CAMEROUN :: Aristide Michel Menguele : Une formation politique survit ou meurt avec ses choix :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE CAMEROUN :: Aristide Michel Menguele : Une formation politique survit ou meurt avec ses choix :: CAMEROON
  • Mutations : Cyril Marcel Essissima
  • vendredi 07 juin 2019 15:08:00
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CAMEROUN :: Aristide Michel Menguele : Une formation politique survit ou meurt avec ses choix :: CAMEROON

Enseignant de science politique à l’Université de Douala, il évalue les enjeux et conséquences du plan de résistance du Mrc.

Privé de liberté, Maurice Kamto peut-il continuer à diriger le Mrc ?
Il est difficile de se prononcer sur cette question. Mais on peut néanmoins soulever un certain nombre de pesanteurs qui pourraient mettre à mal le leadership du président national du Mrc dans les conditions actuelles. En effet, il peut être particulièrement difficile d’assumer effectivement le leadership d’une formation politique relativement nouvelle lorsque la disponibilité des principaux responsables pose problème. Dans ce cas de figure, il est possible que ceux qui devraient en principe relayer les instructions du leader en profitent pour s’imposer comme les nouveaux patrons du parti grâce à l’exploitation d’une sorte de zone d’incertitude que devient alors le rapport privilégié ou supposé aux principaux leaders indisponibles. L'info claire et nette. Dans ce genre de cas de figure, il peut se donner à voir ou se pratiquer des velléités de rétention de l’information ou des velléités de déviation du plan d’action du Mrc. Il devient alors difficile au principal responsable de garder la maîtrise du parti qui peut donc voir émerger des tendances ou des courants autour du plan d’action ou des lignes directrices du parti. Les lignes de clivages qui s’observent depuis l’option pour le plan national de résistance entre « les radicaux » et « les modérés » renseignent suffisamment sur ces velléités centrifuges qui minent de l’intérieur le Mrc. Ceci risque de s’aggraver avec les conditions actuelles du leadership. C’est le risque qu’encourt ce leadership indirect ou par procuration a fortiori dans une formation politique relativement nouvelle qui peut manquer d’expérience pour gérer ce genre de situation, c’est-à-dire l’indisponibilité de ses principaux leaders.

Le Mrc n’aurait-il pas toutes les difficultés du monde à gérer les élections prévues cette année ?
La situation actuelle du leadership au sein du Mrc peut faire craindre précisément une crise de leadership dans un contexte où ses principaux leaders sont incarcérés. L’impression d’un pouvoir désormais vacant peut conduire ce parti à des dérives du fait d’un leadership indisponible. On peut par exemple expliquer le recours systématique aux modes populaires d’action politique (invectives, railleries, dérisions, descente, investissement de la rue, etc.) par cette crise de leadership même si cette variable explicative n’est pas l’unique. C’est le prix à payer lorsqu’on fait une fixation sur une stratégie politique qui, in fine, n’est que très peu efficace pour l’inscription du Mrc dans le long terme. Une stratégie politique, un plan d’action s’évalue. Une formation politique survit ou meurt avec ses choix. Et, c’est parce qu’elle meurt ou survit avec ses choix stratégiques qu’il faut éviter de considérer ceux-ci comme des totems ou des fétiches. Le portail des camerounais de Belgique. Il faut être capable à un moment de s’arrêter pour évaluer une stratégie politique ou un plan d’action. La capacité des partis politiques à survivre à leurs fondateurs dépend aussi du rapport aux enjeux électoraux. Le leitmotiv, véritable mot d’ordre du Mrc lors du scrutin du 07 octobre 2018 (« ça passe ou ça casse »), semble produire des effets pervers sur le plan d’action de ce parti manifestement divisé entre ceux qui, par réalisme recommandent de « tourner la page » et ceux qui, animés par un jusqu’auboutisme euphorique et improductif ont visiblement du mal à penser une stratégie de redéploiement électoral du parti dans la perspective des échéances à venir. Sous ce rapport, on peut douter de la capacité de ce parti à remobiliser ses militants pour les enjeux électoraux annoncés dans un contexte où ses principaux leaders et alliés se représentent leurs incarcérations respectives comme une procédure d’héroïsation. À moins qu’une telle politique d’affection de l’incarcération ne soit une option stratégique pour éviter l’effet démobilisateur d’une géographie électorale qui pourrait de nouveau être largement défavorable et, de ce fait même, trahirait la véritable implantation territoriale du parti à l’issue des échéances électorales annoncées.

Quelles seraient les conséquences d’un boycott desdites élections pour ce jeune parti qui a charrié beaucoup d’espoirs ?
Pour un parti politique, le rapport à l’histoire politique est essentiel pour se déployer de manière décisive avec plus de maturité. Et parlant d’histoire politique, elle renseigne que la politique du boycott n’est véritablement pas bénéfique pour qui la pratique. Rappelons-nous duSocial Democratic Front (Sdf) en 1992 pour ne citer que cet exemple. À l’observation, toute politique de boycott est largement bénéfique au parti gouvernant. L’option pour le boycott est donc à envisager avec beaucoup de recul ; l’histoire politique nous renseignant qu’elle est davantage rentable à ceux contre qui on croit souvent la pratiquer. Pensée et pratiquée pour discréditer le processus démocratique camerounais, la politique du boycott peut avoir comme effet pervers la consolidation de l’ultra-domination du parti gouvernant.

La démocratie camerounaise n’encaisserait-elle pas un coup si certaines forces politiques ne participaient pas aux prochaines élections ?
L’abstention, le boycott, etc. sont des phénomènes politiques qui se donnent à voir aussi bien dans les grandes démocraties que dans les États en voie de démocratisation. Le Cameroun n’en a ni l’exclusivité, ni le monopole. Ce sont des comportements politiques universels. Ceci ne justifie pas le manque à gagner que de tels comportements causent à tout processus de démocratisation. Camer.be. La participation populaire et massive à une élection a certes une plus-value non négligeable sur tout processus de démocratisation mais, ici comme ailleurs, on observe que l’abstention apparaît de plus en plus comme « le grand vainqueur » des élections pour paraphraser Léonie Drouilly dans le contexte français. Par conséquent, pratiquer le boycott et/ou l’abstention en espérant décrédibiliser le processus démocratique camerounais est un jeu dont les enjeux peuvent échapper aux acteurs qui recourent à une telle stratégie. Ici comme ailleurs, l’acteur qui mobilise une telle stratégie ne doit pas perdre de vue que sa rationalité peut être limitée. Le pari selon lequel en ne participant pas à une élection on pourrait discréditer le processus de démocratisation est donc un pari fort risqué.

07juin
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