Général Valsero : « Il m ‘a formé à la manifestation, à la citoyenneté »
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Bernard Njonga fait partie des gens dont on ne parle qu’avec des adjectifs. La première fois que je l’ai rencontré, je ne le connaissais pas vraiment. Je l’avais quelquefois vu à la télé et un dimanche, il m’a appelé, je ne sais pas comment il avait eu mon numéro, et il m’a demandé de travailler avec lui. Je ne savais pas qu’il suivait ce que je faisais. Je l’ai rencontré dimanche et lundi j’étais le chef du département mobilisation et manifestation de l’ACDI. Il m’a formé pour ça. C’était un fonceur. Il nous montrait même des techniques pour supporter les coups des policiers. On ne peut pas parler de Bernard Njonga sans mentionner le mot courage. Je n’ai pas vu un acteur de la société civile camerounaise qui a pris plus de coups que lui.

Bernard Njonga c’est quelqu’un qui aimait profondément les Camerounais. Son grand rêve était que chaque Camerounais ait quelque chose à manger à sa table, que chaque paysan ait de l’argent dans sa main. C’était un amoureux de la terre, du monde rural. S’il y a des gens qui ont perdu quelqu’un aujourd’hui, ce sont les paysans. Bernard Njonga n’appartenait pas à sa famille. La société civile camerounaise a perdu son acteur le plus puissant, le plus déterminé, le plus courageux… Il était contagieux. Il pouvait vous contaminer avec son sourire, son amour pour la terre. Grâce à lui j’ai appris à aimer la terre, les paysans.

Si j’ai aujourd’hui l’amour que j’ai pour les Camerounais, c’est parce que j’ai été à la meilleure école. C’est lui qui m’a formé à la manifestation, à la citoyenneté, à l’engagement citoyen. Il m’a appris à ne pas penser qu’à moi, mais aussi aux autres, à donner sa sueur pour les autres. Il nous a appris à penser collectif, à penser aux plus petits. Il n’était pas quelqu’un de clivant et c’est pour ça qu’il n’a pas pu trouver sa place dans l’univers politique camerounais. Il avait une grosse personnalité. Il m’a formé, il m’a éduqué. C’était un maître. Ensemble, on a fait le pas de la société civile à la politique. En 2014, nous avons créé Croire au Cameroun (Crac). Il était le président et j’étais son secrétaire général. Il était capable de prendre quelqu’un comme moi qui ne suis pas un grand universitaire et en faire un haut cadre. Il ne voyait pas les diplômes, il prenait les gens en fonction des actes qu’ils posent au quotidien.

En fait, il ne se voyait pas vraiment comme un homme politique. Il avait du mal à dire qu’il a créé un parti politique, mais c’était la voie à emprunter pour mettre ses idées en œuvre. C’était quelqu’un de complexe, de complètement différent. Il pouvait aimer la vie, les belles choses, les beaux vêtements, jouer au tennis : C’était un bon vivant et ça aussi j’ai adoré. Il prenait beaucoup de plaisir à vivre. Il avait une capacité de lobbying forte. C’est triste. Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers.

Est-ce qu’on en aura un autre ? Je ne sais pas, mais Bernard Njonga a formé beaucoup de gens. Il avait la foi, c’était un grand amoureux du Cameroun et des Camerounais. Il n’y avait pas de tribalisme chez lui. Grâce à lui j’ai connu le Cameroun profond. Il aimait tellement le Cameroun profond qu’il était capable d’aller voir tout Camerounais aussi loin qu’il se trouve. Il laisse l’Acdic, le Saild, La Voix du paysan… C’est beaucoup ! Si chaque Camerounais faisait seulement le 1/5 de ce que Bernard Njonga a fait pour le Cameroun, il y a longtemps que le Cameroun aurait atteint son émergence. On serait déjà en train de nourrir les autres pays.

Il y a des gens parmi ceux qui travaillaient avec lui qui ont vu Bernard Njonga comme un patron. Très peu ont vu l’homme dans son amour pour le Cameroun. Ce n’était pas un distributeur d’emplois, c’est quelqu’un qui avait une vision plus grande que recruter une secrétaire. Il a été déçu, car il n’a pas été écouté par le gouvernement. Il a fait de nombreuses propositions afin qu’on ne puisse plus importer le riz ou le blé. Il allait jusqu’à vérifier la propreté des ministères !

Nous n’avons pas tous été égoïstes. Bernard Njonga n’a pas été égoïste. Il a montré qu’on pouvait être grand sans tout voler. Le Cameroun a perdu un grand homme, un génie, une grosse boîte à idées pour son développement. Aujourd’hui, je suis triste.

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