Génération 90 appelle à la nomination d'un envoyé spécial permanent de l'Union Africaine au Cameroun :: CAMEROON
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CAMEROUN :: SOCIETE
  • Correspondance : Génération 90
  • samedi 08 juin 2019 13:27:00
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Génération 90 appelle à la nomination d'un envoyé spécial permanent de l'Union Africaine au Cameroun :: CAMEROON

GENERATION-90 suggère à l'Union Africaine de nommer un representant special de l'Union Africaine au Cameroun. Selon ce groupe de réflexion et d’action regroupant d’anciens dirigeants de la contestation estudiantine des années 1990 au Cameroun, ce représentant spécial de l'UA au Cameroun se chargerait d'aider à sortir le pays de l'impasse militaro-politique dans lequel le Cameroun se trouve. L'intégralité de la lettre.

S.E. Abdel Fattah EL-SISI

Président en exercice de l’Union Africaine

S/C Moussa FAKI MAHAMAT
Président de la Commission de l'Union Africaine
P.O. Box 3243, Roosvelt Street W21K19 Addis-Abeba, Éthiopie Tel : +251 11 551 77 00 Fax : +251 11 551 78 44

Johannesburg, ce 03 Juin 2019

Monsieur le Président,

Nous venons par cette lettre attirer votre très haute attention sur la crise politique et militaire extrêmement meurtrière qui déchire les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun depuis trois ans, et en appeler à l’implication immédiate de l’Union Africaine pour une solution pacifique et négociée.

Ce qui est convenu d’appeler la ‘crise anglophone’ commence en octobre 2016 par des revendications corporatistes et une grève d’enseignants, d’avocats et de magistrats anglophones, pour exiger sur une meilleure prise en compte des sous-systèmes éducatif et judiciaire anglophones dans l’administration publique. Ces revendications ont immédiatement reçu un très large soutien au sein des populations Anglophones, se traduisant par diverses formes de manifestations pacifiques pour le retour à l’Etat Fédéral, abrogé le 20 Mai 1972.

À ces revendications et manifestations pacifiques, le gouvernement du Cameroun a répondu essentiellement par la répression, l’arrestation et la détention des leaders de la contestation. Les groupes indépendantistes ou sécessionnistes, jusque-là minoritaires et inaudibles, ont profité du vide laissé par l’arrestation des leaders corporatistes embastillés, pour gagner du terrain et prendre le contrôle de la contestation anglophone. Depuis lors, à la répression des Forces de Défense camerounaise, les sécessionnistes répondent avec des armes, essentiellement des fusils de chasse de fabrication artisanale et quelques armes sophistiquées arrachées aux forces armées ou obtenues en contrebande.

Le Cameroun fût jusqu’au 20 Mai 1972, une République fédérale pour prendre en compte son passé colonial, comptant un État anglophone et un État francophone; le français et l’anglais étant les deux langues administratives officielles du pays.

La suppression arbitraire de l’État fédéral et sa transformation en État unitaire fortement centralisé, sans la création d’un modèle efficace pour le remplacer a, incontestablement et au fil des ans, laissé libre cours à une certaine francophonisation progressive de la minorité anglophone par les régimes qui se sont succédés. Ce qui a donné lieu, depuis plusieurs décennies au sein de la population anglophone, à un fort sentiment de discrimination institutionnelle dont les manifestations les plus évidentes sont dans les systèmes éducatif et judiciaire : des agents de l’État, enseignants et magistrats francophones, ayant une connaissance approximative de l’anglais et de la common law, exercent dans les régions anglophones du pays.

Depuis octobre 2017, la crise anglophone, qui a commencé par des revendications corporatistes réelles et incontestables s’est muée en affrontements armés, extrêmement violents, entre les groupes sécessionnistes anglophones et les forces de défense et de sécurité camerounaises.

Fuyant les affrontements entre forces sécessionnistes et l’armée, et craignant les représailles des forces de défense, de nombreux villages et villes des deux régions anglophones se sont vidés de l’essentiel de leurs populations, perdues dans les forêts de la région, manquant de tout et exposées à toutes sortes d’intempéries.

Jusqu’en octobre 2018, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), 200 membres des Forces de Défense et de Sécurité et 500 civils avaient été tués dans ce conflit, 437,513 personnes déplacées dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et plus de 30,000 réfugiés installés au Nigéria voisin. D’après le rapport de l’organisation International Crisis Group (ICG) du 2 mai 2019, le conflit a fait plus de 1850 morts en 20 mois, dont 250 éléments de l’armée camerounaise. Ce décompte macabre en fait désormais une guerre civile.

Monsieur le Président,

Lors du 32ième sommet de l’Union Africaine tenu du 10 au 12 février de cette année et qui avait pour thème « Les réfugiés, les rapatriés et les personnes déplacées en Afrique », Moussa FAKI MAHAMAT, le président de la Commission, a déclaré qu’ « Il faut combattre les causes qui poussent les gens à partir » .

Depuis l’éclatement de la crise, le gouvernement ne s’est pas préoccupé des causes profondes du mal ; sa réponse ayant été essentiellement militaire. Aucune initiative politique d’envergure pour le dialogue, aucune initiative de négociations pour la paix, n’ont été proposées par les dirigeants depuis l’escalade observée dans la crise à partir d’octobre 2017. Le gouvernement a plutôt multiplié la création de commissions peu adaptées à l’urgence et à la gravité de la situation.

En Janvier 2017, Le Président de la République a créé la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme (CNPBM), dirigée par Monsieur Peter MAFANY MUSUNGE, un de ses proches collaborateurs et Ancien Premier Ministre du Cameroun. Ladite commission est essentiellement composée d’anciens ministres et de cadres supérieurs de l’État. Le rôle de cette institution, selon le décret de création, est de faire des propositions au Chef de l’État pour «œuvrer à la Promotion du Bilinguisme, du Multiculturalisme au Cameroun, dans l'optique de

maintenir la paix, de consolider l'unité nationale du pays et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre ensemble de ses populations». Le 31 Mai 2018, cette Commission a proposé, contre toute attente, entres autres mesures de décrispation « l’organisation d’un dialogue franc et sincère entre le gouvernement et les anglophones pour trouver des solutions durables à la crise, d’accorder une amnistie aux personnes emprisonnées ou en exil du fait de la crise, de débattre des problèmes relatifs à l’institution du fédéralisme dans notre pays, etc». Plus d’un an après, ces «recommandations» sont restées sans suite alors que le conflit s’enlise et le nombre de victimes civiles et militaires ne cesse de croître.

Alors que le conflit est de plus en plus meurtrier et qu’aucune solution négociée n’est amorcée, le Président de la République a décidé de créer le 30 novembre 2018, le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration (CNDDR). La Mission assignée à ce Comité est «d'organiser, d'encadrer et de gérer le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants de Boko Haram et des groupes armés des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (…)».

Monsieur le Président, nous rappelons tout ceci pour bien illustrer l’impasse dans laquelle ce conflit se trouve aujourd’hui alors qu’il porte les germes d’une déstabilisation générale du pays, déjà en proie dans sa partie septentrionale aux attaques terroristes de Boko Haram. La guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest s’exporte progressivement aux Régions du Littoral et de l’Ouest, frontalières aux régions en conflit.

À la guerre civile qui sévit dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, est venue se greffer une grave crise politique née de l’élection présidentielle controversée du 07 Octobre 2018 au Cameroun. Mr Maurice KAMTO, arrivé officiellement deuxième à la présidentielle, et plus de 200 de ses militants, croupissent en prison depuis plus de trois mois, pour avoir contesté les résultats de cette élection. Une incontestable instabilité politique s’est aujourd’hui emparée du Cameroun et lui fait courir des périls encore plus grands.

Monsieur le Président, l’acte constitutif de l’Union Africaine proclame en son Article 4 (o) «Le droit de l’Union d’intervenir dans un Etat membre sur décision de la Conférence, dans certaines circonstances graves, à savoir : les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l’humanité”. Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sont commis quotidiennement et impunément dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun aussi bien par les Forces de Défense et de Sécurité que par des groupuscules séparatistes qui sévissent dans ces zones. Les rapports de plusieurs organisations nationales et internationales de Défense des Droits de l’Homme l’attestent.

Monsieur le Président, en vertu de cet Article 4(o) cité plus haut, nous vous prions de bien vouloir convoquer les instances compétentes de l’Union Africaine, pour traiter de toute urgence, la situation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun comme sujet prioritaire.

Monsieur le Président,

Nous aimerions vous rappeler qu’en juillet 2017, le Président Alpha CONDE, alors Président en exercice de l’Union, s’adressant à la communauté africaine de Hambourg en marge du sommet du G20 tenu en Allemagne, a clairement énoncé ce qu’il a appelé la nouvelle doctrine de L’Union Africaine en matière de résolution de conflits sur le continent : «Nous ne voulons plus qu’on décide à notre place, nous voulons désormais que les problèmes des Africains soient réglés par des Africains, sans ingérences extérieures (…) car tous les problèmes de l’Afrique viennent des ingérences extérieures». C’est tenant compte de cette nouvelle conception de l’Union Africaine, vision largement partagée par les Africains, que nous sollicitons de manière pressante, un engagement réel et une intervention effective de l’Union Africaine pour le règlement pacifique de la crise meurtrière qui ensanglante les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Une première étape de cette implication décisive de L’UA serait la désignation d’un Représentant Spécial de l’Union Africaine pour Cameroun qui préparerait le terrain en vue de l’ouverture prochaine des négociations de paix et d’un dialogue politique inclusif pour régler les multiples crises dans lesquelles le Cameroun est englué. L’Afrique compte aujourd’hui de nombreux hommes et femmes d’Etat rompus à la diplomatie internationale, et dont l’expérience et les compétences pourraient être mises à profit par l’UA pour aider à décrisper la situation politique du Cameroun et aider le pays à retrouver la paix. Nous pensons aux anciens Présidents Olusegun OBASANJO, Ellen Sirleaf JOHNSON et Thabo MBEKI, ou aux anciens Présidents de la Commission de l’Union Africaine Amara ESSI, Alpha Oumar KONARE et Jean Ping.

Le défaut d’un engagement de l’Union Africaine pour un règlement pacifique du conflit au Cameroun, laisserait le champ libre aux interventions étrangères et initiatives extra-africaines, devenues très impopulaires sur le continent; ce qui serait en opposition avec la ‘nouvelle doctrine’ de l’Union, exposée par le Président Alpha CONDE aux africains à Hambourg.

Monsieur le Président, nous sommes disposés à vous rencontrer, si nécessaire, et à votre convenance ou à rencontrer les membres de la Commission, pour discuter les détails d’un plan de paix de l’UA au Cameroun.

Dans l’espoir que notre appel retiendra votre attention et sera suivi d’une initiative de l’UA dans notre pays, veuillez recevoir, Monsieur le Président, nos salutations les plus respectueuses.

GENERATION-90

GENERATION-90 est un groupe de réflexion et d’action regroupant d’anciens dirigeants de la contestation estudiantine des années 1990 et 2000 au Cameroun et qui vise à contribuer aux débats sur l’évolution socio-politique du Cameroun et de l’Afrique. Contact: thinktank.generation.90@gmail.com  | Tel: +49 177 41 37 539

Membres de GENERATION-90, signataires du présent Appel:

- Prof. Narcisse TIKY VI, Professeur d'Université, USA

- Hugo JOMBWE MOUDIKI, Juriste, Expert en Droits humains, droit pénal international et processus de démocratisation, France

- Dr. Tene SOP, Université de Hambourg / Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology (MPI-EVA), Allemagne

- Prof. Bienvenu BONGUE, Enseignant-chercheur, Université Jean Monnet de St- Etienne et Prof. Associé à l’Université de Montréal au Québec, France

- Paul-Aarons NGOMO, Universitaire, New York University, USA

- Bruno DJEWE, Expert en Relations publiques internationales, Autriche

- Raphael YIMGA TATCHI, Professionnel en Coopération internationale au Développement et Humanitaire, Canada

- Prof. Jean-Bosco TAGNE, Professeur d'Université, Boston University School of Medicine, USA

- Maître MBOPDA NOUMEDEM Léopold, Avocat au Barreau du Cameroun, Douala, Cameroun

- Aissatou OUMAROU, Informaticienne - Network specialist, Manchester, UK

- Dr. Appolinaire LEKEUNEU, Economiste, USA

- Ndam MALOUNE, Juriste-internationaliste, Kuala-Lumpur, Malaysia

- Dr. Papi KANA, Médecin- Anesthésiste, France

- Samuel TEKOBO, Ph.D , Senior Industrial Scientist, Buckman International, USA

- Gilbert TCHUKAM, Spécialiste en droit des Affaires, Expert en question de Sécurité, Consultant Indépendant, Sénégal

- Anatole MBARGA, Consultant pour des Questions de Sécurité internationale et de Logistique, Hararé, Zimbabwe

- Raymond TAGNIDOUNG, Certified Scrum Master, USA

- Albert TETANG, Gestionnaire ISP, Administration publique, Bruxelles/Belgique

- Ahmed NGALANG NYAMBI, Certified Professional Accounter, Québec, Canada

08juin
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