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© Camer.be : Paul Moutila
- 14 Sep 2026 16:28:28
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Sans le FMI, le budget 2027 du Cameroun vacille
Le Cameroun espère 300 milliards FCFA du FMI pour boucler son budget 2027. Sans accord, les finances publiques s'exposent à un risque majeur.
Avec un déficit projeté à plus de 1 000 milliards FCFA, Yaoundé parie sur un nouveau programme du FMI. Mais Moody's s'inquiète et les négociations traînent.
Le Cameroun a inscrit 300 milliards de FCFA dans son budget 2027. Cet argent n'existe pas encore. Il dépend d'un accord avec le FMI qui n'a pas été signé.
Le déficit budgétaire projeté pour 2027 s'élève à 1 018 milliards de FCFA. Les 300 milliards attendus du FMI en couvriraient près de 30 %.
Mais les négociations piétinent. Et Moody's vient de confirmer la note Caa1 du Cameroun, synonyme de risque de crédit très élevé.
L'argent qui manque au budget 2027
Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029, élaboré par le ministère des Finances et présenté au Parlement dans le cadre du Débat d'orientation budgétaire, le confirme : « le bouclage financier des budgets des exercices 2027 à 2029 repose sur des appuis budgétaires attendus de la conclusion d'un nouveau Programme économique et financier avec le FMI ».
Traduction : le gouvernement camerounais a déjà intégré dans ses prévisions un argent qu'il n'a pas encore obtenu. Les 300 milliards de FCFA attendus du FMI représentent 9,5 % des besoins globaux de financement pour 2027, évalués à 3 161,5 milliards de FCFA.
Rapportés au seul déficit budgétaire projeté à 1 018 milliards ces appuis pèsent près du tiers.
Le DPEB qualifie l'absence d'accord de « risque majeur » pour la soutenabilité des finances publiques à moyen terme. Le mot est lâché.
Un précédent programme qui s'est éteint en juillet 2025
Le Cameroun sort d'un cycle d'assistance ouvert en 2021 avec la Facilité élargie de crédit et le Mécanisme élargi de crédit, complétés par la Facilité pour la résilience et la durabilité. En juillet 2025, le FMI a conclu les huitièmes revues des deux premiers accords.
Entre 2017 et 2025, ces programmes ont permis au Cameroun de mobiliser environ 2 600 milliards de FCFA d'appuis budgétaires, selon le ministère des Finances. Quarante et un repères structurels ont été atteints, affirme Yaoundé.
Mais le robinet s'est fermé. Et depuis, le ministère des Finances plaide pour la reconduction d'un partenariat.
« Nous ne les aurions plus en cas de non-conclusion d'un nouveau programme avec le FMI. Cela signifie qu'il faudrait trouver d'autres ressources. C'est pourquoi nous estimons nécessaire d'ouvrir une réflexion sur un nouvel accord », a déclaré Louis Paul Motazé, ministre des Finances, à l'issue du Conseil de cabinet du 30 octobre 2025.
Le blocage : un arbitrage présidentiel qui n'arrive pas
Les négociations avec le FMI ne sont pas rompues. Elles sont bloquées.
Le Premier ministre Joseph Dion Nguté a renvoyé la décision d'ouvrir formellement les négociations à la présidence de la République. L'arbitrage de Paul Biya est attendu. Il ne vient pas.
Ce retard a des conséquences concrètes. Moody's, dans sa note du 21 août 2026, pointe explicitement « l'incertitude politique et les retards dans la prise de décision du gouvernement » qui ont « ralenti l'exécution du budget et les progrès des négociations avec le FMI ».
Le FMI lui-même, dans le communiqué de la consultation au titre de l'article IV publié en février 2026, avait déjà alerté sur « des pressions budgétaires et de la dette croissantes ».
Moody's confirme le Caa1 et abaisse sa prévision de croissance
Le 21 août 2026, Moody's a confirmé la note souveraine du Cameroun à Caa1, avec perspective stable. Le Caa1 est le septième échelon de la catégorie spéculative. Il signifie que l'emprunteur présente un risque de crédit très élevé.
L'agence pointe « des conditions de liquidité tendues », compte tenu de « la saturation du marché régional de la dette de la CEMAC ». Elle évoque aussi « la vulnérabilité aux chocs sur les cours mondiaux du pétrole, les dépenses de sécurité non budgétisées et la fragilité financière des entreprises publiques ».
Moody's a revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026, à 3,4 %. L'agence anticipe un déficit budgétaire à 2,5 % du PIB et une dette publique autour de 45 % du PIB après la prise en charge des engagements de la compagnie nationale d'électricité.
Un autre signal inquiète : Moody's a abaissé le score de solidité institutionnelle et de gouvernance du Cameroun, de B3 à Caa1. L'agence cite « les mauvaises performances selon les indicateurs mondiaux de gouvernance » et « des antécédents de défauts sur la dette ».
La CEMAC dans l'équation
Les appuis budgétaires du FMI ne servent pas uniquement à équilibrer les finances camerounaises. Ils contribuent au renforcement des réserves de change de l'ensemble de la zone CEMAC.
Ces avoirs en devises sont centralisés dans un compte d'opérations ouvert au Trésor français, conformément aux accords liant les six pays de la CEMAC à la France. Ce mécanisme assure la solidarité monétaire régionale : un pays peut temporairement puiser dans les réserves d'un autre pour honorer ses paiements extérieurs.
Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a alerté sur « une baisse accélérée des réserves de change entre juin et août 2025 », due notamment à la diminution des appuis budgétaires dans un contexte de fin de programmes avec le FMI.
L'interruption des appuis fragiliserait donc non seulement l'équilibre budgétaire du Cameroun, mais aussi celui de toute la sous-région. Le Cameroun, locomotive économique de la CEMAC, figure parmi les principaux contributeurs au compte d'opérations.
Par ailleurs, les programmes soutenus par le FMI dans la CEMAC nécessitent des garanties au niveau régional, notamment sur la coordination des politiques budgétaires et monétaires. La revue commune des politiques de la CEMAC, initialement prévue en décembre 2025, a été reportée en raison de « l'insuffisance de coordination entre les politiques budgétaires nationales et la stratégie régionale », selon les autorités.
Ce que le Cameroun devrait faire sans le FMI
En cas de non-conclusion du programme, le gouvernement devrait compenser les 300 milliards attendus par « davantage d'emprunts, une mobilisation supplémentaire de ressources intérieures, des prélèvements plus importants sur sa trésorerie ou une réduction de certaines dépenses ».
Le DPEB prévoit déjà un emprunt extérieur d'environ 1 000 milliards de FCFA, après une opération de même ampleur programmée en 2026.
Le ministère des Finances relève « le renchérissement des ressources sur le marché intérieur, le niveau élevé des taux d'intérêt et la profondeur encore limitée du marché financier domestique ». Ces contraintes réduisent les marges de manœuvre.
Le Cameroun est à la croisée des chemins. D'un côté, il a besoin du FMI pour boucler son budget et maintenir la stabilité de la zone CEMAC. De l'autre, l'arbitrage politique tarde.
Moody's résume la situation : le principal risque pour la note souveraine du Cameroun « n'est pas la taille de sa dette, mais la capacité du gouvernement à lever des liquidités et à honorer ses paiements à temps ».
La question n'est plus de savoir si le Cameroun a besoin du FMI. Elle est de savoir quand il obtiendra l'accord et ce qu'il devra concéder pour l'obtenir.
Pourquoi le Cameroun a-t-il besoin du FMI en 2027 ?
Parce que son déficit budgétaire projeté dépasse 1 000 milliards FCFA et que ses besoins globaux de financement atteignent 3 161,5 milliards. Les 300 milliards attendus du FMI couvriraient près de 30 % du déficit.
Que signifie la note Caa1 attribuée au Cameroun ?
C'est une note de crédit très spéculative. Elle signifie que le pays présente un risque élevé de ne pas honorer ses dettes. C'est la septième note la plus basse sur l'échelle de Moody's.
Combien le Cameroun a-t-il reçu du FMI entre 2017 et 2025 ?
Environ 2 600 milliards de FCFA dans le cadre de deux programmes successifs, selon le ministère des Finances.
Le Cameroun peut-il se passer du FMI ?
Techniquement, oui, mais à un coût élevé. Il devrait emprunter davantage sur les marchés, puiser dans ses réserves ou réduire les dépenses publiques dans un contexte déjà tendu.
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