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Cameroun, Kiosques: J'achète ? “¦ Je n'achète pas :: CAMEROON
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  • L'Essentiel Du Cameroun : Désiré Trésor Mbouné
  • vendredi 01 décembre 2017 16:05:38
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Cameroun, Kiosques: J'achète ? “¦ Je n'achète pas :: CAMEROON

Acheter le journal au Cameroun est une gymnastique à laquelle se livrent quotidiennement de nombreux citoyens qui n’arrivent pas toujours à inscrire cette « dépense » dans leurs budgets. 

Il est 15h30 ce vendredi 17 novembre dans la ville de Yaoundé. Monsieur Aristide Tchemedjieu, enseignant au Cetic de Ngoa-Ekellé s’arrête comme toutes les après-midi au sortir des cours, devant le kiosque de vente de journaux qui jouxte en contre bas l’entrée de l’établissement secondaire. Il y retrouve une quinzaine de personnes qui n’ont d’yeux que pour les journaux classés en 10 lignes verticales d’une
dizaine de titre chacune. 

L’atmosphère ici est vivante.

Les « lecteurs présumés » forment de manière presqu’inconsciente, deux rangs horizontaux devant le kiosque. Le premier est réservé à ceux des lecteurs qui sont solvables, c’est-à-dire qui ont généralement de quoi se payer un journal en fonction de la pertinence de celui-ci, ou plutôt de sa première de couverture, tant entendu que l’un n’implique pas systématiquement l’autre. Ce rang, habituellement moins long et plus silencieux que l’autre, est généralement constitué de fonctionnaires de retour du travail qui scrutent avec minutie le plus de détails possible, avant de débourser la belle somme de 400 Fcfa que coûte la majorité des titres de journaux en kiosque au Cameroun.

La deuxième rangée constituée de lecteurs de titres, est généralement plus longue et moins stable que la première. Ici les gens vont et viennent sans cesse, mais n’achètent pas de journaux. Paradoxalement plus critiques, les passants qui y sont stationnés, et qui ne lorgnent les journaux que de profil se feignent derrière des interrogations rhétoriques pour légitimer le fait de saturer l’espace public et d’agacer le kiosquaire nerveux assis à l’entrée de son boxe. La tactique pour dissimuler la supercherie est connue. À l’arrivée, il lance dans l’air un, « Les gens là disent encore quoi sur Paul Biya aujourd’hui ? » deux minutes après ce sera : « Ekieu le remaniement là est toujours en route hein ? » et lorsqu’il a remarqué le regard menaçant du kiosquaire, la porte de sortie devient « Ceux-ci ont cherché sur quoi ils vont écrire ils n’ont pas vu ? » et le tour est joué.

C’est à cela que ressemble la vie devant un kiosque, le lieu où inconditionnels, lecteurs solvables et passant se retrouvent, certes chacun avec son objectif, mais dans le but ultime de sanctionner le travail du journaliste de presse écrite. En ont-ils la légitimité ? Certainement. Ont-ils qualité à le faire ? Peut-être bien, peut-être pas. Tout compte fait, c’est dans leurs mains que viennent échouer tous les journaux, une fois qu’ils ont traversé chutes et cascades en rédaction et à l’imprimerie et lorsque les directeurs de publications ont réussi le chemin de croix que représente désormais la distribution, maintenant que Messapresse a plié bagage.  

01déc.
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