PORTRAIT: CARINE CLAIRE NTOLO, DU MARCHE MOKOLO A LA BLOUSE DE SOIGNANTE...
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FRANCE :: PORTRAIT: CARINE CLAIRE NTOLO, DU MARCHE MOKOLO A LA BLOUSE DE SOIGNANTE...

Cette expatriée du triangle national est arrivée en France, en 1999, avec le BEPC en poche.

Claire Ntolo, du marché Mokolo à la blouse de soignante… « Je suis née à Yaoundé, au Cameroun, je suis maman d’une fillette de 12 ans. Je suis arrivée en France en 1999, avec mon BEPC en poche, comme seul diplôme ».

Que de chemin parcouru depuis par Claire Ntolo. Elle exerce aujourd’hui dans l’hexagone, comme infirmière dans un hôpital privé dans l’Essonne (91). Elle va alors à Paris, comme on le font généralement les gens qui quittent la province pour la capitale. « J’ai quitté Argenton pour monter à Paris. Le temps de m’installer, j’ai trouvé un travail au musée du Louvre comme employée polyvalente.

Mon dynamisme et mon amour pour le travail, depuis le Cameroun, où j’ai tout fait comme métier y compris le petit commerce, m’ont probablement aidé dans ma recherche d’emploi. Six mois après avoir été embauchée au musée du Louvre, j’ai gravi les échelons pour terminer responsable du personnel, avec un très bon salaire et gérant sept cents employés », témoigne Claire Ntolo.

C’est là qu’elle reçoit une proposition qui tombe à pic. « Abnégation » « Un jour, mon employeur qui avait certainement remarqué mon dévouement aux personnes âgées que j’accueillais avec une attention particulière quand elles venaient visiter l’école des arts, au musée du Louvre, me demande si je ne voulais pas réaliser mon rêve de toujours. Je dis pourquoi pas…Alors j’ai présenté le concours d’aide soignante que j’ai réussi.

Mon employeur a financé mes études et à la fin du cursus, je suis revenue pour négocier mon départ du musée du Louvre », explique-t-elle , affirmant : « J’ai travaillé dans les hôpitaux, dans des Epahd, à domicile… Je voulais faire le tour pour effectuer mon choix définitif.

Je suis allée au Canada pour me confronter à l’expérience locale. A mon retour, j’ai travaillé à la clinique Jeanne d’Arc, dans le 13è arrondissement de Paris. Puis, un beau matin, je me suis dit que ça fait presque 10 ans que je suis dans le métier. J’ai profité de cette expérience et du nombre d’heures emmagasinées pour passer le concours d’Infirmière. Je me suis achetée un livre pour préparer l’examen. Et à l’époque, on multipliait les chances », se souvient Mme Ntolo, précisant : « On pouvait tenter trois, quatre concours à la fois dans différents départements. J’ai réussi trois concours sur quatre et j’ai choisi La Croix Saint-Simon.

Mais mon employeur de l’époque refuse de financer mes études, jugeant que j’étais une brillante Aide- soignante et qu’il n’avait personne pour me remplacer si je m’engageait dans ces études. Je me suis sentie un peu trahie et abandonnée ». Mais son abnégation reste intacte. « Le blues » « Mon école coûtait 8.500 euros l’année et il fallait 25.500 euros pour la durée des études d’infirmière. J’ai donc fait un abandon de poste pour me lancer dans des vacations afin de payer mes études, que d’aller m’inscrire au chômage ou attendre je ne sais quelle aide… ce que je n’ai jamais connu.

J’ai toujours compté sur ma volonté et mon dynamisme. Les vacations me permettaient de travailler de nuit et de suivre les cours le matin à la fac et à l’IFSI(Institut de formation de soins infirmiers). Ce qui n’a pas été du tout facile », insiste l’infirmière, soulignant : « Il fallait tout assumer, les charges, l’école, le travail…ce qui a exigé beaucoup de sacrifices et des moments de dépression, de solitude intense voire des idées noires.

A un moment donné, je voulais tout laisser tomber. Du fait que je n’avais pas le même niveau que les bachelière, il a fallu que je mette les bouchées doubles ». Aujourd’hui, quand elle regarde le rétroviseur, Claire Ntolo peut être fière. « Je suis devenue une infirmière complète, qui a sens de l’écoute et de la communication avec mes collègues. Je pense que j’ai réalisé mon rêve et la passion que je voulais faire.

Mais, je ne suis pas encore au bout de mon aventure dans le médical », prévient-elle, avant d’annoncer : « J’ai deux projets. Je prépare mon Master I en santé publique et management. Je souhaite ensuite avoir le Master II et pourquoi pas, être directrice adjointe d’Epahd ou de clinique. Deuxième projet, j’aimerais ouvrir un centre de dialyse ou de maladies cardiovasculaires pour apporter quelque chose à mon pays le Cameroun, à mes frères et sœurs ». Ce serait alors l’aboutissement de toute une vie consacrée aux autres, à l’étranger comme dans sa terre natale.

Trois questions à… Claire Ntolo Infirmière dans un hôpital privé, dans l’Essonne(91)

Cette camerounaise d’origine est au four et au moulin dans la lutte contre la Covid-19.

Elle parle de son quotidien extrêmement chargé depuis l’apparition de la pandémie en France, début 2020, et ses projets à venir.

« La Covid est aussi source de solidarité »

Que faisiez-vous au Cameroun et comment êtes-vous devenue infirmière d’Etat en France ?

J’ai fait de tout au Cameroun. J’ai aidé mes grands-parents à vendre au marché Mokolo. J’ai vendu un peu de tout, y compris le savon. C’est ce qui m’a forgé. Pour devenir infirmière, j’ai eu un très long parcours. N’ayant pas le Baccalauréat, j’ai d’abord commencé par travailler mon orientation professionnelle.

Après quoi, lors d’un stage au Secours populaire d’Argenton(61), non loin d’Alençon, la vocation d’aider les personnes les plus démunies et spécialement celles à mobilité réduite, m’est venue. J’ai donc décidé de travailler dans le domaine médical. Vous avez travaillé dans les structures hospitalières ordinaires et dans des Epahd avant et pendant la Covid 19.

Qu’est-ce qui manque le plus pour rendre plus efficiente la lutte contre cette pandémie au quotidien ?

Il est urgent de construire l’avenir, de se pencher sur l’après-Covid. Cela passe par une nouvelle politique de santé et environnementale. Il y a beaucoup de choses qui se passées en pleine pandémie de Covid, qui n’étaient pas normales dans un pays comme la France. On est passé à côté de beaucoup de choses. Il y a eu trop de maltraitances sous toutes les formes. On peut pas indexer une personne plus qu’une autre. Tout le monde doit être indexé, tout le monde est responsable de ce qui s’est passé.

Qu’avez-appris de cette période ?

Le point positif de ce Covid, c’est la solidarité. En temps normal, beaucoup de gens travaillent individuellement. Parce que chacun a sa façon de travailler, chacun a sa façon d’être. Mais on se supporte avec nos qualités et nos défauts. La Covid a fait que dans la peine généralement partagée, même comme il n’ y avait plus de bisous, des gestes de sociabilité. On a appris à se soutenir mutuellement. On s’appelait pour prendre des nouvelles les uns des autres. Car, parfois, c’est quand le travail est terminé, que l’on est rentré chez soi que la déprime commence.

On se retrouve seule, avec tout le poids de ce qu’on a vécu pendant la journée de service. Beaucoup de liens se sont tissés dans cette période difficile. Quand on avait fini notre tour de soins, on se posait pour pendre un thé, tout se passait dans le regard. On pouvait y lire ce que chacun ressentait, si la journée était compliquée ou pas. Nul besoin de poser une question, d’ouvrir sa bouche pour dire un mot. C’est une expérience très enrichissante, qui m’a énormément appris sur la vie et sur les êtres humains que nous sommes.  

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