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© Camer.be : Onana Nestor
- 01 Oct 2026 21:17:13
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Cameroun - Vision 4 : le tribunal annule toutes les sanctions du CNC
Le Tribunal administratif de Yaoundé annule la suspension d'un mois de Vision 4 infligée par le CNC. Une décision qui fragilise l'autorité du régulateur camerounais.
En annulant toutes les sanctions du CNC contre Vision 4, la justice administrative fixe une limite claire : le régulateur peut sanctionner un contenu, un journaliste, une émission, mais il ne peut pas fermer une chaîne. Une jurisprudence qui pourrait redessiner le paysage médiatique camerounais.
Deux jours. Il aura fallu deux jours à la justice pour défaire ce que le CNC avait mis des semaines à construire. Le 29 septembre, le régulateur suspendait Vision 4 pour un mois. Le 1er octobre, le tribunal annulait tout. Entre les deux, un bras de fer que personne n'avait vu venir aussi vite.
Une sanction lourde, une riposte immédiate
29 septembre 2026. Le Conseil National de la Communication, réuni en 48e session extraordinaire à Yaoundé, frappe fort. Il suspend Vision 4 de toute diffusion pour un mois. Il suspend Boni Philippe, directeur général des médias du groupe L'Anecdote, pour un mois également. Il alourdit la suspension du journaliste Martial Owona, déjà sanctionné en juin, la portant de trois à six mois.
Les motifs ? Le CNC reproche à la chaîne de ne pas avoir exécuté une précédente décision du 18 août, d'avoir refusé de déférer à une convocation, et d'avoir diffusé des propos jugés attentatoires à la dignité de Me Félicité Esther Zeifman, avocate des ayants droit de l'affaire Martinez Zogo, dans un reportage du 2 juin 2026.
Le groupe L'Anecdote ne perd pas de temps. Le jour même, il annonce saisir le juge administratif. Son patron, Boni Menyene Philippe, dénonce un « acharnement ». « Le problème maintenant, c'est qu'il n'essaie même plus d'habiller leur acharnement et la façon dont il nous persécute », déclare-t-il à RFI.
Vision 4 RCA : la parade avant la justice
Avant même que le tribunal ne rende sa décision, Vision 4 avait déjà trouvé une échappatoire. Le 30 septembre, la chaîne annonce sur ses réseaux sociaux qu'elle poursuit ses programmes sur Vision 4 RCA, accessible sur le canal 531 de Canal+. « Rien ne change. Vous changez peut-être de Canal… pas de rendez-vous », écrit la chaîne.
Sur son canal 8 de Canal+ Cameroun, le message est tout autre : « La chaîne ne dispose pas de droits de diffusion pour ce programme et nous a donc demandé de l'occulter. »
La manœuvre est habile. Vision 4 RCA n'est pas une création de circonstance. La chaîne, basée à Bangui mais dirigée par des Camerounais et appartenant au même groupe, diffusait déjà certains programmes comme « Club d'Élites » et « Tour d'Horizon » avant la suspension.
Le tribunal tranche
1er octobre 2026. Le Tribunal administratif du Centre rend son ordonnance, signée par son président par intérim. Le numéro : 048/OSE/CAB/PTA/YDE/2026. La requête, déposée par Boni Menyene Philippe et Martial Owona Thaddée, est jugée recevable et justifiée.
L'article 2 du dispositif suspend la décision du CNC dans son intégralité. La signification est faite par huissier au CNC, à Canal+ Cameroun et à Amos Swecom Cameroun. L'effet de la décision attaquée est suspendu dès réception.
Le tribunal relève un vice de forme dans la procédure du CNC : les modalités d'auto-saisine et d'instruction des plaintes, l'absence de convocation régulière d'une des parties, le non-respect du principe du contradictoire.
Mais le juge va plus loin. Selon KOACI, il rappelle deux principes cardinaux : le CNC régule le contenu, il ne retire pas une autorisation d'émettre qu'il n'a pas délivrée. Cette prérogative relève du Mincom, qui délivre les licences. Même en cas de défiance d'un média, le régulateur ne peut s'affranchir du contradictoire et infliger une sanction disproportionnée. Fermer une chaîne nationale pour un refus de convocation est jugé excessif.
Cette lecture des motivations du tribunal n'a pas pu être confirmée par la consultation directe de l'ordonnance. Elle provient de l'analyse publiée par KOACI.
Ce que dit le CNC
Le CNC n'a pas réagi publiquement à la décision. Il n'a pas souhaité commenter. Nous avons tenté de joindre le secrétariat du régulateur dans l'après-midi du 1er octobre. Sans succès.
La décision du tribunal fragilise considérablement l'autorité du régulateur. Ses décisions sont désormais contestées devant les juridictions et, pour l'heure, annulées.
Une jurisprudence qui dépasse Vision 4
Ce n'est pas seulement une victoire pour Vision 4. C'est une décision qui fixe une limite pour tout le paysage médiatique camerounais.
Le CNC peut avertir. Il peut suspendre un journaliste. Il peut suspendre une émission. Mais il ne peut pas fermer une chaîne. C'est ce que dit la justice administrative.
Pour les professionnels des médias, la portée est immense. Jusqu'ici, le régulateur pouvait suspendre une chaîne pour un mois, comme il l'a fait pour Vision 4. Désormais, cette compétence est contestée. Le Mincom, qui délivre les licences, pourrait devenir le seul habilité à retirer une autorisation d'émettre.
Le Syndicat national des professionnels de l'information et de la communication (SPIC) avait déjà pris position contre la suspension, la qualifiant d'« entrave grave au principe fondamental de la liberté de la presse ».
Pourquoi le CNC a-t-il suspendu Vision 4 ?
Le CNC reprochait à la chaîne un reportage diffusé le 2 juin 2026 consacré à Me Félicité Esther Zeifman, avocate dans l'affaire Martinez Zogo. Le régulateur a jugé que ce reportage contenait des propos portant atteinte à la dignité de l'avocate. Il reprochait aussi à Vision 4 de ne pas avoir exécuté une précédente décision du 18 août, d'avoir refusé de déférer à une convocation et d'avoir diffusé des propos de Boni Philippe dans l'émission « Club d'Élites ».
Pourquoi le tribunal a-t-il annulé la suspension ?
Le tribunal a relevé un vice de forme dans la procédure du CNC : l'absence de convocation régulière, le non-respect du contradictoire, les modalités d'auto-saisine. Selon l'analyse de KOACI, il a aussi jugé que le CNC avait excédé ses prérogatives : le régulateur régule le contenu, mais il ne peut pas retirer une autorisation d'émettre. Cette compétence relève du Mincom.
Que va faire Vision 4 maintenant ?
Le groupe L'Anecdote a annoncé le retour de la chaîne sur le canal 8 de Canal+ Cameroun. La signification de l'ordonnance a été faite à Canal+ Cameroun et à Amos Swecom Cameroun. Vision 4 devrait donc reprendre normalement sa diffusion.
Le CNC peut-il faire appel ?
Le CNC n'a pas communiqué sur ses intentions. Il pourrait contester la décision devant une juridiction supérieure. Mais à ce stade, l'ordonnance est exécutoire. Contacté, le CNC n'a pas souhaité réagir.
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