, s'apprête à vivre un scrutin inédit, puisque les grandes figures de l'opposition se trouvent soit en exil ou condamnées à des peines d'inéligibilité leur interdisant de se présenter. Parmi eux, l'homme d'affaires Sébastien Ajavon, arrivé troisième à la dernière présidentielle et condamné en 2018 à 20 ans de prison pour trafic de drogue. Cette condamnation a été jugée illégale par la Cour africaine des droits de l'homme, saisie par l'opposant en exil à Paris, mais le Bénin refuse de l'annuler. « Le représentant spécial pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel a appelé toutes les parties prenantes à privilégier le dialogue pour résoudre les éventuelles divergences », les invitant « à ne ménager aucun effort pour garantir l'organisation d'une élection paisible, participative et transparente » selon le texte du communiqué diffusé à la fin de sa mission mardi soir.

Verrous

Pendant son séjour, le diplomate ghanéen a notamment rencontré le président béninois Patrice Talon et des responsables des partis politiques, dont ceux de l'opposition encore présents dans le pays. Lors de cette rencontre lundi, une partie de l'opposition a dénoncé « les verrous mis en place » par le pouvoir pour empêcher un scrutin participatif. Elle dénonce notamment une nouvelle disposition de la loi électorale qui impose à chaque candidat d'être parrainé par 16 maires ou députés. Or l'opposition ne dispose que de six élus, l'obligeant, selon elle, à devoir négocier avec la majorité présidentielle pour pouvoir trouver des parrainages et participer ainsi à l'élection présidentielle. Au moment de son élection en 2016, Patrice Talon avait bel et bien affirmé vouloir faire un mandat unique, avant de se rétracter et d'annoncer sa candidature mi-janvier. « Je resterai dans l'action permettant de renforcer la bonne gouvernance. Je serai candidat à cause de cela, rien qu'à cause de la bonne gouvernance, je serai candidat », a-t-il déclaré le 15 janvier à Adjohoun, commune rurale à moins de 50 km de Cotonou, en clôturant une tournée de deux mois à travers les 77 communes du pays. « La bonne gouvernance nous a permis d'avoir des richesses pour commencer à construire sérieusement notre pays, ce que la démocratie n'a pas amené, ce que les libertés n'ont pas suffi à amener », a poursuivi le chef de l'État dans une déclaration à la presse.

20 candidatures déposées pour l'élection présidentielle

La commission électorale a reçu jeudi minuit un total de vingt dossiers de candidatures, dont celui de Patrice Talon, mais la plupart n'ont pas le nombre de parrainages nécessaire, selon une source proche de cette institution. Ce dispositif introduit dans la Constitution et la loi électorale votée en 2019 précise dans son article 44 que « nul ne peut être candidat aux fonctions de président de la République ou de vice-président de la République […] s'il n'est dûment parrainé par des élus dans les conditions et suivant les modalités fixées par la loi ». En décembre dernier, La Cour africaine des droits de l'homme a rendu un nouvel arrêt contre l'État béninois ordonnant l'annulation de la récente révision constitutionnelle, mais celui-ci n'a pas été appliqué. Et début janvier, la Cour constitutionnelle du Bénin s'est déclarée incompétente pour juger un recours déposé contre le système des parrainages, laissant le pays dans le statu quo.

« Patrice Talon ne peut pas sélectionner ses compétiteurs. L'élection doit être ouverte », avait déclaré l'opposant béninois Éric Houndété, après sa rencontre lundi avec Mohamed Ibn Chambas. Éric Houndété est le président du parti d'opposition Les Démocrates dont la candidate à la présidentielle est l'ancienne ministre Reckya Madougou. Son parti a demandé au président Talon « d'ouvrir un dialogue pour que l'élection soit l'élection de tous », et prévenir ainsi « des débordements », affirmant que « la frustration engendre la violence ». La liste électorale de ce scrutin qui s'annonce tendu devrait être transmise mardi dans la soirée à la Commission électorale.

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