Le journaliste et secrétaire national à la communication du PCRN, Armand Okol, a annoncé ce dimanche 8 novembre 2026 mettre un terme à sa collaboration avec A1 Télévision, invoquant un risque de conflit d'intérêts entre ses responsabilités politiques et ses fonctions de présentateur du « Grand Oral ». Une décision qui relance le débat sur la frontière entre journalisme et engagement partisan au Cameroun.

Dimanche soir, un post Facebook et une décision

La nouvelle est tombée par un statut Facebook. Pas de communiqué de presse, pas de conférence de presse. Juste un texte, publié un dimanche soir, pour annoncer une décision lourde de conséquences. Armand Okol, présentateur vedette de l'émission « Le Grand Oral » sur A1 Télévision, a décidé de mettre un terme à sa collaboration avec la chaîne.

Le motif invoqué : un risque de conflit d'intérêts entre ses responsabilités politiques au sein du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN) et ses fonctions de journaliste.

La décision, si elle est confirmée, n'est pas une surprise pour ceux qui suivent le parcours du personnage. Mais elle marque un tournant.

Un double rôle qui dérangeait depuis longtemps

Armand Okol n'a jamais caché son engagement politique. Secrétaire national à la communication du PCRN, le parti de Cabral Libii, il a occupé des fonctions de premier plan au sein de la formation politique. En avril 2020, Cabral Libii l'avait confirmé comme chef du département communication et directeur de son cabinet. Il a ensuite été de toutes les campagnes, de toutes les batailles, de toutes les prises de parole.

En parallèle, il a continué à exercer comme journaliste. Présentateur sur Bnews1, puis sur A1 Télévision, où il a lancé « Le Grand Oral » en 2026, une émission dominicale de débats qui a rapidement trouvé son public.

Cette double casquette a toujours suscité des interrogations. Comment un homme peut-il interroger des responsables politiques le dimanche matin et défendre les positions de son parti le lundi ? La question n'est pas propre à Armand Okol. Elle traverse le paysage médiatique camerounais, où plusieurs journalistes affichent ouvertement leur engagement partisan.

Mais avec Okol, elle était devenue de plus en plus visible. Et de plus en plus difficile à tenir.

Bnews1, A1, et le précédent de 2025

Ce n'est pas la première fois qu'Armand Okol quitte une chaîne pour les mêmes raisons.

En mai 2025, alors qu'il présentait « Les Zéglisiens » sur Bnews1, il avait annoncé son intention de se retirer de l'antenne. Dans une tribune publiée sur Facebook, il avait expliqué que cette décision n'interviendrait qu'après la convocation officielle du corps électoral pour l'élection présidentielle d'octobre 2025, et qu'elle visait à se consacrer pleinement à la campagne de Cabral Libii.

Il avait ensuite effectivement quitté Bnews1. Puis, en février 2026, il avait rejoint A1 Télévision, la nouvelle chaîne d'Ernest Obama, tout en réintégrant ses fonctions au PCRN.

Cet aller-retour entre journalisme et politique est une constante dans son parcours. Il pose une question simple : à quel moment le cumul devient-il intenable ?

« Le Grand Oral », une émission sous tension

« Le Grand Oral » n'était pas une émission de débats comme les autres. Créée en 2026, elle a rapidement été identifiée comme un rendez-vous où les invités venaient se frotter à un présentateur qui connaissait les dossiers, mais aussi les coulisses politiques.

Armand Okol y recevait des responsables de tous bords. Il les interrogeait, les pressait, les confrontait. Mais il le faisait avec une connaissance intime du terrain, celle d'un homme qui a lui-même été au cœur de la machine politique.

Cette proximité faisait sa force. Elle faisait aussi sa fragilité.

En octobre 2026, une affaire avait défrayé la chronique. Sam Séverin Ango, animateur sur Times TV, avait annoncé poursuivre Armand Okol en justice pour des propos injurieux publiés sur Facebook. L'animateur avait également appelé le PCRN à prendre des mesures contre son secrétaire national à la communication.

Cette affaire n'est pas directement liée à la démission d'A1. Mais elle illustre la tension qui entourait le personnage. Un journaliste qui occupe un poste de direction dans un parti d'opposition est une cible. Et un présentateur qui garde sa crédibilité doit constamment prouver qu'il n'est pas un porte-parole déguisé.

Ce que la démission dit du journalisme camerounais

La décision d'Armand Okol de quitter A1 pour se consacrer à ses fonctions au PCRN est, à première vue, une décision de cohérence. Il choisit la politique plutôt que de cumuler. Il met fin à une situation qui, de l'aveu même de son post, risquait de compromettre son intégrité professionnelle.

Mais elle pose une question plus large. Combien de journalistes camerounais se trouvent aujourd'hui dans la même situation, sans avoir fait le même choix ?

Le débat sur l'indépendance des médias au Cameroun n'est pas nouveau. Il a été relancé à plusieurs reprises, notamment lors des périodes électorales. En février 2026, le Synajic (Syndicat national des journalistes du Cameroun) avait appelé à un sursaut éthique, dénonçant les conflits d'intérêts et les violations des règles déontologiques.

La démission d'Armand Okol ne résout pas ce problème. Elle le rend visible. Et elle oblige les rédactions à se poser une question simple : que faire des journalistes qui ont un pied dans le politique et un pied dans le média ?

Certaines chaînes choisissent la transparence. D'autres ferment les yeux. D'autres encore encouragent le cumul, y voyant un moyen d'attirer des invités ou de garantir des scoops.

A1 Télévision n'a pas communiqué sur les raisons de la démission d'Armand Okol. La chaîne n'a pas non plus annoncé de remplaçant pour « Le Grand Oral ».

Armand Okol n'a pas dit ce qu'il fera ensuite. Va-t-il se consacrer exclusivement au PCRN ? Va-t-il chercher une autre chaîne, avec les mêmes conditions ? Va-t-il, au contraire, tirer un trait sur le journalisme pour se lancer définitivement en politique ?

Son post Facebook ne le précise pas. Et nos tentatives pour le joindre sont restées vaines.

Une chose est sûre : à quelques mois des élections législatives et municipales de 2027, la frontière entre médias et politique au Cameroun est plus floue que jamais. Et la décision d'Armand Okol, qu'on la salue ou qu'on la déplore, a au moins le mérite de poser la question à voix haute.

Un journaliste peut-il être un militant ? Et si oui, jusqu'à quand ?

Nous n'avons pas la réponse. Armand Okol, lui, a choisi la sienne.


1. Qui est Armand Okol ?
Un journaliste camerounais. Il a présenté plusieurs émissions, dont « Les Zéglisiens » sur Bnews1 et « Le Grand Oral » sur A1 Télévision. Il est aussi secrétaire national à la communication du PCRN, le parti de Cabral Libii.

2. Qu'est-ce qu'il a annoncé ?
Il a annoncé qu'il quittait A1 Télévision. Il invoque un risque de conflit d'intérêts entre son poste au PCRN et son rôle de journaliste.

3. Pourquoi maintenant ?
Il ne l'a pas expliqué en détail. Mais le cumul durait depuis longtemps. Et à un moment, ça devenait difficile à tenir.

4. A1 a réagi ?
Pas pour l'instant. Nous avons essayé de joindre la chaîne. Sans succès. Aucun communiqué n'a été publié.

5. Il va faire quoi maintenant ?
On ne sait pas. Il n'a pas précisé ses projets. Il pourrait se consacrer au PCRN, chercher une autre chaîne, ou quitter le journalisme.

6. C'est la première fois qu'il quitte une chaîne pour ça ?
Non. En 2025, il avait déjà quitté Bnews1 pour se consacrer à la campagne de Cabral Libii. Avant de revenir sur A1 en février 2026.

7. Est-ce que ça change quelque chose pour le journalisme camerounais ?
Peut-être. Ça rend visible un problème qui existe depuis longtemps. Beaucoup de journalistes ont des liens avec des partis. Peu en parlent ouvertement. La décision d'Okol pourrait pousser d'autres rédactions à se poser la question.