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© AFRIKSURSEINE : Ecrivain et Romancier Calvin DJOUARI
- 24 Sep 2026 22:45:07
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France - LE CAMEROUN RESISTERA ET IL DEVIENDRA CE GRAND PAYS QUE NOUS ATTENDONS
Quand on regarde le Cameroun d’aujourd’hui avec suffisamment de recul, notre cœur se serre et nous éprouvons une grande pitié. Nous sommes profondément blessés dans notre âme de patriotes, tant la déliquescence physique et morale dans laquelle se trouve le pays est retentissante. Il y a des réalités que l’amour de la patrie ne doit pas nous obliger à dissimuler. Aimer son pays ne signifie pas fermer les yeux sur ses blessures.
Aimer le Cameroun, c’est aussi avoir le courage de regarder ses faiblesses en face, de nommer ses échecs, de reconnaître ses lenteurs et, malgré tout, de continuer à croire qu’aucune époque difficile ne constitue une condamnation définitive. Les nations, comme les hommes, connaissent des saisons. Elles connaissent leurs matins glorieux, leurs après-midi d’incertitude, leurs longues nuits et, parfois, au moment même où tout paraît immobile, elles préparent calmement leur renaissance. Je crois profondément que le Cameroun connaîtra cette renaissance.

Je ne parle pas ici d’un miracle tombé du ciel. Je parle d’une transformation construite par les Camerounais eux-mêmes, par leurs enfants, par ceux qui étudient aujourd’hui, par ceux qui apprennent un métier, par ceux qui enseignent, entreprennent, cultivent, soignent, inventent, écrivent, administrent, recherchent, construisent et pensent. Je parle de cette génération silencieuse qui accumule aujourd’hui les connaissances dont le pays aura besoin demain.
Car l’avenir du Cameroun ne se préparera non pas seulement dans les états-majors politiques, mais surtout dans les salles de classe, les universités, les ateliers, les laboratoires, les hôpitaux, les entreprises, les exploitations agricoles et partout où un Camerounais apprend à mieux faire ce qu’il faisait hier. Voilà pourquoi je voudrais dire aux jeunes Camerounais de ne jamais abandonner leurs études lorsqu’ils ont la possibilité de les poursuivre. Étudiez. Formez-vous. Apprenez les langues, les sciences, les technologies, le droit, l’économie, la médecine, l’agriculture, l’ingénierie, la philosophie, l’histoire, la gestion et les métiers techniques.

Apprenez surtout à penser par vous-mêmes. Ne considérez jamais la connaissance comme inutile sous prétexte que l’emploi tarde à venir. Une nation peut traverser une mauvaise période économique, mais la connaissance acquise par une génération constitue une réserve que personne ne peut confisquer. Un diplôme ne garantit certes pas à lui seul la réussite, mais une société qui cesse d’apprendre commence déjà à préparer son propre déclin. Le Cameroun de demain aura besoin de cerveaux préparés aujourd’hui. Il aura besoin d’ingénieurs capables de construire des routes qui durent, de médecins capables de soigner dans toutes les régions, d’agronomes capables de transformer notre agriculture, d’enseignants capables de réhabiliter l’exigence intellectuelle, de magistrats attachés au droit, d’administrateurs qui comprendront que le citoyen n’est pas un importun lorsqu’il frappe à la porte d’un service public, d’entrepreneurs capables de créer de la richesse, de chercheurs capables d’inventer, d’économistes capables d’anticiper et d’hommes politiques capables de comprendre que gouverner n’est pas posséder.

Car le Cameroun n’appartient à personne. Aucun homme, aucune famille, aucun parti, aucune région, aucune génération ne pourra jamais dire légitimement que le Cameroun lui appartient. Nous passons tous. Le Cameroun demeure. Les gouvernements passent, les présidents passent, les ministres passent, les opposants passent, les hauts fonctionnaires passent, les générations passent. Le pays, lui, continue sa marche. Voilà peut-être la première grande leçon politique que nous devrons transmettre à ceux qui viendront après nous. L’État est plus grand que ceux qui l’administrent et la République doit toujours être plus durable que les hommes qui la gouvernent. Nous avons trop longtemps confondu la puissance des hommes avec la solidité des institutions. Pourtant, le véritable développement commencera lorsque les institutions deviendront suffisamment fortes pour fonctionner indépendamment de la personnalité de celui qui occupe momentanément un bureau. Le grand Cameroun que j’imagine ne sera pas celui où l’on attendra chaque matin les instructions d’un homme providentiel. Ce sera celui où les institutions seront devenues elles-mêmes providentielles parce qu’elles fonctionneront normalement, continuellement, équitablement.

Je vois un Cameroun où le changement d’un ministre ne paralysera pas une administration, où le départ d’un directeur ne remettra pas en cause tout un programme, où l’alternance politique, lorsqu’elle se produira, ne sera ni une catastrophe ni une vengeance, mais un événement normal de la vie démocratique. Je rêve d’un pays où l’on pourra changer les hommes sans détruire l’État, changer les gouvernements sans recommencer la République, corriger une politique publique sans bouleverser toute la société. Un jour viendra où nous comprendrons que la plus grande réforme est précisément celle qui permet de ne plus avoir à tout réformer tous les cinq ans. Nous aurons alors bâti des institutions suffisamment viables, prévisibles et encadrées pour traverser les générations. Les règles seront connues. La justice sera respectée. L’administration aura retrouvé le sens du service. Le mérite redeviendra une valeur. Le fonctionnaire saura que servir l’État signifie d’abord servir le citoyen. La nomination cessera d’être perçue comme une récompense personnelle et deviendra ce qu’elle aurait toujours dû être, une responsabilité. Alors la corruption commencera véritablement à reculer, non parce que les Camerounais seront soudainement devenus des anges, mais parce que les institutions auront rendu la corruption plus difficile, plus risquée et moins profitable. Les dossiers avanceront sans qu’il soit nécessaire de connaître quelqu’un. Le citoyen n’aura plus besoin de chercher le cousin d’un directeur, l’ami d’un ministre ou le frère d’un fonctionnaire pour obtenir ce qui constitue simplement son droit. L’administration ne sera plus un labyrinthe où l’on épuise les citoyens. Elle redeviendra la maison commune.

Je vois venir ce Cameroun-là. Je vois un pays où l’eau potable ne sera plus considérée comme un privilège, où l’électricité deviendra un service normal, continu et accessible, où la santé cessera d’être une angoisse financière pour les familles, où aucun enfant ne sera condamné à l’ignorance parce que ses parents sont pauvres. Je parle de l’eau qui sera servit cadeau, de la lumière cadeau, de l’école cadeau, de la santé cadeau et de la sécurité comme de ces biens fondamentaux que la puissance publique devra rendre accessibles au plus grand nombre. Ce ne sera pas la gratuité magique d’un État distribuant sans produire. Ce sera le résultat d’une économie suffisamment forte, d’une fiscalité suffisamment juste, d’une administration suffisamment efficace et d’une société suffisamment productive pour garantir à chaque Camerounais un socle de dignité. Alors naîtra une autre économie. Le Cameroun comprendra que ses richesses ne résident pas seulement sous sa terre, dans ses forêts ou dans ses plantations. Sa première richesse sera l’intelligence de ses habitants. Nous transformerons davantage ce que nous produisons. Le cacao ne quittera plus systématiquement nos terres sous sa forme la plus élémentaire. Notre bois sera davantage transformé chez nous. Nos agriculteurs seront accompagnés par la technologie. Nos villes secondaires deviendront des pôles économiques. Nos universités travailleront davantage avec les entreprises. Nos jeunes ne rêveront plus exclusivement de devenir fonctionnaires parce qu’une multitude d’activités nouvelles permettront de vivre dignement de l’innovation, de l’agriculture, de l’industrie, de la culture, du numérique, de l’artisanat et des services.

Alors l’étranger cessera progressivement d’apparaître comme la seule porte de sortie. Le jeune Camerounais pourra voyager parce qu’il désire découvrir le monde et non parce qu’il fuit son propre pays. Il pourra aller à Paris, Londres, Montréal, Bruxelles, New York, Tokyo ou ailleurs et savoir qu’un retour est possible. Partir ne signifiera plus nécessairement s’échapper. Revenir ne sera plus considéré comme un échec. La diaspora elle-même regardera différemment le pays parce qu’elle y verra des possibilités d’investissement, de recherche, d’enseignement et de création. Il faut donc se garder du pessimisme absolu. Le pessimisme est confortable parce qu’il dispense parfois de construire. Lorsqu’on affirme que rien ne changera jamais, on se donne une excuse pour ne rien entreprendre. Lorsqu’on répète à une jeunesse que son pays est condamné, on finit par fabriquer précisément la génération désabusée que l’on prétend déplorer. Le Cameroun connaît des problèmes graves, mais aucun problème politique, économique ou administratif ne constitue une malédiction métaphysique. Les mentalités elles-mêmes changeront. Elles changeront parce que les générations changent. Elles changeront parce que l’école, les voyages, Internet, les sciences, les échanges internationaux et la confrontation permanente avec d’autres modèles transforment déjà la manière dont les jeunes Camerounais regardent l’autorité, le travail, l’argent, la femme, la famille, l’entreprise et la politique.

Les enfants qui grandissent aujourd’hui ne gouverneront pas nécessairement comme leurs parents. Ils auront d’autres exigences et d’autres références. La politique changera elle aussi. Nous finirons par comprendre qu’une démocratie n’est pas une société sans conflits. C’est au contraire une société qui a appris à organiser ses désaccords sans se détruire. Les Camerounais continueront à s’opposer, à discuter, à contester, à défendre des programmes différents. Il y aura une majorité et des oppositions. Il y aura des débats vigoureux. Mais le désaccord politique ne devra plus transformer le compatriote en ennemi. Nous apprendrons que celui qui pense autrement reste camerounais. Le pouvoir ne considérera plus automatiquement la contradiction comme une hostilité et l’opposition ne considérera plus automatiquement tout serviteur de l’État comme un adversaire. La politique deviendra progressivement une compétition entre projets de société. On parlera davantage d’éducation, d’industrialisation, de santé, d’agriculture, de fiscalité, de décentralisation, d’emploi, de recherche, de logement et d’aménagement du territoire. La communication politique ne pourra plus éternellement remplacer le débat sur l’avenir du pays. Et les femmes camerounaises prendront toute leur place dans cette transformation. Non comme une faveur qui leur serait accordée, mais parce qu’aucune nation moderne ne peut se priver de la moitié de ses intelligences. Elles seront davantage présentes dans les conseils municipaux, les administrations, le Parlement, les entreprises, les universités et tous les lieux où se décide le destin collectif. Leur participation ne sera plus présentée comme une curiosité politique, mais comme une évidence républicaine.

Quelque part, parmi les millions de Camerounais, grandissent déjà ceux qui administreront le pays dans vingt ou trente ans. Ils sont peut-être aujourd’hui assis sur les bancs d’une école de village. Ils sont peut-être étudiants à Yaoundé, Douala, Ngaoundéré, Dschang, Buea, Bamenda, Bertoua, Maroua ou ailleurs. Certains apprennent un métier. Certains sont dans la diaspora. Certains ne pensent même pas encore à la politique. Parmi eux se trouvent probablement de futurs maires, magistrats, parlementaires, ministres, entrepreneurs, gouverneurs, chercheurs et dirigeants. Voilà pourquoi la longévité exceptionnelle de certaines générations au sommet de l’État peut paradoxalement imposer une leçon à celles qui arrivent. Elle doit leur apprendre à préparer des institutions qui ne dépendront plus de la longévité d’un homme. L’expérience du temps long doit nous conduire non pas à rechercher éternellement des hommes irremplaçables, mais à construire un État où personne ne sera irremplaçable. Et lorsqu’un nouveau dirigeant apparaîtra un jour, il pourra venir de n’importe quelle partie du Cameroun. Il pourra être francophone ou anglophone, venir du Nord ou du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, du Centre, du Littoral, de l’Adamaoua, du Nord-Ouest, du Sud-Ouest ou de l’Extrême-Nord.

Son origine comptera moins que sa capacité à comprendre le pays. Ce que les Camerounais lui demanderont sera plus grand que son appartenance régionale. Ils lui demanderont de servir. Peut-être sera-t-il celui que certains appelleront l’homme providentiel. Mais sa véritable grandeur ne consistera pas à devenir indispensable. Elle consistera à construire un pays qui pourra se passer de lui après son départ. Voilà le dirigeant fort dont le Cameroun aura besoin. Non pas celui qui concentrera éternellement la République autour de sa personne, mais celui qui donnera de la force aux institutions. Non pas celui qui demandera au peuple de l’admirer, mais celui qui rendra au peuple confiance en l’État. Non pas celui qui dira « le Cameroun, c’est moi », mais celui qui rappellera constamment « le Cameroun, c’est nous ». Sous un tel État, la sécurité elle-même changera le visage des villes. Je rêve du jour où une jeune femme pourra rentrer chez elle tard sans que sa famille soit dévorée par l’inquiétude, où un commerçant pourra fermer sa boutique sans craindre que tout disparaisse pendant la nuit, où les enfants joueront sans que la peur domine constamment les conversations. La nuit ne devra plus appartenir aux criminels. Les rues appartiendront aux citoyens. Les crimes ne devront plus disparaître dans les silences administratifs. Les violences faites aux femmes seront combattues avec la rigueur qu’elles exigent. Celui qui frappe, viole ou tue devra savoir que ni son argent, ni sa position, ni ses relations ne pourront lui acheter l’impunité. Une société ne devient pas moderne parce qu’elle possède de grands immeubles. Elle devient moderne lorsqu’elle protège efficacement la vie humaine. Le Cameroun qui vient devra donc réconcilier l’autorité et la bienveillance.

Nous avons besoin d’un État fort, mais la force d’un État ne se mesure pas à la peur qu’il inspire. Elle se mesure à la confiance qu’il produit. Un État véritablement fort est celui dont les citoyens respectent les institutions même lorsqu’aucun policier ne les regarde, parce qu’ils savent que la règle est la même pour tous. Je vois alors un Cameroun où les régions ne se regarderont plus avec suspicion, où nos différences linguistiques et culturelles seront considérées comme une richesse et non comme des frontières intérieures. Nous sommes trop mélangés par l’histoire, les mariages, les migrations, les écoles, les métiers et les villes pour accepter que quelqu’un vienne nous expliquer que nous devons nous détester. Nous sommes condamnés à vivre ensemble et cette condamnation est peut-être notre plus belle chance. Il faudra donc reconstruire la confiance entre Camerounais. Nous devrons apprendre à célébrer la réussite de l’autre sans immédiatement soupçonner le vol, la sorcellerie, le favoritisme ou la tricherie. Nous devrons réhabiliter l’effort, le travail bien fait, la ponctualité, la parole donnée, le respect du bien public. Une route, une école, un hôpital, un lampadaire, un autobus, un jardin public appartiennent à tous. Détruire un bien public, c’est voler une partie de soi-même.

Ce changement ne se décrétera pas en une nuit. Aucun président, aussi intelligent soit-il, ne transformera seul le Cameroun. Aucun parti ne possédera toutes les réponses. Aucun gouvernement ne pourra remplacer l’effort de millions de consciences. La renaissance devra être politique, mais également morale, économique, culturelle et intellectuelle. Il faudra donc des institutions solides, mais aussi des citoyens solides. Voilà pourquoi je reviens à la jeunesse. Jeunes Camerounais, ne laissez personne vous voler votre avenir en vous persuadant que tout est terminé avant même que vous ayez commencé. Formez-vous. Travaillez. Lisez. Apprenez. Entreprenez.
Voyagez lorsque vous le pouvez. Observez les sociétés qui fonctionnent et demandez-vous ce qui peut être adapté chez nous. Entrez en politique si vous en avez la vocation, mais entrez-y avec des idées. Entrez dans l’administration pour servir. Entrez dans les entreprises pour produire. Entrez dans les universités pour chercher. Entrez dans les hôpitaux pour soigner. Entrez dans l’agriculture pour nourrir. Entrez dans les arts pour raconter notre âme. Ne méprisez pas la politique. La mauvaise politique ne doit pas vous détourner de la politique. Elle doit vous donner envie d’en faire une meilleure.

Si les personnes compétentes, honnêtes et instruites abandonnent constamment la chose publique à ceux qu’elles jugent médiocres, elles ne pourront ensuite s’étonner que la médiocrité gouverne. Le Cameroun aura besoin de vous. Il aura besoin de cette génération qui ne demandera plus d’abord de quelle région vient un candidat, mais ce qu’il propose. Une génération qui ne cherchera plus seulement qui connaît qui, mais qui sait faire quoi. Une génération qui comprendra que la modernité politique commence lorsque la compétence cesse d’avoir une tribu. Je ne sais pas exactement quel visage aura le Cameroun dans trente ans. Personne ne peut sérieusement le savoir.
Mais je sais quel Cameroun nous pouvons choisir de construire. Un Cameroun où l’eau coulera dans les villages. Un Cameroun où la lumière brillera jusque dans les campagnes. Un Cameroun où les enfants apprendront dans des écoles dignes. Un Cameroun où les malades ne seront pas abandonnés parce qu’ils sont pauvres. Un Cameroun où l’agriculteur vivra dignement de sa terre. Un Cameroun où l’entrepreneur ne sera pas épuisé par les démarches inutiles. Un Cameroun où le fonctionnaire sera fier de servir. Un Cameroun où le magistrat n’aura peur que de violer la loi. Un Cameroun où la femme pourra marcher librement. Un Cameroun où la jeunesse n’aura plus pour unique ambition de partir.

Un Cameroun où celui qui part pourra revenir. Un Cameroun où l’anglophone et le francophone n’auront pas besoin de rappeler qu’ils sont frères parce que cela sera devenu une évidence. Un Cameroun où la politique ne sera plus une guerre permanente pour la possession de l’État, mais une compétition pour mieux le servir. Ce pays n’est pas une utopie. Il est une possibilité. L’histoire ne promet rien aux peuples. Elle leur offre seulement des occasions. Certaines générations les manquent, d’autres les saisissent. Peut-être notre responsabilité est-elle précisément de préparer l’occasion que saisiront ceux qui viendront après nous.
Alors oui, malgré les blessures présentes, malgré les injustices, malgré la pauvreté, malgré les crimes, malgré la corruption, malgré les routes dégradées, malgré les hôpitaux insuffisamment équipés, malgré les écoles en difficulté, malgré les querelles politiques et malgré cette impression que certaines choses ne changeront jamais, je refuse de prononcer la condamnation définitive de mon pays. Je refuse de croire que le Cameroun serait condamné à reproduire éternellement ses erreurs. Les nations peuvent apprendre. Les peuples peuvent changer. Les institutions peuvent mûrir. Les mentalités peuvent évoluer. Et un pays peut renaître. Le Cameroun renaîtra chaque fois qu’un enfant entrera dans une école avec l’ambition d’apprendre. Il renaîtra chaque fois qu’un jeune refusera la facilité pour choisir le travail. Il renaîtra chaque fois qu’un fonctionnaire refusera un billet glissé sous un dossier. Il renaîtra chaque fois qu’un magistrat choisira le droit plutôt que la pression.

Il renaîtra chaque fois qu’un responsable politique acceptera que son adversaire demeure son compatriote. Il renaîtra chaque fois qu’un Camerounais cessera de demander l’origine de celui qui réussit avant de reconnaître son mérite. C’est ainsi que viennent les grandes transformations. Elles commencent souvent sans bruit. Pendant que certains regardent seulement les ténèbres du présent, quelque chose se prépare déjà dans les profondeurs de la société. Une nouvelle génération observe, apprend, compare, voyage, étudie, entreprend et s’interroge. Elle n’acceptera pas nécessairement les habitudes que nous avons acceptées. Elle posera d’autres questions. Elle exigera d’autres réponses. C’est en elle que je place mon espérance. Un jour, peut-être plus tôt que nous ne l’imaginons, le Cameroun découvrira qu’il possédait depuis longtemps les hommes et les femmes nécessaires à sa transformation. Ils n’étaient simplement pas encore arrivés à leur heure. Cette heure viendra.
Et lorsque cette heure viendra, il ne faudra ni vengeance, ni chasse aux sorcières, ni humiliation d’une génération par une autre. Il faudra construire. Il faudra prendre ce qui a fonctionné, réparer ce qui a échoué, abandonner ce qui est devenu inutile et inventer ce qui manque encore. Alors commencera peut-être le plus beau chapitre de notre histoire. Non pas parce qu’un homme aura sauvé miraculeusement le Cameroun, mais parce que les Camerounais auront enfin construit un État assez fort pour que leur avenir ne dépende plus jamais d’un seul homme. Et ce jour-là, lorsque nous regarderons nos villes éclairées, nos villages alimentés en eau, nos écoles remplies, nos universités inventives, nos hôpitaux équipés, nos campagnes productives, nos entreprises conquérantes et nos rues redevenues paisibles, nous comprendrons peut-être que le Cameroun que nous espérions n’était pas caché quelque part dans l’avenir. Il était déjà en nous. Il attendait simplement que nous devenions les Camerounais capables de le bâtir.

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