Déploiement américain… L’Oncle Sam dépose ses valises au Cameroun
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Déploiement américain… L’Oncle Sam dépose ses valises au Cameroun :: CAMEROON

Les Etats-Unis viennent de décider de l’envoi d’un contingent de 300 GI’s sur le sol camerounais.

Une montée en puissance sans précédent qui prend de court les autres partenaires du Cameroun dans le conflit contre Boko Haram, mais qui soulève des interrogations quant aux motivations réelles derrière ce déploiement. Possible mission avancée d’une future base Africom du Pentagone. Mercredi dernier, dans une correspondance adressée à la Chambre des représentants, le président américain informe le congrès que son administration vient de décider de l’envoi de 300 militaires au Cameroun, pour appuyer les forces locales contre l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest, la dénomination officielle de la secte d’insurgés islamistes nigérians, depuis que l’Etat islamiste en Irak et au Levant a accepté l’allégeance de Boko Haram. La note d’information de Barack Obama, précise que 90 soldats de ce contingent sont déjà au Cameroun. Une mission avancée pour préparer l’arrivée du gros des hommes.

Sur la forme, tout a été respecté. « Les militaires américains que [nous] avons commencés à déployer au Cameroun, le sont à l’invitation du gouvernement camerounais, et vont travailler en coordination avec ce gouvernement », déclare Josh Earnest, le porte-parole de la Maison blanche. Ce déploiement, prévu de longue date selon les officiels américains, fait partie d’un vaste programme de coopération militaire engagé depuis que le Cameroun est aux prises avec les bandes armées venus du Nigéria voisin. « Depuis le début de l'année, des instructeurs américains formaient déjà les hommes du Bataillon d'intervention rapide (Bir) à l'utilisation des drones Cam er.be. Les soldats d'élite de l'armée camerounaise utilisent en effet déjà ces moyens modernes de surveillance. Par ailleurs, les soldats américains ont aussi formé leurs homologues camerounais au déminage », rapporte Rfi, qui cite une source sécuritaire anonyme du Cameroun. Et le cahier de charge des GI’s est précis et concis : « missions de renseignement et de reconnaissance aérienne », selon le porte-parole de la Maison blanche. Partis pour rester 300 hommes pour des missions de renseignement et de reconnaissance aérienne.

Le nombre émeut dans les chaumières et les salons huppés, où une aussi forte présence militaire étrangère alimente les théories les plus loufoques. « Il faut comprendre, explique un officier camerounais sous anonymat, que tous ces soldats ne sont pas destinés à une seule mission. Certains ont des missions de protection, d’autres d’instruction, et une autre partie va assurer le maniement des engins de surveillance ». Le militaire ajoute que « le gouvernement américain a insisté pour que ce soient ses propres unités qui assurent la protection de la mission Ca mer.be. Vous le savez très bien, l’opinion publique américaine est très exigeante pour ce qui est de la vie de ses soldats, et verrait d’un très mauvais œil que l’un de ses hommes soit capturé ou tué par l’ennemi Camer.be». La correspondance du président Obama au congrès met d’ailleurs un point d’honneur dessus : « Ils [les soldats américains] sont armés, mais ils sont armés pour leur protection et pour assurer la sécurité des troupes. Ils n’ont pas de mission de combat », a expliqué Josh Earnest. Cependant, pour ce haut gradé, « il est difficile pour une armée de se déployer ainsi dans un pays étranger et de repartir totalement ». Pour autant, dans un contexte marqué par l’exaspération des sentiments nationalistes, et des expériences vécues sur d’autres théâtres d’opération, la présence militaire américaine au Cameroun est diversement appréciée.

Car le fait est en lui seul inédit : c’est en effet, d’après les experts, la première fois que le pays accueille une intervention militaire étrangère. Sous anonymat, un officier auditeur de l’école de guerre de Simbok à Yaoundé analyse : « la durée de la mission n’a pas été précisée, ce qui peut signifier que les Américains sont partis pour rester ». Il ajoute que « le Cameroun bénéficie d’une position géographique charnière, dans le Golfe de Guinée qui lui permet d’être non seulement une jonction entre les régions Afrique de l’Ouest et Afrique centrale et australe, mais aussi de permettre une projection vers l’intérieur du continent à partir de son littoral. C’est d’ailleurs pour cela que cette mission sera basée à Douala, pour le Golfe de Guinée, et à Garoua pour l’hinterland».

Où certains voient le géant américain prendre progressivement pied dans la sous-région Afrique centrale, pour y défendre des intérêts bien identifiés, d’autres par contre, à l’instar de Wilfried Nzokou, chercheur associé au Centre de recherche d’études politiques et stratégiques (Creps) de l’Université de Yaoundé II-Soa, spéculent sur le souci de juguler l’influence d’un autre partenaire du Cameroun : la Russie, dont la coopération dans le domaine militaire s’est accrue avec le pouvoir de Yaoundé. La Fédération de Russie s’est illustrée ces derniers mois par une fourniture tous azimuts de matériel militaire destiné aux forces de sécurité et de défense. Comme illustration de ce partenariat, la réception de nouveaux hélicoptères MI-24 attendue dans les prochains jours Camer.be. Pour le chercheur, le Cameroun est devenu un autre glacis entre Américains et Russes, qui s’affrontent déjà par procuration sur d’autres champs de bataille tels que la Syrie. Pour l’heure, la présence militaire américaine est appréciée à sa juste valeur dans les milieux de la sécurité et de la Défense, de même que dans les chaumières, où l’on entrevoit déjà une issue rapide à la guerre contre Boko Haram. Même s’il reste que les Américains ne se sont pas montrés prompts à voler au secours du Nigeria pour la même cause. Nigeria où a germé le cancer Boko Haram.

© Le Messager : Ludovic AMARA

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