Gouvernance: L’Etat de droit en question
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Difficile de concilier exercice des libertés publiques et maintien de l’ordre au Cameroun.

Le Cameroun est-il toujours un Etat de droit ? La question, pour provocatrice qu’elle puisse paraître aux yeux de certains, n’en demeure pas moins légitime. Et la nomination des membres de la Commission des droits de l’Homme du Cameroun, le 19 février 2021, après la création de l’institution par la loi du 19 juillet 2019, ne peut être considérée comme un indicateur sérieux d’appréciation.Concept juridico-philosophico politique, l’Etat de droit suppose la prééminence du droit sur le pouvoir politique dans un Etat et l’obéissance de tous les citoyens, gouvernés et gouvernants, à la loi.

Le contexte de crise politique et de tensions sociales interroge sur la réalité de l’Etat de droit au pays de feu Me Douala Moutomé. « Presse sous liberté surveillée »

L’état de la liberté de la presse, en dépit du pluralisme des médias, ne peut être considéré dans l’absolu comme signe du bon fonctionnement de la démocratie, surtout si les hommes et femmes dont la mission est d’informer au quotidien, ne le font pas librement. « Le Cameroun a reculé de trois points dans le classement mondial de la liberté de la presse 2020. Il part de la 131ème place de 2019 à la 134ème », selon le rapport annuel de l’organisation Reporters sans frontières (RSF), publié mardi 21 avril 2020. 

Pour RSF, le nombre pléthorique d’organes de presse ne suffit pas à assurer un environnement favorable aux médias. Le rapport d’enquête de RSF indexe la poursuite des détentions arbitraires de journalistes et des poursuites. 

C’est le cas d’Éric Kouatchou, Correspondant à Paris de Canal 2 International, arrêté par les services de renseignements en début du mois d’avril 2020. Il sera libéré, sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre lui, après avoir passé près de deux semaines au SED. 

Parfois des journalistes arrêtés, meurent dans les locaux des forces de l’ordre,sans même que la famille ni l’avocat sachent où ils sont détenus.C’est le cas de Samuel Ajiekah Abuwe dit Wazizi, journaliste anglophone, mort en prison après 10 mois de détention.

« Répression des manifestations »

Et que dire des manifestations ? Si ce n’est qu’elles sont systématiquement réprimées dès lors qu’elles sont empreintes de revendications démocratiques.

Comme du 25 au 28 février 2008, qui ont fait vaciller le pouvoir à Etoudi, le Palais présidentiel, creusant un peu plus le fossé déjà abyssal entre l’écrasante majorité des citoyens et ceux qui tiennent les rênes du pouvoir, dans un pays où 66% à 70 % des habitantsont moins de 25 ans. Une jeunesse qui aspire à vivre dans une terre libre et qui doit composer avec quelques gérontocrates qui ne pensent qu’à confisquer la voix que le peuple leur a octroyée le temps d’une mandature. Et ici, quand le peuple crie à la famine, on le laisse crever petitement, comme un pauvre hère, une vermine, des gueux que ceux qui ont la peau du ventre bien tendue, les joues bien gonfléeset la pupille dilatée comme il faut, se refusent de voir même quand ils font semblant de les regarder.

Il faut y ajouter la tension permanente dans le NoSo depuis 4 ans. Un rapport d’Amnesty internationale, publié en février 2020, parle de « Plus de 3.000 morts depuis 2017 et plus de 700.000 personnes déplacées », en guise de bilan provisoire de la crise anglophone au Cameroun. Quant aux émeutes de février 2008, « 40 manifestants ont trouvé la mort et plus de 1 600 personnes arrêtées et jugées », affirme le gouvernement. 

Les familles de victimes réclament toujours justice pour que 13 ans après, elles fassent enfin le deuil. L’Etat de droit est avant tout un état de justice équitable.

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