COUP DE GUEULE DE JEAN MICHEL NINTCHEU DEVANT LA REPRÉSENTATION NATIONALE
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CAMEROUN :: COUP DE GUEULE DE JEAN MICHEL NINTCHEU DEVANT LA REPRÉSENTATION NATIONALE :: CAMEROON

2500 milliards de FCFA, c'est le coût global du plan présidentiel de reconstruction et de développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest fixé par le gouvernement camerounais. C'est la révélation que vient de faire le ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire, Paul Tasong, au palais des congrès de Yaoundé ce mardi, 23 novembre 2021. C'est au cours d'une séance plénière consacrée à la reconstruction des régions en crise. Après avoir, durant 1heure de temps, exposé sur les contours de ce plan, l'honorable Jean Michel Nintcheu est monté au créneau pour exprimer son ras-le-bol devant le coordonnateur du plan de reconstruction des zones anglophones.

Pour le député Sdf du Wouri-Est, "On ne saurait construire sur des ruines en effervescence permanente". Dans son propos, J.M. Nintcheu fustige, d’emblée, ce qu'il appelle "le déni du régime en place qui continue de perdurer dans la stratégie du pourrissement, dans la politique de l'Autruche, dont le corollaire est la fuite en avant". 

Ce député de la nation soutient que c'est une provocation de plus et de trop organisée par le régime en place, car le Sdf est le seul parti à avoir exigé le débat sur la crise sécuritaire dans les zones anglophones. Pour l'honorable, ce n'est que de la poudre aux yeux. L'homme politique est animé par un sentiment de déception et de colère. Il estime que la situation qui prévaut dans les zones anglophones est la résultante de l'autisme, de l'absolutisme et de la condescendance du pouvoir en place. Toute chose qui est d'une gravité extrême et qui méritait un traitement spécial. Le député Sdf réitère que la formation politique à laquelle il appartient avait réclamé, à cor et à cri, l'inscription d'une plénière spéciale sur la crise anglophone. "C'était, explique l'orateur, non pour la reconstruction et le développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui est sans objet, sans retour de la paix, mais pour examiner les problèmes de fond à l'origine de cette guerre. Histoire d'esquisser les solutions politiques susceptibles de ramener la paix". "En choisissant ce format d'échange, explique Nintcheu, votre gouvernement cherche non seulement à banaliser l'ampleur des horreurs de cette guerre, mais à minimiser son propre rôle historique dans son déclenchement. C'est une provocation de plus, une provocation de trop envers les populations meurtries du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. N'en déplaise aux élites compradores corrompues de ces deux régions".

 Il est urgent, clame l'élu du peuple, de mettre un terme à la guerre et la reconstruction se fera naturellement. Quels bailleurs peut financer la reconstruction et le développement dans des régions où le risque de destruction est très élevé ? s'interroge Nintcheu. Depuis la création du PPRD (Plan présidentiel de reconstruction et du développement, il y a eu, ajoute-t-il, des promesses de financement de plusieurs bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, ainsi que des mouvements divers de collecte. Où en êtes-vous, aujourd'hui, en termes de fonds collectés ? Questionne le député. Et le président régional du Sdf pour le Littoral de poursuivre :

"Vous êtes très en deçà des attentes. En juin 2021, dans le journal panafricain "Jeune Afrique", vous avez reconnu que depuis deux ans, seuls dix milliards de Fcfa avaient été collectés. Pourtant, le PNUD (Programme des nations unies pour le développement) a donné plus de huit milliards de Fcfa en mai 2021 ; la France a promis 40 milliards de Fcfa ; le Japon a donné un milliard 500 millions et le GICAM (Groupement inter patronal du Cameroun) 800 millions". Pour l'élu de la nation, c'est un échec. D'où l'urgence de l'arrêt de la guerre. Il faut, tout d'abord, propose-t-il, neutraliser les va-t-en guerre mécréants, qui s'alimentent sur les souffrances pour s'accaparer les richesses des populations. Certains auraient, d'ailleurs, constate-t-il, profité de cette guerre pour s'engraisser et pour construire les immeubles. "En 2021, ajoute Nintcheu, en dehors des esprits profondément lobotomisés, tout le monde s'accorde à reconnaître que l'enlisement de cette crise anglophone va crescendo avec l'introduction des engins explosifs improvisés et des morts enregistrés quotidiennement tant du côté des civils que de nos forces de défense et de sécurité. Pouvez-vous, dans un tel environnement, entreprendre quoi que ce soit de sérieux et de pérenne ?"

La réponse, clame-t-il, est : Non. Il relève que même les autorités administratives sont contraintes de se déplacer avec les éléments du BIR (Bataillon d'intervention rapide). S'adressant au ministre délégué auprès du MINEPAT, Nintcheu illustre, en termes de preuve, que P. Tasong a été obligé d'enterrer sa belle-mère de 108 ans hors du département du Lebi Alem, région du Nord-Ouest. La cérémonie œcuménique, ajoute-t-il, s'est, plutôt, déroulée au stade CENAJES (Centre national de la jeunesse et des sports) à Dschang dans la région de l'Ouest en présence d'un impressionnant déploiement des forces de maintien de l'ordre et des forces de 3ème catégorie". "Quand on sait ce que représente la symbolique du rite d'inhumation d'une personne d'un certain âge, dans la tradition des Grassfields, cet exemple suffit, à lui seul, pour se rendre compte que les mesures engagées à l'effet d'apaiser le climat sociopolitique dans ces deux régions sont très loin d'être une réalité", lance Nintcheu avant d'être interrompu par le premier vice-président de l'Assemblée nationale, l'honorable Hilarion Etong, qui préside cette plénière spéciale. Ce dernier lui a fait le reproche d'insulter non seulement ses pairs, mais il s'attaque, personnellement, au coordonnateur du plan présidentiel de reconstruction et de développement.

Malgré l'interruption de son intervention, le député Sdf du Wouri-Est est resté inflexible et n'a pas manqué de dire au représentant du gouvernement camerounais de cesser de faire dans la comédie ubuesque et d'avouer que le budget qui est alloué d'année en année ne sert qu'à payer leurs salaires, ainsi que ceux de leur personnel qui leur est dédié à entretenir leurs grosses cylindrées, à organiser des missions inutiles et improductives et, plus grave, à corrompre certains députés comme c'était le cas, insiste-t-il, à la veille de cette plénière. Le 1er vice-président de l'Assemblée nationale bat en brèche cette position de Nintcheu. L'élu du peuple conclut à la thèse selon laquelle si rien n'est fait dans l'optique de l'apaisement, la crise perdurera. Il propose, de manière concrète, de faire cessez-le-feu, d'organiser un dialogue inclusif et de mettre en route le fédéralisme à deux États. La réponse de Paul Tasong attendue.

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