CAMEROUN :: Nord-Ouest/Sud-Ouest : Le piège du statut spécial :: CAMEROON
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  • Mutations : Jean De Dieu Bidias
  • jeudi 10 octobre 2019 13:59:00
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CAMEROUN :: Nord-Ouest/Sud-Ouest : Le piège du statut spécial :: CAMEROON

Entre l’exigence de certains leaders anglophones d’obtenir des attributs identiques à ceux qu’avaient ces deux régions jusqu’en 1972 et le risque de surenchère des francophones sur leurs particularismes, le pouvoir aura fort à faire.

Près d’une semaine après la fin du Grand dialogue national, la question fondamentale du contenu à mettre dans le statut spécial à accorder aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, comme recommandé dans le rapport final soumis au chef de l’Etat conformément à l’article 62 (2) de la Constitution de 1996, demeure sans réponses. Selon cette disposition, « la loi peut tenir compte des spécificités de certaines régions dans leur organisation et leur fonctionnement ». Au fond, en dehors des généralités sur la décentralisation dont le processus doit être accéléré pour aboutir à plus d’autonomie des collectivités territoriales décentralisées (Ctd) et qui concernent l’ensemble du territoire, le rapport des récents pourparlers est resté évasif sur la structuration de la spécificité des deux régions anglophones.

« La commission qui a fait cette trouvaille était tellement dans l'euphorie qu'elle n'a pas proposé ce qu'il faut mettre dedans ! », rigole Ahmadou Séhou. Pour être plus sérieux, l’historien et analyste sociopolitique pense, s’agissant du statut spécial, que s’il est appliqué en zone anglophone, il viserait tout simplement à y mettre tous les attributs d'un État fédéré au sein d'un Cameroun dit décentralisé. Et à ce titre, « les deux régions anglophones garderaient la forme d'éducation anglo-saxonne, la Commonlaw au plan juridique, la chambre des chefs traditionnels, à côté du conseil régional... ».

Cet universitaire est convaincu qu’au-delà de l'héritage d'une langue coloniale, « nous nous situons dorénavant dans une forme d'anglophonie identitaire qui, tout en se préservant, voudrait radicalement se soustraire de l'État unitaire fortement centralisé ». Comme beaucoup, il prévient que le risque est grand de voir se multiplier les statuts spéciaux, au gré des revendications des autres : les francophones. Le portail des camerounais de Belgique. « Il n'est pas concevable dans une même république, d'accorder certains droits et libertés aux uns et les refuser aux autres ! Les surenchères vont certainement se multiplier pour exprimer les particularismes locaux. De la manière dont se prendra le pouvoir central, dépendront les orientations à donner dans les autres régions », indique Ahmadou Séhou.

Pirouette

Au bout du compte, estime-t-il, « même sans le nommer spécifiquement, on s'achemine vers le fédéralisme ! » Lors des travaux de la commission « décentralisation et développement local », il a été demandé, après le grand dialogue, d'envoyer un comité dans les dix régions pour relever les différentes particularités afin de les prendre en compte dans la mise en place de la décentralisation. « Si vous conjuguez la mise en exergue des particularismes locaux à la demande de réduction de la présence d'une tutelle à sa plus simple expression, le risque est très grand d'aboutir à une implosion ou à la multiplication des velléités sécessionnistes », redoute l’enseignant à l’université de Maroua. Pour qui la décentralisation inscrite dans la Constitution était une pirouette pour esquiver le fédéralisme. Et pour ne l'avoir pas appliquée 28 ans après la Tripartite, « le risque est grand de voir revenir la fédération sous couvert du statut spécial et la multiplication des exceptions locales ».

10oct.
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