CAMEROUN :: Professeur Joseph Mbédé et des étoiles autour des berceaux par le professeur Vincent-Sosthène FOUDA :: CAMEROON
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CAMEROUN :: SOCIETE
  • Correspondance : Professeur Vincent-Sosthène FOUDA
  • lundi 22 avril 2019 12:22:00
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CAMEROUN :: Professeur Joseph Mbédé et des étoiles autour des berceaux par le professeur Vincent-Sosthène FOUDA :: CAMEROON

Il y a quelques semaines, le professeur Joseph Mbédé (1936-2019) nous quittait. Le programme de ses obsèques vient d’être communiqué par sa famille après des concertations allégées et simples. C’est à Nkoltsit dans l’actuel arrondissement de Soa autrefois arrondissement de Bikok qu’il voit le jour. Il va respectivement à l’école de la mission catholique de Nkolmebanga à Sa’a puis au collège Vogt de Yaoundé. Externe des Hôpitaux de Strasbourg (1961-1963,) interne des Hôpitaux de Strasbourg (1964-1967), Doctorat d’État en Médecine – spécialité de Pédiatrie et de Puériculture. 1973 Agrégation de Pédiatrie et de Puériculture. Il revient au Cameroun et participe à la réflexion puis à la construction et à l’ouverture du Centre Universitaire des Sciences de la Santé du Cameroun le CUSS. Joseph MBEDE aux dires de ses pairs, était un médecin hors pair, de par sa curiosité qui l’a conduit vers des domaines d’intérêt extrêmement variés.

La pédiatrie et la puériculture étaient ses domaines de prédilection

Très tôt, il s’est intéressé à la pédiatrie. Ce fut un pionnier dans le traitement des brûlures graves de l’enfant comme dans la chirurgie plastique pédiatrique. Dans les hôpitaux, notamment l’hôpital central de Yaoundé où il fut le créateur et le chef du 1er service de pédiatrie, il a formé des générations d’internes et de chirurgiens avec bienveillance et fermeté et a contribué à l’éclosion de la chirurgie pédiatrique au Cameroun. Très apprécié par l’ensemble des professionnels et de ses collaborateurs, il laisse le souvenir d’un homme charismatique, accessible et à l'écoute, respectable et respecté.

Au CHU de Yaoundé où il s’installe définitivement dès 1974 et où il choisira de recevoir ses derniers soins, il recevait des enfants de tout le Cameroun et de l’Afrique centrale. Il a su y mettre en place une organisation qui n’allait pas de soi à l’époque, et qui demeure aujourd’hui. Je me souviens alors de ce qu’il me dit un jour alors que nous échangions sur le management public : « Je ne voudrais pas être un grand ponte avec des subalternes autour de moi. » Joseph Mbédé était très brillant mais aussi antimandarin disait de lui Gottlieb Monekosso; voilà pourquoi son équipe fonctionnait dans une atmosphère « très amicale et agréable ».

L’homme pouvait toutefois être sec, il le paraissait physiquement, ironique et assez autoritaire, se rappelle Daniel Halpérin, un de ses condisciples de Strasbourg, un « vrai maître ». « Il exigeait que ses assistants portent la cravate; l’été, la vision de pieds nus en sandales le mettait dans un état d’irritation extrême! » Mais, ajoute-t-il aussitôt, « sous ces dehors un peu distants et hautains, il avait un vrai intérêt pour l’enfant, une sensibilité que l’on ne trouve pas chez tout le monde ».

Le professeur Joseph Mbédé s’est beaucoup intéressé à la génétique clinique. Ici au Cameroun, il fut un pionnier dans le domaine de la maltraitance infantile, sur le plan du diagnostic comme dans son aspect social et psychologique. Ce fut là notre point de rencontre. Il fut parmi les premiers à lancer le dépistage de la maltraitance. Il s’intéressa également au syndrome alcoolofœtal, c’est-à-dire aux anomalies que présentent les enfants de mères alcooliques. Il sensibilisa les pédiatres et les gynécologues à ce problème. Il serait interminable si nous devions tous autant que nous sommes apporter un témoignage sur ce médecin, énumérer les champs de recherche qu’il a ouverts pour aujourd’hui et pour demain. Alors que nous allions conduire Clément Obouh Fegue à sa dernière demeure, il me confia tout l’intérêt qu’il portait au port du casque à moto, et me disait alors ne plus avoir d’assez larges épaules pour mener ce combat. Il me disait par la même occasion son grand regret de ne point voir publier un « précis de pédiatrie et puériculture » qu’il avait initié avec deux autres collègues.

Enfin, le pédiatre exerça un rôle important dans la formation continue, dans différentes écoles de médecine ici au Cameroun. Après 18 ans dans le milieu hospitalier, dans l’administration hospitalière et dans l’enseignement, il est appelé au gouvernement en 1988. Pendant cette période, il n’a vraiment pas abandonné ses jeunes patients.

Durant sa longue carrière, le professeur Joseph Mbédé a porté les enfants avec un soin peu commun. Il est a été membre fondateur et président de l’Association des Pédiatres d'Afrique Noire Francophone, (APANF), il a poussé ses collègues à travailler sur les Herpès Virus (GERH). Membre fondateur de la Société Camerounaise de Pédiatrie (SACAPED), membre fondateur et président de l’Association des Pédiatre de l’Afrique Centrale. Il a travaillé avec des collègues sur le pneumocoque, puis sur l'Haemophilus B, réussissant à faire diffuser le vaccin conjugué sur l'ensemble des hôpitaux de l’Afrique Centrale.

Un interniste

Interne en médecine, interne adulte, à Strasbourg, il en parlait comme d’une expérience décisive. Il pensait qu’il était bon pour un pédiatre de faire un peu de médecine adulte. Il s’est intéressé aux maladies périodiques, à la maladie de Wegener, à la maladie de Behçet, au lupus, et pour finir à la drépanocytose qui faisait alors des ravages dans les familles au Cameroun. Il a fait une ouverture que je qualifierai de précoce vers les problèmes de la transition enfant-adulte des maladies chroniques, grâce à la présence dans son service au CHU d’une unité de médecine de l’adolescent de 8 lits et à sa collaboration avec la pneumologie adulte. Il était intéressé par la « transition » avant l’heure. Il a milité dans les associations de parents.

Un enseignant

Le Professeur Joseph Mbédé dans un long récit que nous avons consacré aux Pairs du CUSS au Cameroun en 2016 alors que mourait le Dr Simon Atangana, père de la médecine préventive au Cameroun, y joue un rôle de premier plan. A la Faculté de Médecine et des sciences biomédicales de Yaoundé, alors qu’il n’y avait pas de service de pédiatrie universitaire, il a été chargé d’organiser cet enseignement, il y sera de 1974 à 2002.. Coordinateur EM4 au CUSS, Conseiller pédagogique dans le même établissement, chef de département de pédiatrie de 1993 à 2004. Il a rapidement supprimé les cours magistraux pour les remplacer par des travaux dirigés. Ses externes et ses internes l’adoraient : pas de discours, mais l’exemple de son comportement. Il a noué très tôt des liens forts avec les médecins généralistes, d’où est né un cycle de pédiatrie en formation médicale continue qui a duré des années. Il se laissait « déranger » par tout collègue en difficulté ; il écoutait, conseillait et ne jugeait jamais. Il sillonnait le Cameroun, et parfois l’Afrique pour enseigner là où on le sollicitait, il a été formateur pour l’UNICEF dès 2007. Une fois par semaine, dans son service, se tenait « un échange de connaissances » où chacun essayait d’apporter quelque chose de nouveau au « maître », en vain !

Un modèle

Patron unique, respectueux des pôles d’intérêt de ses collaborateurs, il les a aidés à réaliser leurs projets : prise en charge des leucémies aigües depuis la chimiothérapie jusqu’aux auto puis allogreffes de moelle osseuse : prise en charge globale, transfusions, échanges transfusionnels, traitement par l’hydroxyurée ; en allergologie, tests de réintroduction alimentaire ou médicamenteuse ; enfin création d’un secteur « adolescents » innovant. Il était proche de tous les membres de son personnel. Il connaissait leurs prénoms, les appelait facilement la nuit pour prendre des nouvelles d’un enfant.

Il faisait confiance à ses collaborateurs qui lui en seront toujours reconnaissants et qui, grâce à « l’esprit Mbédé » qu’il a semé dans son service, restent liés par une fidélité mutuelle indestructible.

Le Professeur Joseph Mbédé était un père de famille

Il a épousé en 1971 Laurentine Koa Mfegue une Mvog Fouda et de 1963 à 1981 de cette union sont nés 6 enfants. Il a donc été un père de famille soucieux du devenir de ses enfants et de l’ensemble de sa famille.

Le Professeur Joseph Mbédé laisse un grand vide.

De par ses qualités exceptionnelles, professionnelles, humaines et relationnelles, sa curiosité et son enthousiasme permanent ainsi que ses capacités de travail impressionnantes dans des conditions parfois difficiles, et cela jusqu’à la fin de sa vie, il a forcé l’admiration de tous et reste un exemple. Depuis l’annonce de son décès, il nous donne une leçon de vie ; il a travaillé au CHU pour le CHU et il a souhaité que ce soit là qu’on lui administre ses derniers soins. Il avait confiance dans le système de santé de cet établissement qu'il a mis en place, il avait confiance en ses collaborateurs.

22avril
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