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© Camer.be : Avec Alain Boutat
- 22 Sep 2026 00:17:40
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Dette Cameroun : quand emprunter devient plus cher que rembourser
Dette Cameroun 2026 : 14 591 milliards FCFA d'encours, 5 000 milliards non décaissés. Analyse d'une impasse structurelle qui menace la croissance.
Le Cameroun n'a pas un problème d'accès au crédit. Il a un problème d'absorption. Et cette distinction change tout.
Quarante-quatre pour cent du PIB. Quatorze mille cinq cent quatre-vingt-onze milliards de francs CFA. Voilà pour le chiffre officiel de la dette publique camerounaise à fin septembre 2025, selon la Caisse autonome d'amortissement. Mais derrière ce stock, il y a un autre chiffre, moins connu, plus révélateur : plus de 5 000 milliards FCFA de financements extérieurs engagés dorment dans les caisses des bailleurs internationaux, faute de contreparties nationales mobilisées.
Ce n'est pas une crise de liquidité. C'est une crise de capacité. Le Cameroun n'arrive pas à dépenser l'argent qu'on lui prête. Et pendant ce temps, il emprunte plus cher sur les marchés pour financer des urgences qu'il aurait pu couvrir avec des fonds déjà disponibles.
Une dette qui monte, une absorption qui stagne
L'encours de la dette publique camerounaise a atteint 14 591 milliards FCFA à fin septembre 2025, en progression de 2,6% sur un an. À fin mars 2026, il s'établissait à 15 416 milliards FCFA, soit 44,3% du PIB. Le ratio reste sous le plafond communautaire de 70% fixé par la CEMAC. Mais ce chiffre rassurant masque une réalité plus inquiétante.
Le service de la dette exige déjà un effort de 1 030 milliards FCFA sur neuf mois, dont 226 milliards engloutis en seuls intérêts. Le budget 2026 prévoit 532,5 milliards FCFA de dépenses d'intérêts sur la dette publique. Pour le premier semestre 2026, l'État a mobilisé plus de 1 000 milliards FCFA pour honorer ses créanciers.
Autrement dit : le Cameroun rembourse. Et il rembourse de plus en plus cher.
L'anomalie : la dette intérieure coûte plus cher que l'extérieure
C'est un renversement de logique que peu de médias relèvent. La dette intérieure camerounaise, à maturité moyenne de 5,5 ans, coûte 3,5% contre 2,4% pour l'emprunt extérieur. L'État paie donc plus cher pour emprunter auprès de ses propres banques et investisseurs locaux qu'auprès de la Banque mondiale ou du FMI.
La conséquence est implacable : chaque franc emprunté sur le marché sous-régional pour financer une contrepartie nationale aurait pu coûter moins cher s'il avait été mobilisé via les lignes concessionnelles déjà négociées. Mais ces lignes restent bloquées.
Les milliards qui dorment
Au 30 septembre 2025, le Cameroun avait engagé 5 641,9 milliards FCFA (environ 10 milliards USD) de financements extérieurs pour des projets d'investissement publics. Sur ce montant, 4 714,7 milliards FCFA (environ 8,3 milliards USD) correspondent à des projets « non matures » dépourvus d'études de faisabilité complètes ou de structures techniques suffisantes pour enclencher les décaissements.
La Banque mondiale a sonné l'alarme dès avril 2025. Cheick Fantamady Kanté, directeur des opérations pour le Cameroun, a révélé que 69% des fonds engagés n'étaient pas décaissés, soit 3,08 milliards de dollars sur 4,47 milliards. Le taux de décaissement annualisé atteignait 15%, contre une cible annuelle de 20%. « Cette contre-performance perdure depuis 2018 », a-t-il précisé.
Parmi les projets les plus emblématiques bloqués : le Centre hospitalier régional de Douala, plusieurs tronçons routiers stratégiques du Nord et de l'Est, et certaines composantes du barrage hydroélectrique de Nachtigal.
Ce que ces fonds dormants coûtent au Cameroun : plus de deux points de croissance du PIB chaque année, selon les projections des experts.
Le mur de 2026
Le Cameroun doit mobiliser 3,54 milliards USD en 2026 pour honorer son service de la dette, avec un pic historique de remboursements aux créanciers multilatéraux, bilatéraux et privés. Dans le même temps, le déficit budgétaire a doublé, passant de 309,9 milliards FCFA en 2025 à 631 milliards en 2026.
Pour boucler son budget, l'État a été autorisé par décret présidentiel du 21 janvier 2026 à emprunter jusqu'à 1 650 milliards FCFA sur les marchés domestiques et internationaux. Un milliard de FCFA sera levé sur les marchés internationaux, 400 milliards via des émissions de bons du Trésor, et 250 milliards auprès d'institutions privées locales.
Le FMI et la Banque africaine de développement classent le Cameroun en « risque élevé de surendettement », citant notamment des ratios de service de la dette sur recettes budgétaires et sur exportations qui dépassent les seuils recommandés.
Le scandale silencieux des routes
Il y a un chiffre qui résume à lui seul le problème de la commande publique camerounaise : 205 millions FCFA. C'est le prix moyen du kilomètre de route bitumée au Cameroun, selon le Conseil national de la route. La moyenne africaine est de 100 millions FCFA.
Le Cameroun paie ses routes deux fois plus cher que ses voisins. Le Fonds Routier affiche un besoin de financement de 1 097 milliards FCFA face à seulement 100 milliards mobilisés. Chaque kilomètre surfacturé est un kilomètre qui aurait pu être construit ailleurs. Chaque franc volé sur un marché public est un franc qui manque à l'investissement productif.
Le ministère des Marchés publics a lui-même dénoncé la facturation d'un kilomètre de route à 1 milliard de FCFA sur la deuxième voie d'accès à Bamenda.
Fiscaliser l'informel : la quadrature du cercle
Le secteur informel représente près de 40% du PIB camerounais, pour une contribution fiscale inférieure à 5%. Le budget 2026 reconnaît ce « déséquilibre persistant » et appelle à « renforcer la gouvernance des données » et à « intensifier les croisements d'informations » pour identifier les assujettis.
Mais la méthode coercitive a montré ses limites. L'administration fiscale camerounaise a déjà instauré la non-déductibilité des paiements en espèces, la généralisation des retenues à la source et les centres de gestion agréés. Le résultat reste marginal.
Une autre voie existe : des contrats de formalisation sectoriels négociés avec les corporations syndicales et les grands marchés comme Mokolo ou Mboppi. L'idée : renoncer aux contrôles punitifs, accorder une amnistie sur les capitaux passés, et prélever une micro-taxe forfaitaire unique sur les transactions par monnaie électronique. Les flux de Mobile Money au Cameroun dépassent désormais 35 000 milliards FCFA.
Le FMI a d'ailleurs publié en décembre 2025 une étude empirique sur la taxation du Mobile Money, s'appuyant notamment sur des données transactionnelles du Cameroun. Ses conclusions : une taxation mal calibrée fait chuter l'usage de ces services, ce qui réduit l'assiette au lieu de l'élargir.
Quelle est la dette publique du Cameroun en 2026 ?
À fin mars 2026, l'encours total de la dette publique camerounaise s'élevait à 15 416 milliards FCFA, soit environ 27,5 milliards USD ou 44,3% du PIB. Ce chiffre inclut la dette de l'administration centrale, des entreprises publiques et des collectivités locales.
Pourquoi le Cameroun n'arrive-t-il pas à décaisser les fonds des bailleurs ?
Principalement parce que les projets financés ne sont pas « matures » : ils manquent d'études de faisabilité complètes, de structures techniques et juridiques, et les contreparties nationales obligatoires ne sont pas payées. Le décret n°2025/1081/PM du Premier ministre, signé en juin 2025, vise à renforcer les exigences de maturation des projets avant tout engagement.
Le Cameroun risque-t-il un défaut de paiement ?
Le FMI et la BAD classent le Cameroun en « risque élevé de surendettement », mais pas en situation de défaut. Le risque porte moins sur le volume de la dette que sur la liquidité : la capacité à mobiliser des liquidités pour honorer les échéances pendant que les recettes stagnent.
Combien coûte un kilomètre de route au Cameroun ?
205 millions FCFA en moyenne, selon le Conseil national de la route. C'est le double de la moyenne africaine, établie à 100 millions FCFA. Des cas de facturation à 1 milliard FCFA le kilomètre ont été dénoncés par le ministère des Marchés publics.
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