L'AFFAIRE MARTIN CAMUS, LA FUITE DE WILFRIED ETEKI
CAMEROUN :: SOCIETE

CAMEROUN :: L'AFFAIRE MARTIN CAMUS, LA FUITE DE WILFRIED ETEKI :: CAMEROON

Après avoir longtemps réfléchi, et vécu ces derniers temps dans une angoisse permanente, Wilfried Eteki a décidé de s’enfuir. Comme futur prisonnier, il le savait et ses jours étaient désormais comptés. Sa  prison avait commencé dans sa conscience depuis le 23 juin, date à laquelle la vidéo a été diffusée. D’abord en cavale volontaire, il a attendu que le crépuscule se soit déroulé pour prendre la voie du sud.

Exfiltré très certainement par un compatriote chez qui il s’était réfugié pendant les heures chaudes. Parti dans une tenue simple de valet et portant une casquette et des lunettes noires, Eteki a quitté son pays aux pas de course. Embarqué dans une Berline, il tenait un petit baluchon contenant quelques vêtements, et puait comme une Charonne. Eteki, le séducteur, était torturé dans ses convictions de bourreau de cœur.

Il était soumis à l'influence de la pression du peuple qui réclame justice pour la jeune Malicka. La seule possibilité qui restait était de   sortir de sa cachette pour une décision d’envergure. Il a voyagé pour rejoindre l'armée des pervers qui ont toujours pris la route de l’étranger.  L’affaire prenait chaque jour de nouvelles tournures. Wilfried Eteki surnommé le cogneur, était un homme fascinant, un ambitieux, un touche à tout, assez génial qui avait une véritable boulimie de la vie mondaine.

Brun, grand, béni dans ses allures par une folle beauté, le mec ouvrait toujours grands les yeux pour séduire autour de lui.  Courtois et sympathique, Eteki a toujours cherché la notoriété, mais il s’était lancé dans cet amour fantastique dont certains éprouvent pour les petites filles. Devenu le conseillé privé de Martin Camus, son éminence brune, il s’était installé auprès de lui, car ce dernier l’admirait pour son élégance, et trouvait devant lui une réparation de l’injustice que la nature avait commise de le laisser assis ; lui qui espérait être debout.

Martin Camus, le journaliste sportif infirme, le plus aimé du siècle est réduit aujourd’hui à la plus simple expression. Un handicapé est rarement le centre du monde, mais celui-ci attirait l’attention, parce qu’il était comme Démosthène de la Grèce antique un beau parleur, vantard, et imbu de sa propre personne. Wilfried Eteki était l’interprète, le penseur du groupe, le démarcheur et un pervers de la première heure. Il était investi d’un pouvoir moral sur Martin et partout où ce dernier se trouvait, il était là. Eteki était ce qui manquait à Martin Camus. L’appétit d’Eteki pour les femmes est sans limite. C’est une activité qu’il maitrise. Et comme les vieux principes des hommes du groupe auquel il appartient, c’est à « minuit plein » qu’on s’engage à répandre ce qu’on a appris. Pour Eteki il était donc minuit. C'est pourquoi il est  entré dans un cycle de puissance où il ne percevait plus les limites de ses pouvoirs.

Il n’écoutait plus aucun conseil de prudence ou de sagesse. Eteki était devenu Megalo qui rêvait d’entrer dans la vie publique par la voie royale.   Et pour cette raison, il faisait jouer ses amitiés. Les affaires de restauration n’étaient qu’un petit marchepied ; un groupe tentaculaire pour diversifier ses activités, afin de peser d’un poids considérable dans les regards. On n’a pas de preuve mais des certitudes que des personnes éminemment importantes sont dans ce jeu tragique du sexe.  À Douala les gens les ont vu vivre, ils les ont vu penser et aujourd’hui on les voit se perdre.  

Il vient de prendre le chemin le plus long. Le chemin de l’aventure. La voiture qui l’a amené filait, on dirait qu’elle était au bout d’une course échevelée dans un parcours où sillonnaient des promeneurs, qui n’en revenaient pas de voir une vitesse inhabituelle sur une route à virage innombrable. Il détient beaucoup de secrets. Il fallait protéger les hauts de gammes pouvant être mêlés à l’affaire. Les hommes d’influence. L’homme des missions discrètes et délicates.  Frappé dans sa propre chair depuis l’affaire, devenu injoignable, c’est lui-même qui appelait ses connaissances par call box. « Allo c’est Eteki, je peux te voir. Je suis à tel endroit… » pour sa présence au Gabon rien n’est moins sûr.

Est-ce une information qui tend à calmer les ardeurs ? Nous avons fait nos recherches pour aboutir à des indices suivants. Il serait parti au milieu de la nuit conduit par un inconnu. Il aurait quitté Douala pour Yaoundé d’abord, puis pour Ebolowa par l’itinéraire que je vais vous décrire. Arrivés à  Ebolowa, ils ont pris la direction d’Ambam. Parvenu sans encombre à Bitam première grande ville gabonaise, il a dormi dans une auberge, où il est reconnu par l’aubergiste, qui l’observe sans rien dire.  Le passage de Kyosis où le contrôle est stricte a été évité à la place du fleuve d’Eboro. Dans une pirogue clandestine, il a traversé, par les pistes frontières. Après avoir pris un petit déjeuner au marché de Mbamikok. Un autre passeur a fait le reste du côté gabonais.  Il s’attendait à prendre les petites voitures lorsque par miracle, un camion de vivre frais, livreur de la banane plantain stationné depuis des jours   démarre pour Bitam,  Eteki sera caché  sous la bâche du camion ou on le recouvre de plantains.Il résiderait à présent au quartier Lalala à Gauche et passe ses journées à Cosmopac le fief des camerounais ; toujours avec des lunettes noires et une casquette.  

Oh  le pauvre ! Quand je pense que Libreville est petite comme Nkongsamba et que ses premiers jours seront excellents mais que dire des  jours suivants. Je sais que celui qui aime les plaisirs, n’aime pas les souffrances. Celui qui aime les plaisirs aime son pays et ne vit jamais à l’aise ailleurs. Il est difficile de retrouver facilement les joies qu’on avait chez soi. La nostalgie du pays natal est intense même pour celui qui a commis sur sa terre des malheurs avant de s’en aller. Je doute fort qu’il fasse deux mois au Gabon, le téléphone rouge circule comme à Yoko. Le Gabon est plus dur que l’Europe. La route du nord pour le Nigéria était aussi envisagée, qu’il pourrait bien se trouver à présent en Côte-d’Ivoire.    

Avant de quitter le Cameroun. Il a fait une tournée de séduction chez les membres influents de son groupe.   À présent, il vit des journées les plus extraordinaires de son existence parce que tout à coup, il est sans son mentor. Il est comme dans une liberté conditionnelle. S’il est vraiment au Gabon,  je tiens à préciser que Libreville est petite, il suffit de rester une journée au carrefour du marché Mounbouet ou sur la colline de Nzanyong pour voir tous les gabonais sortir de leur maison. La vie est très cher au Gabon. Il ne pourra pas entrer dans les restaurant chic comme à Douala manger à moins de 10 000 f cfa chaque jour. Il se contentera de manger le couscous chez les nigérians à 500f au carrefour rio.  

En deux jours il serait pris dans les endroits des poissons à la braise chez les camerounaises du pk5. Eteki aime la bonne bouffe et surtout les gros poissons.  Il n’y a pas plus ignoble lâcheté que de fuir ses responsabilités à cet âge. Il a refusé d’affronter la justice, d’affronter Malicka, sa victime, à qui il avait promis une scoop d’un autre genre. La vie est cruelle parfois.  Avant de partir, il a écrit de nombreuses lettres à ses proches, une dizaine, des écrits durs semblables à des menaces, car Etéki menace de parler à distance si les autres membres ne défendent pas âprement sa cause. Ce n’est que le début de l’affaire, on risque avoir d’autres vidéos de même nature dans les prochains mois. C’est certain. Mais la question que je pose à Eteki est celle-ci : est-il déjà arrivé dans un endroit en ce monde où il ne connait personne ?                                                

Par l'écrivain Calvin Djouari 

Lire aussi dans la rubrique SOCIETE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo

L'actualité en vidéo