Atanga Nji : « Paul Biya connaît le Cameroun mieux que chacun »
CAMEROUN :: SéRAIL

Atanga Nji : « Paul Biya connaît le Cameroun mieux que chacun »

Dans une tribune au Guardian Post, Paul Atanga Nji défend le droit de Paul Biya à choisir seul le vice-président et qualifie de « chasse aux sorcières » les critiques sur cette réforme.

Alors que les spéculations sur l'identité du futur vice-président agitent la classe politique camerounaise, le ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji publie une tribune incendiaire dans The Guardian Post pour défendre les prérogatives présidentielles et mettre fin aux controverses.

Le 7 septembre 2026, Paul Atanga Nji a publié une tribune dans The Guardian Post. Son message est sans ambiguïté : « Quiconque prétend aimer le Cameroun davantage que le chef de l'État est un charlatan ».

Le ministre de l'Administration territoriale ne mâche pas ses mots. La réforme constitutionnelle créant le poste de vice-président a été adoptée à une « très large majorité » par le Parlement et promulguée par le chef de l'État. Alors pourquoi tant de polémiques ?

La réponse est dans la question que tout le Cameroun se pose : qui sera le prochain vice-président ? Le fils du président ? Son beau-fils ? Un fidèle du régime ? Atanga Nji répond : ce n'est pas à nous de décider.

DE LA PROMESSE DE 2025 À LA LOI DE 2026

Le 6 novembre 2025, Paul Biya s'engage

Tout commence le 6 novembre 2025. Ce jour-là, Paul Biya, 93 ans, prête serment pour un huitième mandat à la tête du Cameroun. Devant le Parlement réuni en séance solennelle, le président déclare : « Nous devons également soumettre au Parlement certaines réformes qui permettront à l'État de fonctionner plus efficacement, en adaptant nos institutions aux exigences de notre environnement ».

Cette promesse, Paul Biya la tiendra. En mars 2026, il saisit le Parlement d'un projet de loi constitutionnelle portant création du poste de vice-président.

L'adoption par le Parlement : un vote sans surprise

Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais, réuni en session conjointe à Yaoundé, adopte la révision constitutionnelle. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 200 voix pour, 18 contre, 4 abstentions. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir depuis 1982, domine l'Assemblée nationale. Le texte est promulgué par le président le 14 avril 2026.

Le nouveau vice-président sera nommé directement par le chef de l'État et non élu. En cas de vacance du pouvoir décès, démission ou incapacité du président il achèvera le mandat en cours. Une fonction supprimée en 1972, réintroduite 54 ans plus tard.

LES CONTESTATIONS : ENTRE « COUP D'ÉTAT INSTITUTIONNEL » ET RECOURS INTERNATIONAUX

L'opposition monte au créneau

Dès l'adoption du texte, les critiques fusent. Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), dénonce un « coup d'État institutionnel et constitutionnel ». L'opposition pointe du doigt le caractère nommé du vice-président, qui, selon elle, « affaiblit la légitimité démocratique et ouvre la porte à un transfert de pouvoir non électif ».

Issa Tchiroma Bakary, autre figure de l'opposition en exil en Gambie, rejoint le concert de critiques. Le Social Democratic Front (SDF) estime que l'amendement « ne garantit pas la légitimité démocratique, l'inclusivité et l'équilibre institutionnel ».

La saisine de l'Union africaine

Le MRC ne s'arrête pas aux déclarations. Le parti de Maurice Kamto saisit l'Union africaine pour dénoncer ce qu'il appelle un « changement anticonstitutionnel du gouvernement ». L'opposition craint que ce mécanisme ne « normalise une succession non élective au sommet de l'État camerounais ».

L'International Crisis Group met en garde

L'International Crisis Group (ICG) s'est également exprimée. L'organisation estime que la réforme « pourrait exacerber les tensions entre les factions rivales au sein de l'élite dirigeante, dans un contexte de spéculations intenses sur l'identité du successeur de Paul Biya ».

LA TRIBUNE D'ATANGA NJI : « PAUL BIYA CONNAÎT LE CAMEROUN MIEUX QUE CHACUN D'ENTRE NOUS »

Une défense en règle des prérogatives présidentielles

C'est dans ce climat de tensions que Paul Atanga Nji publie sa tribune le 7 septembre 2026 dans The Guardian Post. Le ministre, qui a eu le privilège de présenter le texte devant le Parlement, y défend point par point la réforme.

Son argumentaire repose sur un principe constitutionnel : le président de la République nomme aux emplois civils et militaires et peut relever de leurs fonctions les personnes nommées à tout moment. Vouloir imposer au chef de l'État un nom, un profil ou un calendrier de nomination constituerait, selon lui, une ingérence dans ses prérogatives constitutionnelles.

« Le Cameroun, maître de son destin »

Atanga Nji rejette également l'idée d'importer mécaniquement des modèles étrangers. « Pourquoi le Cameroun devrait-il se préoccuper de ce qui se passe ailleurs ? » interroge-t-il. Il rappelle que Paul Biya avait déjà averti : « Le Cameroun est un pays maître de son propre destin, qui ne suit pas aveuglément les autres sans tenir compte de ses propres réalités ».

L'hommage à 37 ans de loyauté

Le ministre s'appuie également sur son ouvrage publié en septembre 2025, 37 Years of Unwavering Loyalty to the Head of State. Un livre qui retrace son parcours et son « dévouement indéfectible » envers le chef de l'État. Une manière de rappeler que sa défense du régime n'est pas une posture, mais l'œuvre d'une vie.

La formule qui fait polémique

Mais la phrase qui retient l'attention, celle que les réseaux sociaux s'arracheront, c'est celle-ci : « Quiconque prétend aimer le Cameroun davantage que le président Paul Biya est un charlatan ». Une déclaration qui ne laisse aucune place à l'ambiguïté.

LES CANDIDATS POTENTIELS : QUI SERA LE VICE-PRÉSIDENT ?

Les trois favoris

Plusieurs noms circulent dans les couloirs du pouvoir :

- Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, détenteur du « pouvoir de signature »
- Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration territoriale, auteur de la tribune
- Louis-Paul Motazé, ministre des Finances

L'hypothèse dynastique : Franck Biya et Franck Hertz

Mais la rumeur la plus persistante concerne les deux fils du président : Franck Biya, fils de la défunte première dame Jean-Irène Biya, et Franck Hertz, fils de l'actuelle première dame Chantal Biya. The Guardian évoque une possible « création d'un système dynastique qui transférerait le pouvoir à son fils ou à son beau-fils ».

Franck Biya a officiellement rejoint le RDPC en novembre 2023. Franck Hertz, homme d'affaires membre du conseil d'administration de Tradex, accompagne régulièrement le président dans ses déplacements à l'étranger.

Une nomination encore à venir

À ce jour, aucune nomination n'a été officialisée. Des rumeurs d'avril 2026 annonçant la nomination de Franck Biya ont été démenties par les autorités camerounaises.

PERSPECTIVE CE QUE LA VICE-PRÉSIDENCE CHANGE POUR LE CAMEROUN

Une réforme majeure depuis 2008

Cette révision constitutionnelle est la plus significative depuis 2008. Elle modifie l'architecture de l'exécutif camerounais et sécurise la transition au sommet de l'État.

Un enjeu de succession

À 93 ans, Paul Biya est le plus vieux chef d'État du monde. La question de sa succession longtemps taboue est désormais au cœur du débat public. La vice-présidence est une réponse institutionnelle à cette interrogation.

Entre stabilité et dérive monarchique

Les autorités présentent cette évolution comme un facteur de stabilité. Les opposants y voient une « dérive monarchique du pouvoir ». Le barreau du Cameroun a mis en garde contre une réforme qui « érode la légitimité démocratique du bureau présidentiel ».

 L'HEURE DES CHOIX

La tribune de Paul Atanga Nji ne mettra pas fin aux spéculations. Mais elle rappelle une réalité institutionnelle : au Cameroun, le président nomme. Et il nommera seul.

Reste la question que tout le pays se pose : qui ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Alors que la communauté internationale observe, que l'Union africaine est saisie et que l'opposition dénonce un « coup d'État institutionnel », le Cameroun retient son souffle.

« Paul Biya connaît le Cameroun mieux que chacun d'entre nous », affirme Atanga Nji. Les Camerounais jugeront.

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