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L'historique de la fête des mères au Cameroun et hommage à  Delphine Tsanga par le professeur Vincent-Sosthène FOUDA :: CAMEROON
CAMEROUN :: SOCIETE
  • Correspondance : Vincent-Sosthène FOUDA
  • dimanche 27 mai 2018 09:48:36
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L'historique de la fête des mères au Cameroun et hommage à  Delphine Tsanga par le professeur Vincent-Sosthène FOUDA :: CAMEROON

Ce Dimanche 27 mai, c’est la fête des mères. Le Cameroun s’unit à certains autres pays à travers le monde pour célébrer la fête des mères. C’est dire que cette fête qui tend à s’universaliser n’est pas toujours célébrer à la même date à travers le monde. Cette année 2018, la Norvège a célébré ses mamans le 11 février tandis que le Cameroun célébrait sa jeunesse à la même date, le Canada c’était le 13 mai dernier et avec lui de nombreux autres pays à travers le monde. Dans les écoles essentiellement de la ville, certains instituteurs ont pris une semaine pour inviter les enfants, dans le secret de leur classe, à confectionner des cartes ou toute autre œuvre à offrir ce matin à leur maman. Les plus nantis casseront leur « bas de chaussettes » pour acheter un cadeau à leur maman mais toujours avec les mêmes mots et la même affection : « Bonne fête maman, je t’aime ». Dans les villes de Yaoundé, Douala, Bafoussam essentiellement, les fleuristes vont ouvrir boutiques pour ce rendez, pour laisser les hommes faire parler leur coeur et pourquoi pas leur générosité. Mais au fait, qui a inventé cette fête ? Depuis quand la célébrons nous au Cameroun ?

Dans beaucoup de tradition des peuples bantou et semi-bantou, on retrouve la célébration de la fécondité et celle-ci est représentée par la femme. Chez les Ekang, comme chez les peuples des Grassfield cette fête est aussi celle des récoltes parce que la femme est d’abord reconnue comme porteuse de vie à ne pas confondre avec donneuse de vie. Toute la subtilité réside là, parce que pendant longtemps, les entrailles de la femme ont été considérées comme un terreau fertile où l’homme place une semence et est certain d’y trouver un produit, un bon au moment des récoltes. Dans l’Égypte pharaonique nègre où pharaon est un démiurge incarné, l’on a Atoum, mais aussi Rê ; et son épouse, c’est Mout, Isis, Hathor mais aussi Tefnout, sa fille-épouse voire sa main. C’est la version la plus réaliste de la création où la compagne de Rê finit par être appelée Nebet-Hetepet selon Christiane Desroche Noblecourt qui s’est penchée sur la question, on pourrait traduire par : la maîtresse de la satisfaction » après u’elle eut pris l’aspect de Iousaâs, celle qui révèle le dynamisme du créacteur et dont le nom évoque l’image la plus réaliste de l’éveil de la verge divine. Iousaâs signifie : elle marche elle croît. L’image de la femme dans l’Afrique nègre est donc liée à l’éclosion, à la vie, elle légitime l’existence puisqu’elle peut témoigner pour lui avoir donner vie. Dans l’Antiquité, les Grecs célébraient Rhéa, la mère de tous les dieux de l’Olympe. Cette tradition a ensuite été reprise par les Romains qui l’ont élargie à toutes les mères de famille. La célébration se serait ensuite un peu perdue pour être relancée en Angleterre au XVIe siècle, avec le Mothering Sunday (le dimanche des mères).

C’était d’abord un droit accordé aux domestiques des grandes familles anglaises d’avoir un jour de repos, afin de retrouver leur famille.

Puis en France, en 1806, Napoléon évoque l’idée d’instaurer une fête des mères officielle au printemps, qui devient en 1897 une fête des enfants voulue par l’Alliance nationale contre la dépopulation. Ce jour est destiné à mettre à l’honneur la famille et à rappeler l’importance de la fécondité du pays.

Les mamans méritantes au Cameroun

La toute première « fête des mères » en bonne et due forme est dans la fiche de paie des fonctionnaires et autres contractuel en 1971, quand le président Ahmadou Ahidjo décide de verser 90 fr par avant à chaque mère, c’est aussi à cette date le 25 janvier 1971 que madame Delphine Tsanga (Zanga Tsogo) la première infirmière camerounaise entre au gouvernement au poste de ministre-adjoint de la santé publique et de la population. Le Cameroun doit à cette femme de nombreux combats qui ont fait évoluer le statut de la femme camerounaise. C’est Delphine Tsanga aussi qui décidera aussi le 30 juin 1975 alors que Paul Biya devient premier ministre, d’attribuer une médaille du mérite camerounais à toute femme ayant fait 10 enfants. Ceci a été effectif jusqu’à sa sortie du gouvernement le 7 juillet 1984.

Bien qu’inscrite dans les traditions camerounaises, bien que portée par madame la ministre Delphine Tsanga, dès 1984, la fête de la femme ou de la mère va entrer dans une longue hibernation bien que les gouvernements successifs au Cameroun aient continué à être pro-natalistes. Il faut donc attendre les années 2000 pour que le courant venu d’Europe et essentiellement de la France, avec la mondialisation s’empare des foyers, de quelques écoles pour que la « fête des mères » entre progressivement dans les mœurs depuis les villes vers les campagnes. Nous continuons cependant à attendre que soit instaurer véritablement la « journée nationale des mères » et c’est peut-être un clin d’oeil que nous faisons à madame la ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa.

Dans la loi

On pourrait donc voir cette fête inscrite dans la loi de la République afin de la fixer et en faire une une journée républicaine émancipée de la tutelle culturelle de l’occident et ce n’est pas à Delphine Tsanga née en 1935 de mener à nouveau ce combat ! Aux Etats-Unies, il existe une fête des mères, elle est née et est célébrée le deuxième dimanche du mois de mai et ce depuis 1907, date du décès de la maman de l’activiste Anna Jarvis de Philadelphie. Elle a milité et obtenu du président Woodrow Wilson en 1974 qu’un amendement soit inscrit dans la Constitution américaine. Cependant, Anna Jarvis a affirmé par la suite regretter le commerce des fleurs et des cartes de vœux qui s’est développé pour célébrer cette journée particulière. Notre fête des mères camerounaise s’est probablement

nourrie par la suite de cette version anglo-saxonne un peu plus commerciale…désincarnée de nos traditions. Depuis 46 c’est la première fois que je ne décroche pas mon téléphone, qu’au bout de la ligne je n’entends pas la voix toujours vivante de celle qui nous a donné la vie, à mon frère, à mes 8 sœurs et à moi, Sabine Mengue Embolo Minlo épouse Essomba la princesse Sindono ma tendre maman, elle s’est éteinte le 18 août 2017. Bonne fête des mères à toutes.

27mai
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