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© Camer.be : Onana Nestor
- 15 Sep 2026 00:47:17
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Cameroun - Danwe : « Eko Eko doit assumer sa part de responsabilité »
Justin Danwe affirme avoir reçu l'ordre de l'opération avant le 29 décembre 2022 et appelle Maxime Eko Eko à assumer sa part de responsabilité dans l'affaire Zogo.
Le lieutenant-colonel Danwe a confronté le colonel Otoulou sur la chronologie des ordres et la chaîne de commandement au sein de la DGRE.
Justin Danwe ne lâche rien. Le lieutenant-colonel, principal accusé dans l'affaire Martinez Zogo, a profité de l'audience criminelle spéciale du lundi 14 septembre 2026 pour livrer une version qui bouscule la chronologie établie. Selon lui, l'ordre de l'opération visant le journaliste d'Amplitude FM lui aurait été transmis avant sa rencontre du 29 décembre 2022 avec Jean-Pierre Amougou Belinga.
« Je n'ai pas de réponse », a lâché le colonel Otoulou lorsque Danwe l'a interrogé sur la possibilité que des éléments de la DGRE aient pu tuer le journaliste puis abandonner son corps sur une route accessible.
Une phrase. Et un vide.
La question qui a tout changé
Le colonel Jean-Pierre Otoulou était attendu. Depuis des mois, il livre un témoignage à charge contre Amougou Belinga, Eko Eko et Danwe devant le Tribunal militaire de Yaoundé.
Mais ce lundi, c'est Danwe qui a mené l'interrogatoire. L'ancien directeur des opérations de la DGRE a posé une question simple : « Saviez-vous qu'avant ma rencontre avec Amougou Belinga le 29 décembre 2022, j'avais déjà reçu l'ordre d'une opération visant Martinez Zogo ? »
Otoulou a répondu ne pas avoir connaissance de cet élément. Puis, dans un autre échange, il a lâché : « Je n'ai pas de réponse. »
Cette réponse, c'est le trou dans la version officielle.
La chronologie qui dérange
L'accusation repose sur une séquence précise. Danwe aurait rencontré Amougou Belinga le 29 décembre 2022. Deux millions de francs CFA auraient été versés, suivis de deux remises de cinq cent mille. Le total, trois millions, aurait servi à « faire taire » Martinez Zogo.
Mais si Danwe avait déjà reçu l'ordre avant cette rencontre, la logique s'inverse. L'argent ne serait plus le déclencheur. L'opération serait venue d'ailleurs d'une hiérarchie.
Otoulou a confirmé avoir su que Danwe avait rencontré Amougou Belinga ce jour-là. Mais il n'a pas expliqué pourquoi il n'avait pas poussé les investigations sur l'origine de l'ordre initial.
Les avocats entrent dans l'arène
Me Jacques Mbuny, conseil de Justin Danwe, a livré sa lecture de l'audience. Selon lui, son client a « assumé » que certains exécutants avaient agi sous ses ordres. Mais il a posé une distinction : « Celui qui reçoit des ordres en tant que subordonné peut également en recevoir en tant que supérieur. »
Et il a ajouté, pour couper court : « Il n'a jamais été question d'ôter la vie à Martinez Zogo. »
Me Ofomo Toueli, avocat de Léopold Maxime Eko Eko, a répliqué. Pour lui, Danwe a reconnu les actes qui lui sont reprochés. Il serait allé « à une mission personnelle ». Une tentative de déplacer la responsabilité vers le seul Danwe.
La note de service qui change tout
Un document trouble la thèse de l'ordre hiérarchique. Une note de service du 12 novembre 2021, signée par Eko Eko lui-même, retire à Danwe la coordination opérationnelle de la Direction des opérations de la DGRE.
Selon les avocats de l'ancien patron de la DGRE, cette note dépossédait Danwe de tout pouvoir de coordination des opérations. Il ne pouvait plus, en théorie, mettre en mouvement des moyens humains et matériels. L'opération Zogo ne pouvait donc pas provenir d'un ordre institutionnel.
L'avocate Ndjana Ndjana a résumé sa position : « Il n'a jamais, jamais été au courant. »
Otoulou, le témoin qui vacille
Le colonel Otoulou a déjà livré un témoignage accablant en juillet 2026. Il avait affirmé que Danwe avait reconnu : « C'est moi qui ai fait l'opération. » Il avait évoqué la piste du commando professionnel, les caméras de surveillance, les relevés téléphoniques.
Mais ce lundi, son témoignage s'est fissuré sur un point essentiel : la chronologie.
« Je n'ai pas de réponse », a-t-il dit. Une formule qui n'arrange pas l'accusation. Si le principal enquêteur ne peut pas répondre à une question sur la chaîne de commandement, c'est que le dossier a un angle mort.
Ce que le tribunal doit trancher
Le procès doit déterminer qui a commandité l'enlèvement et la mort de Martinez Zogo. Trois hommes sont au centre : Amougou Belinga, l'homme d'affaires qui voulait « faire taire » le journaliste. Eko Eko, le patron de la DGRE qui nie avoir donné l'ordre. Danwe, le directeur des opérations qui reconnaît l'opération mais nie l'assassinat.
La question de la chaîne de commandement est centrale. Si Danwe a reçu l'ordre avant sa rencontre avec Amougou Belinga, la thèse du commanditaire unique s'effondre. Si l'ordre est venu de la hiérarchie, le procès change de nature.
Le tribunal militaire de Yaoundé n'a pas encore rendu son verdict. Les audiences se poursuivent ce mardi 15 septembre 2026.
Qu'a affirmé Justin Danwe à l'audience du 14 septembre ?
Il a soutenu que l'opération visant Martinez Zogo avait été portée à la connaissance de Léopold Maxime Eko Eko, son supérieur hiérarchique, et que l'ordre lui avait été donné avant sa rencontre avec Amougou Belinga.
Pourquoi la date du 29 décembre 2022 est-elle importante ?
C'est la date de la rencontre entre Danwe et Amougou Belinga. Si l'ordre a précédé cette rencontre, l'argent versé ne serait plus le déclencheur de l'opération.
Que dit la note de service du 12 novembre 2021 ?
Elle retire à Danwe la coordination opérationnelle de la DGRE, affaiblissant la thèse selon laquelle il aurait pu lancer une opération sur ordre hiérarchique.
Le procès est-il terminé ?
Non. Les audiences se poursuivent. Aucun verdict n'a été rendu à ce stade.
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