Elections: Et demain les régions
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Depuis le 21 novembre 2020, la campagne électorale en vue des régionales du 6 décembre est ouverte. L’exercice n’emballe pas particulièrement le peuple, compte tenu du confinement du scrutin à deux collèges électoraux, conseillers municipaux et chefs traditionnels, mais également à cause du raz-de-marée programmé du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc).

De fait, les élections régionales étant quasiment le second tour des municipales, la carte régionale du Cameroun issue des joutes du 6 décembre ne devrait pas fondamentalement s’écarter de la carte municipale. Dans l’essentiel des circonscriptions électorales, le Rdpc est face à lui-même, ce qui inhibe le suspense, du moins à ce stade. Car, plus tard, après la proclamation des résultats par les commissions régionales de supervision de Elections Cameroon (Elecam), dans un délai maximum de 72h après la clôture du scrutin, les épées sortiront à nouveau des fourreaux à l’occasion de l’élection des présidents des conseils régionaux. Les batailles s’annoncent épiques si l’on s’en tient aux potentiels candidats dont les noms sont déjà en circulation.

Mais pour la majorité silencieuse, l’enjeu crucial des régionales tient moins à l’équation personnelle de quelques barons sortis opportunément de la réserve de la République ou de jeunes loups aux dents longues, qu’au parachèvement effectif de l’édifice institutionnel consacré par la Constitution de 1996 et à la mise en pratique effective de la décentralisation et du développement local. « Entre décentralisation et développement local, il y va plus que d’un accommodement entre deux modes de gestion, l’un redistributif des compétences centrales vers les périphéries de l’Etat, l’autre, participatif à la base, des forces qui composent la communauté », élabore l’universitaire français Jean-Christophe Deberre. Redistribution et participation. En clair, au bout de ce processus, le citoyen, la population locale, devrait être davantage associé à la gestion des affaires qui engagent son devenir.

Pour l’instant, il s’agit d’une hypothèse qui attend d’être confirmée ou infirmée, à l’épreuve des faits. On appréciera l’ampleur du transfert des compétences et des moyens de l’Etat central aux collectivités décentralisées (communes et régions) pour jauger la volonté politique du pouvoir. On scrutera la collaboration entre les personnes élues et celles nommées par l’exécutif au sein des régions afin de juger de la sincérité de la décentralisation telle qu’elle est déclamée au Cameroun. En tout état de cause, il est désormais question de s’affranchir du simple affichage institutionnel et de donner des gages d’une gouvernance locale volontariste et dépouillée de tout jacobinisme compulsif.

Ils sont nombreux les observateurs camerounais ou étrangers qui estiment que la crise actuelle dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest aurait pu être évitée si la décentralisation avait été traduite dans les faits, avec célérité. On peut donc faire l’hypothèse qu’au cas où le pouvoir fait de nouveau la part belle au dilatoire et à la ruse comme il en a l’habitude, le Cameroun court au devant de crises sociales bien plus graves, qui pourraient déboucher sur sa désintégration. La voie de la raison commande donc d’œuvrer afin que les régionales du 6 décembre 2020 soient véritablement l’ouverture d’une ère démocratique nouvelle au Cameroun.

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