Les vieux présidents africains adorent la Suisse
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AFRIQUE :: Les vieux présidents africains adorent la Suisse

Après le président camerounais Paul Biya, c’est son homologue du Congo-Brazzaville Denis Sassou-Nguesso qui séjourne en toute discrétion sur les bords du Léman

Après les vacances du président camerounais Paul Biya à Genève, un autre chef d’Etat a choisi les rives du Léman comme destination estivale. Ce jeudi, Africa Intelligence, une lettre d’information sur l’Afrique généralement bien informée, confirmait la présence du président du Congo-Brazzaville Denis Sassou-Nguesso, 78 ans, qui cumule trente-sept ans à la tête de l’Etat pétrolier.

Selon cette publication, le vieux chef d’Etat subit depuis deux semaines «une batterie d’examens médicaux» dans une clinique de Montreux. Un séjour très discret. Cette fois, pas de manifestants faisant le siège du palace ou de la clinique, où résiderait le chef d’Etat, comme lors des nombreuses visites du président camerounais Paul Biya à l’hôtel Intercontinental.

C'est depuis le 15 août et la dernière apparition publique du président Denis Sassou-Nguesso lors de la Fête nationale que la capitale Brazzaville et les réseaux sociaux congolais s’interrogent. Dans un premier temps, il a d’abord été dit que le président était venu en Suisse au chevet de son épouse. Mais Antoinette Sassou-Nguesso est réapparue lors d’une messe à Paris vendredi dernier. La photo figurait en première page d’un journal de Brazzaville.

Coordinateur au Congo-Brazzaville de la campagne Tournons la page, qui milite pour l’alternance en Afrique, Brice Mackosso y voit une opération de communication savamment orchestrée par le pouvoir. Il va falloir maintenant déminer les informations sur le séjour médical de Denis Sassou-Nguesso lui-même. La mission diplomatique du pays d’Afrique centrale à Genève était injoignable ce jeudi après-midi.

Les absences du président à cette période de l’année ne sont pas nouvelles. Traditionnellement, le chef d’Etat et ses ministres prennent des vacances après le 15 août et la vie politique reprend début septembre, un peu comme en France. Mais ces dernières années, Denis Sassou-Nguesso se reposait plutôt dans son fief d’Oyo, dans le centre du pays.

Quatrième et dernier mandat?

Réélu en mars dernier avec plus de 88,4% des voix, un résultat contesté en vain par l’opposition, le président aura 83 ans à la fin de son quatrième mandat. «Dans les deux camps, on pense que cela sera son dernier mandat, estime Brice Mackosso. Le président prépare donc sa succession.» En mars dernier, son fils Denis Christel Sassou-Nguesso, 46 ans, a été nommé ministre avec un portefeuille élargi, comprenant la coopération internationale et les partenariats publics-privés.

L’activiste fait état d’un «mécontentement généralisé» dans le pays mais doute que les Congolais osent s’opposer à une succession dynastique. Pour lui, le séjour médical helvétique du président est «scandaleux» au vu de la situation des hôpitaux du pays. «Les investissements débloqués pour la santé sont détournés ou sont très difficiles à suivre, accuse Brice Mackosso, dont l’ONG s’apprête à publier un nouveau rapport sur le suivi des budgets de santé. L’élite politique préfère dépenser l’argent public pour se faire soigner à l’étranger plutôt que d’améliorer le système de santé congolais.» Ce dernier est, selon lui, dans un état «déplorable», à tel point que «les Congolais qui le peuvent vont se faire soigner au Cameroun voisin».

D’autres liens avec la Suisse

La situation financière du Congo-Brazzaville est en effet préoccupante. Depuis la chute du prix du pétrole à cause de la pandémie de covid, le pays parvient de plus en plus difficilement à faire face à ses obligations. «La moitié des cargaisons pétrolières qui partent du Congo servent à payer la Chine et les traders suisses», assène Brice Mackosso. Selon les chiffres du gouvernement, le Congo doit 2 milliards d’euros à la Chine, soit un cinquième de la dette totale du pays, qui représente 98% du PIB, beaucoup trop pour le Fonds monétaire international. Depuis deux ans, l’institution demande une restructuration des dettes bilatérales et privées du pays avant d’envisager d’aider de nouveau Brazzaville. En juin dernier, la Chine s’est dite disposée à rééchelonner les paiements du Congo.

L’entourage du président Denis Sassou-Nguesso profite-t-il de son séjour helvétique pour discuter avec les sociétés de négoce suisses? «Ces entreprises sont moins disposées à lâcher du lest. Car, d’un point de vue économique, les cours du pétrole sont remontés depuis le début de la pandémie et le Congo a aussi augmenté sa production», répond Brice Mackosso. L’hospitalité suisse a des limites.

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