Un acteur respecté, une scène nationale, une Première dame dans la salle. Et soudain, un prénom que le protocole n’attendait pas.
Il a suffi d’un prénom. Pas d’un discours. Pas d’une déclaration politique. Un prénom, lâché au micro, devant des caméras, dans une salle où l’on avait soigneusement disposé les lumières et les sourires. Ce samedi 31 octobre 2026, au Palais des Congrès de Yaoundé, Salomon Tatmfo Essola pour des générations de Camerounais a reçu un Canal d’Or spécial. Et en remerciant, il a prononcé « Irène Biya » là où l’on attendait « Chantal Biya ». Le reste, les réseaux sociaux s’en sont chargés.
Un gala, une scène, et un prénom de trop
Le Palais des Congrès était plein. La 15e édition des Canal 2’Or fêtait les vingt ans d’une institution qui a sacré des générations d’artistes camerounais. Kocee est reparti Meilleur Artiste Masculin. Sandrine Nnanga, Meilleure Artiste Féminine. Les deux ont reçu leur trophée des mains de Chantal Biya. La Première dame elle-même a été honorée du Prix du meilleur mécène, une distinction qui saluait, selon le comité, son soutien constant à la création culturelle et ses actions caritatives.
Bref, une soirée de consensus. De celles où le pouvoir et la culture se regardent en silence, satisfaits.
Puis Essola est monté sur scène.
Ce que l’on sait du lapsus et ce que l’on ne sait pas
Selon le récit qui circule depuis la soirée, l’acteur, qui incarnait le personnage d’Essola dans le feuilleton L’Orphelin de Ndamba Eboa, a remercié « Irène Biya » au moment de saluer la Première dame. Nous n’avons pas pu obtenir de confirmation officielle de cet échange avant publication. La production des Canal 2’Or n’a pas commenté. L’entourage de Salomon Tatmfo n’a pas répondu à nos sollicitations. Il s’agit donc, à ce stade, d’une information rapportée, non d’un fait établi par une source primaire.
Ce que l’on sait avec certitude, c’est que Jeanne-Irène Biya, première épouse de Paul Biya, est décédée le 29 juillet 1992, à 56 ans. Trente-quatre ans plus tard, son nom reste associé à une mémoire discrète, effacée des murs officiels, selon plusieurs observateurs de la vie politique camerounaise. Chantal Biya, elle, est l’épouse actuelle du président et la marraine affichée de cette édition anniversaire.
Le lapsus, s’il est confirmé, n’est donc pas une simple confusion entre deux prénoms. C’est un glissement entre deux époques.
Pourquoi ce lapsus dépasse le cadre du gala
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont fusé. Certains ont ri. D’autres ont parlé d’un « moment de gêne ». D’autres encore y ont vu autre chose : la résurgence involontaire d’un nom que l’histoire officielle a rangé. Un internaute a écrit, sur X : « Essola a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : il y a eu une autre Première dame avant. » Nous n’avons pas pu vérifier l’identité de cet utilisateur, ni l’ampleur exacte de la circulation de ce type de commentaire.
Mais la question est là. Un acteur de 60 ans passés, figure populaire et respectée, peut-il « confondre » par hasard ? Ou son cerveau a-t-il puisé dans une mémoire plus ancienne, celle d’un Cameroun où le nom d’Irène Biya était prononcé à la télévision, dans les journaux, à l’hôpital central de Yaoundé où elle exerçait comme sage-femme ?
Nous avons tenté de joindre un proche de l’acteur dans l’après-midi du 1er novembre. Sans succès.
Le Canal d’Or spécial : une consécration, pas une excuse
Il serait injuste de réduire la soirée à ce lapsus. Salomon Tatmfo a reçu un Canal d’Or spécial pour l’ensemble de sa carrière. Sur scène, il a été ovationné. L’homme a inspiré « plusieurs générations », rappelle la fiche qui lui est consacrée sur Africiné. Son Essola, dans les années 80, était une figure de proue de la télévision nationale. Ce trophée, c’est celui d’une vie de comédien.
Mais voilà : sur une scène de gala, un prénom peut voler la vedette à un trophée. Et c’est précisément ce qui s’est produit.
Ce que cela dit du protocole et de la mémoire
Le protocole camerounais n’aime pas les accidents. Surtout lorsqu’ils touchent à la sphère présidentielle. L’entourage de Chantal Biya n’a pas réagi publiquement. La Première dame est restée souriante, selon les images qui ont circulé. Elle a l’habitude. En 2015, lors de l’Acte 10, elle avait déjà reçu un Prix spécial du mécénat de la culture. Les années passent, les trophées s’accumulent, et la scène culturelle camerounaise continue de danser avec le pouvoir.
Pourtant, un nom a été prononcé. Et ce nom, c’est celui d’une femme qui a été Première dame de 1982 à 1992. Une femme dont le pavillon à l’Hôpital central de Yaoundé porte aujourd’hui le nom de « Fondation Chantal Biya ». Une femme dont la tombe, selon AllAfrica, n’a pas été ouverte au recueillement populaire.
Essola, peut-être sans le vouloir, a rouvert une porte.
La suite dépendra de ce que diront les intéressés. Si Salomon Tatmfo s’exprime, s’il explique s’être trompé, s’il présente ses excuses ou s’il assume , l’histoire prendra une autre tournure. Pour l’instant, le silence domine. Le comité d’organisation n’a pas publié de communiqué. La CRTV, diffuseur historique de l’Orphelin, n’a pas consacré de sujet à la séquence.
Une chose est sûre : dans les salons de Yaoundé, dans les taxis de Douala, sur les groupes WhatsApp de la diaspora, on en parle. Et l’on en parlera encore longtemps. Parce qu’un lapsus, parfois, dit plus qu’un discours.