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Cameroun: Pr. Kamto et Le drame ethnofasciste à Yaoundé :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : CL2P
  • mardi 12 février 2019 10:30:00
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Cameroun: Pr. Kamto et Le drame ethnofasciste à Yaoundé :: CAMEROON

Il est un paradoxe qu’un homme qui pourrait être un exemple parfait de la démocratie méritocratique camerounaise est maintenant en prison et présenté comme un épouvantail tribal par le régime dictatorial de Yaoundé qui a depuis longtemps choisi de tribaliser toutes les compétitions politiques légitimes dans le pays. Pour un intellectuel internationalement reconnu et pragmatique de renommée mondiale, être de la sorte acculé voire coincé dans la politique identitaire promue par un régime ethno-fasciste est certainement une cause de désespoir, d’être ainsi dépeint et caricaturé par un régime tyrannique qui veut transformer le Pr. Maurice Kamto en ce qu’est fondamentalement la dictature de Paul Biya: un péché fasciste.

Le CL2P est profondément et naturellement indigné par cette manière biaisée et déformée dont le régime de Yaoundé gère le dossier Kamto et doit faire une fois de plus constater, preuves à l’appui, que comme d’autres prisonniers politiques reconnus par notre organisation, ce processus de discrédit illégitime par la tribalisation de la compétition politique menace d’être indéfiniment prolongé, faisant d’eux, des prisonniers politiques condamnés à vie.

Comment en sommes-nous arrivé là au Cameroun?

Premièrement, nous devons reconnaître que le tribalisme est un drame d’émotion publique, en particulier avec la perception ancrée dans l’inconscient général que certaines formes de droits pourraient être violées par le fait du prince, dont les droits civils et politiques. Cet état affectif exprime une profonde résistance aux changements. Dans cette forme d’inégalité, l’idée que certaines tribus ne se comportent pas bien, et sont «arrogantes » ou « gourmandes » et devraient donc s’exposer à la violence d’État sous une forme de génocide n’émeut même plus grand monde dans le milieu intellectuel et politique camerounais. En effet ces tribus ont toujours été objectivées au lieu d’être vues et reconnues comme des citoyens souverains à part entière. Elles sont donc coincées dans un endroit que Frantz Fanon appelle «des zones de non-être» où sont enfermés les Bamilékés depuis la colonisation au Cameroun. Et souvent pour éviter de même les nommer ou les citer, ils sont abreuvés de pseudonymes (Bosniaques, Juifs…), laissant entendre en filigrane qu’ils ne peuvent en aucune manière faire preuve d’humanité.

L’ironie de nos jours est qu’il n’existe pas davantage d’empathie, non plus, pour les Camerounais ordinaires des autres régions, notamment ceux qui viennent des mêmes régions que le dictateur Paul Biya. En effet le fameux «Boulou-State», théoricé par le Dr. Patrice Nganang, ne fonctionne pas pour l’écrasante majorité des Bulus, et comme l’a clairement démontré le CL2P. Si nous devions suivre la dérive tribaliste de M. Nganang dans sa logique nombriliste de «l’État Boulou», il n’y aurait pas de Fang / Bulu / Beti dans les cachots de Biya (à moins qu’ils les réduisent comme il le fait systématiquement dans la catégories de tous des crapules et des idiots). Pourtant il y en a beaucoup, voire la majorité, parmi ceux que le CL2P reconnaît comme des prisonniers politiques, qui ont emprunté le fameux couloir de la déshumanisation judiciaire et carcérale (voulu boulou par Nganang) depuis l’avénement du régime de Paul Biya, dont le Pr. Titus Edzoa et Michel Thierry Atangana en 1997, etc…

Ainsi, être un Fang-Boulou-Béti, etc., n’a pas épargné ces soi-disant «privilégiés » des cachots de Biya. Aussi, la cabale tribaliste et réactionnaire d’un « Boulou-State » de Biya est un non-argument pour un régime désireux de détruire la démocratie au Cameroun et qui était prêt et est toujours prêt à s’allier à un large éventail de complices consentants d’autres ethnies ou tribus à l’instar de Jean de Dieu Momo ou Paul Atanga Nji, et bien d’autres encore. Ce sont là des faits objectifs.

Les Bamilékés, cependant, peuvent continuer à servir d’épouvantails pour renforcer la logique du « entre nous contre eux». Cette logique permet à l’état ethno-fasciste de ne pas reconnaître ses propres agressions, ségrégations, et autres pratiques discriminantes. De plus, cet état ne peut pas faire face à la dure vérité sur le coût exorbitant de l’oppression institutionnalisée depuis 37 ans et qui est la source de sa propre arrogance, condescendance, et gourmandise. De là l’incapacité qu’il a de faire face à son propre fantasme d’exceptionnalisme.

Tels sont en réalité les Enjeux aujourd’hui:

Le tribalisme sert d’écran de fumée pour dissimuler de véritables empêtrements du pouvoir en place et sa stratégie de déplacement permanent de la responsabilité.

Il n’y a donc aucun moyen de commencer à réfléchir à la façon de régler la situation en rendant de facto des Camerounais ordinaires coupables, au motif que le régime les perçoit et voudrait que nous les percevions comme déloyaux et apatrides.

Ainsi, il devient important de comprendre ce que la chercheuse allemande Hannah Arendt définit comme une politique de «natalité», à savoir le droit d’avoir des droits, qui est l’idée que la naissance de chaque Camerounais lui donne des droits qui ne dépendent pas de l’État. Donc, nous ne pouvons pas continuer à nous laisser diviser cyniquement, mais lutter contre toute forme de division et l’urgence commande de reconnaître le fait que nous n’avons pas d’autre choix que de construire ensemble une société fondée sur l’Égalité et la Justice sociale.

Ce qui aboutit indiscutablement à la réalité que l’emprisonnement de prisonniers politiques reconnus par la CL2P prouve que le Cameroun, en tant que pays, n’a pas réussi à réaliser l’inclusion sociale de tous ses citoyens, tâche qui incombait à la génération qui a suivi le colonialisme. Mais malheureusement, en son absence, aucun autre projet n’est viable dans ce pays.

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques – CL2P

http://www.cl2p.org 

12févr.
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