LES FEYMEN AUJOURD'HUI PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: LES FEYMEN AUJOURD'HUI PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI

Les voitures de luxe et, des soirées exceptionnelles pour aguicher des gens. Les cuvées de prestige sur fond de festivités carnavalesques. Ils adorent les fastes et des univers de rêve. La période carnavalesque est surtout marquée par le nombre des rencontres des jours ensoleillés qui se succèdent lorsqu’ils viennent de faire un coup fumant. Ils se lancent dans des dépenses extravagantes, achètent des bijoux en or.

Derrière eux, des filles lumières, collées à leur peau comme des sangsues. Telles sont les caractéristiques des fêtards encore appelés Feymen dans nos cités. Ces hommes qui créent eux-mêmes des hit-parades sont toujours à la une. Ils ne veulent pas passer inaperçu dans les boites de nuits; ils sont dans les salons VIP. Il faut marquer son passage en faisant sauter les champagnes derniers prix, mais souvent pour donner l’avance, il faut brandir une fille de luxe, une belle Diva connue de tous pour imposer sa différence. Et brandir celle-ci  confirme son apogée.

Ils n’ont pas, à proprement parlé des châteaux somptueux. Mais ils sont forts pour des mises en scène souvent organisée par eux-mêmes pour se prévaloir. Ils cherchent à faire briller leurs noms partout où ils passent. Ils ont plusieurs titres : apporteur d’affaire, directeur de projet, distingués prioritaires, vip de luxe. Leur argent ne dure que trois ans, puis après c’est la misère dans la torture, qui les mènera à organiser une autre descente sur le terrain où la fin les attend. L’homme veut être généralement supérieur, il recherche la considération, l’honneur. Les fêtards depuis trente ans, font couler beaucoup d'encre et de salive. Des stars, faute de talent.  

Des caprices, ils en ont. Quand ils veulent quelque chose, ils le veulent maintenant ; ils veulent toute suite. Ils ont opéré au Brésil, au Guatemala, en Arabie Saoudite, au Yémen, en France, en Angleterre. En Afrique, leur passage est marqué au Cap-Vert, en Angola, en Guinée Equatoriale, en Afrique du Nord, ils ont fait la fête en Algérie, au Maroc. Ils sont versés au Vietnam. Ils frappaient tous les jours au Gabon, c’était devenu une affaire de sécurité nationale, au point où en plein conseil ministériel, le défunt président Omar Bongo avait demandé à sa police et sa gendarmerie de lutter contre le mal qui hante son pays. Le malaise était grand.

Mais dans  la même semaine, un Camerounais prenait à contre-pied un commissaire de police une bonne palette qui était dans sa caisse; un proche de la garde présidentielle de ce pays avait été presque frappé à temps et à contre temps par chaque fêtard camerounais qui venait montrer son modèle et ce monsieur haut gradé de surcroit, tombait dans les filets. Ce sont les Camerounais qui étaient à l’œuvre.  

La question de la Feymania a préoccupé les esprits dans ce pays voisin du Cameroun. Au Gabon, le numéro 1 à cette époque s’appelait Nyamsi dit Raymond Barre. Ils sont incontournables dans les organisations, ou associations, on les court après, les fêtards. On les attend pour commencer des réunions familiales, souvent des fêtes publiques, ils sont adulés, et on parle d’eux comme des œuvres d’art. Ils ont exporté la pratique en Côte d'Ivoire, et ceux-ci ont formé les pays voisins sont devenus encore plus fort. Au Sénégal, ça n’a pas trop marché parce qu'un Sénégalais ne fait rien sans consulter au préalable son marabout. Et ce dernier toujours sage recommande à ses fidèles de ne pas gagner l’argent de cette façon. Ils ont détruit la réputation des Camerounais sur toute la planète. On est frappé de l’impression qui se dégage de ces personnages fêlés. Ils ont un mode de communication brandir les "ronds" momentanés qu’ils possèdent. Les véritables richards essaient d’être le plus discret possible...

Ces petits hommes  veulent se faire remarquer, car ils savent au fond, deux qu'ils ne sont rien. Retenons ceci, il n’y a pas d’avenir dans le Fey.

La Feymania n’est pas un acte gratuit, fortuit voire inconsciente. Elle est assurément le fruit d'une réflexion sur une certaine crise des valeurs dans notre société. Sur une certaine dégradation des mœurs qui constituent une grande menace. le pouvoir public n'est pas responsable, mais les camerounais pour le m'as-tu vu ? Nous sommes dans les années 80 à Nkongsamba, c’est dans cette ville effervescente que tout commence. Dans la ville, il y a un professeur d’Histoire-géographie qui dispense au lycée.

Ce monsieur sape plus que n’importe qui au Cameroun « Fuego. »  Ce monsieur était en avance sur les Congolais d’aujourd’hui. Tous les jeunes veulent l’imiter. Le café est la seule ressource depuis des années, mais les cours des matières premières ont chuté ; les parents ne vendent plus pour donner  du fric à leurs enfants. Les gars de Nkong, comme on les appelle à l’époque, n’ont qu’un objectif : impressionner, il faut briller, il faut qu’on parle d’eux par tous les moyens. Ils vont réfléchir comment trouver les voies de sortie. C’est un élève du village Doungué venant de Kumba qui initie un enfant de Nkongsamba. Ce dernier va rependre cela dans toute la ville. Il faut noter que Nkongsamba était la troisième ville du Cameroun.

C’est une ville qui fascine par son côté hétéroclite, son aspect baroque, c’est une ville ou les contradictions se mêlent, c’est la ville du mouvement et de l’effervescence, ville du débordement, mais pourtant une ville paisible où on peut se promener à loisir. Une ville historique qui rappelle un passé agricole, avec ses champs de café, une ville des garçons calmes qui font rarement des intrigues, mais qui ne lèvent la tête que pour frapper; c’est aussi une ville où le quotidien ne s’épuise sans rebondissement dans les quartiers. Comme le quartier 3, 5 ou quartier 6, ou encore Baressountou. Ville des montagnes qui nourrit l’imaginaire de tout enfant qui se cherche à la vue de ces paysages verts.  

Je connais des enfants qui ont volontairement abandonné l’école pour poursuivre des aventures en Asie soi-disant pour faire le Fey. Mais c’est à Bafoussam que le Fey va prendre son essor avec des personnages comme Donatien (encore appelé Donateur) et sa clique de frères et sœurs, tous ont eu des fins tragiques. La tristesse viendra toujours pour marquer le verso de ces hommes sans éthiques. Ils ne sont pas très intelligents.

C’est pourquoi le moindre fait, ils reviennent et on les abat comme des petits chiens. Il n’arrive jamais à démêler le vrai du faux En Algérie, un fêtard raconte comment un « Mougou » l’a payé sur son lit d’hôpital. Quelle naïveté ! Le fait d'être trompé peut amener l'homme à colmater ses brèches sentimentales pour ne plus réitérer ses anciennes erreurs dans le futur. Ce n’est pas le cas pour certains individus. Ils peuvent se faire frapper cent fois. Lorsque les fêtards sortent de prison, ils sont résolument criminels et ils ne quitteront plus ce domaine, puisque c'est en prison  qu’ils complètent la connaissance qui leur manquait en matière de faux. Le Fey, c’est comme les sectes, il n’y a pas d’espoir, on peut avoir des joies temporaires, mais la fin, c’est la misère la vraie misère.

Il est difficile de faire comprendre cela à ces femmes qui courent derrière eux. Ce qui est marrant, ils prennent cela pour un travail légitime. Difficile de les convaincre que c’est un mauvais sort qui les attend parce que c’est un mauvais travail. Beaucoup d’artistes du Makossa de renom s’y sont essayées discrètement. Ils le sont toujours et quand c’est possible, ils frappent dans leur tournée musicale. La musique les couvre. Je ne veux pas parler des érudits qui se sont tous mêlés à cette sale pratique. Si les gens pouvaient imaginer le nombre de types bizarres, qu’on rencontre dans ces milieux....On y trouve  des enseignants, des intellectuels fêlés, des médecins perdus ou pervers, des bricoleurs de génie et cette masse d’analphabètes des cavernes noires. Ils croient en ce qu’ils font, ils prennent cela comme une profession.  

Si tu veux leur faire comprendre que ce travail est un crime qu’ils y paieront tôt ou tard ; tu es regardé comme un idiot, un moins-que-rien, un homme sans ambitions. Mais l’histoire vient toujours au cours de leur vie contredire les faits, quand ils croupissent dans les prisons et les familles misèrent après. Quelle éducation doit-on organiser au sein de la société camerounaise si on désire préparer l’avenir de notre jeunesse, si on désire inculquer l’Éthique ? Je les ai vus jeûner pour préparer un « travail » en cours. La bible à la main, ils lisaient les psaumes pour faire appel à un client.

Des filles les suivent dans cette mésaventure en espérant qu’une fois l’argent entré, ils ont réussi à payer leur route, c’est-à-dire son Europe, où elle atterrit avec une grossesse qui sera prétexte pour demander l’asile. Qu’est-ce qui a poussé les jeunes dans le Fey ? Diverses contraintes qui peuvent être d'ordres familiaux, économiques, géographiques, générationnels, professionnels, morales, le sentiment de revanche des conditions misérables dans lesquelles les gens vivent, de certaines circonstances de la vie peuvent favoriser à se lancer dans la Feymania, le jeune aujourd’hui veulent paraître, de paraître dans un milieu où on a grandi et qu’on veut rentrer séduire par le spectacle d’une réussite hypothétique.

Ils ont vécu des situations atroces, certains ont été carrément découpés comme un gibier et mangés en Asie, d’autres enfermés dans des cages, enchaînes, après avoir été réduit à l’esclavage dans des maisons et humilier dans leur chair pour payer leurs forfaits. Mais on peut ne pas pouvoir les exprimer. La fête de l’argent peut être aussi une fête de la mort. Ils ont sali l’image des Camerounais. Si on veut insister sur l’éthique dans toutes les relations humaines et particulièrement chez les jeunes, c’est donner une chance à un pays.

Une bonne éducation est indispensable. Elle procure la vie paisible, le bien-être même si les temps sont durs. Au-delà de l’éthique, c’est une question de devoir morale et de conviction. Nous devons être des hommes et des femmes de conviction trempés dans des valeurs morales. La société nous attend dans l’exemplarité commencée au sein de la famille. Réfléchir sur l’éthique présuppose un certain attachement, un attachement certain aux valeurs qui rendent plus humains, plus sociables, plus civilisés les individus formant une société.

Ce refus, de se lancer dans les aventures pour la recherche de l’argent les prive de certaines opportunités. Les gens doivent apprendre à tenir la ferme même si le chemin à prendre est difficile. Même si le sentier est dur, sinueux et rocailleux, il faut accepter de le suivre plutôt que de se verser dans les clichés dégradants. C’est un témoignage de respect vis-à-vis des autres. Si l’on commence à se comporter de manière honnête et intègre cela procure du respect à la communauté qui t’entoure, un acte maladroit commis par un Camerounais rejaillit sur tout le reste. En 2002 dans mon arrondissement, une ressortissante sponsorisée par un Feyman avait ouvert un cabaret. Pendant le séjour du fêtard, il était gardé par un officier de police. Le Camerounais simple ne doit jamais perdre confiance en lui-même et croire que le fêtard lui est supérieur.

C’est un monde des illusions et ils disparaîtront par les effets de leur artifice précaire. Un pays doit garder une bonne réputation, l’implication des vertus, la morale. La Feymania a joué un rôle négatif dans la perception des Camerounais à l’extérieur. Souvent on nous caricature et se méfie de nous pour rien. Tous les camerounais ne sont pas fêtards, les camerounais sont des gens bien pugnace et travailleurs par essence. Ils ont été toujours des gens aimés partout où ils passaient pour leur intelligence et pour leur art, aujourd’hui tout camerounais qui se présente dans un pays africain est surveillé de près. La jeunesse et le Fey tel est le thème autour duquel je souhaite faire une tournée au Cameroun pour organiser une conférence-débat à l'intention des jeunes. Parler de l'éthique dans la société camerounaise actuelle est un pari, un défi important pour l'avenir du pays.

L'absence d'éthique a un coût élevé dans un pays sous-développé. On doit faire en sorte qu'elle revienne au premier plan à ce tournant de la vie nationale. La Feymania, c’est le vol, il faut que les gens le sachent, tous ceux qui la pratiquent ont les caractéristiques des voleurs, superstitions, menteurs, gros cœur, envieux, fausse solidarité, tueurs, puisque dans cette aventure, il n’y a que des règlements de comptes. Une pédagogie appliquée les indicateurs du sous-développement rendant les Camerounais qui postulaient des postes dans les organismes internationaux non-compétitifs.

D’autres se sont versés dans la politique pour cacher leur souvenir. Comment des personnes qui aiment l’argent et qui ont commis des crimes peuvent viser le bonheur du citoyen. Dans la société camerounaise, c’est la première désagrégation des valeurs. Il y a une corrélation entre l’analphabétisme et le mal. Il faut revenir avec les valeurs morales pour favoriser l’émergence des jeunes. L'éthique gère les conduites humaines.

On ne peut construire une société, un état, sans Ethique. Il faut que les jeunes sortent dans cette déchéance morale. Le Fey n'a pas d'avenir. Dans le sud, de l’algérien ou un fêtard venait pour l’arnaquer, un vieux dira au fêtard après son « Exébio » : « mon fils, tu as choisi, un beau métier, regarde à quel âge je viens le découvrir. »  Mais sache que c’est un peu comme si tu me demandais de pêcher du poisson sur une route goudronnée. Un autre jeune de 18 ans  qui venait d'être frappé par un fêtard, s'est rendu compte 15 minutes après que celui-ci soit parti, il l'a rappelé par ce mots pleins de douleurs : "Simon...Simon... reviens, reviens avec mon argent, pourquoi tu as fait ça ?"  

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