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© Camer.be : Paul Moutila
- 21 Sep 2026 18:19:57
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Cameroun - Attaque de Boko Haram à Madégoua : 14 morts, le MRC interpelle Biya
Attaque de Boko Haram à Madégoua : 14 morts. Le MRC accuse Paul Biya de "silence coupable" et dénonce l'échec de la lutte contre le terrorisme dans l'Extrême-Nord.
Dans une déclaration signée le 18 septembre 2026, Tiriane Balbine Nadège Noah, vice-présidente nationale du MRC, interpelle directement le président de la République sur la gestion de la guerre contre Boko Haram.
Quatorze civils tués dans la nuit du 16 au 17 septembre 2026 à Madégoua, dans l'arrondissement de Makary, département du Logone-et-Chari. L'attaque est attribuée à Boko Haram. Le MRC a publié une déclaration officielle le 18 septembre, signée par sa vice-présidente nationale, Tiriane Balbine Nadège Noah, qui accuse Paul Biya de "silence coupable". Le document dénonce un échec militaire, logistique et politique. Mais derrière l'attaque, il y a une autre histoire : celle d'un parti d'opposition en pleine transition, dirigé pour la première fois par une femme, qui choisit de défier le pouvoir sur son terrain le plus sensible. La sécurité.
Ce que l'on sait de l'attaque de Madégoua
Les faits, d'abord. Une attaque a été perpétrée dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 septembre 2026, entre 1 heure et 2 heures du matin, dans la localité de Madégoua. Le village se trouve dans l'arrondissement de Makary, département du Logone-et-Chari, région de l'Extrême-Nord. Les assaillants sont présentés comme des éléments de Boko Haram. Selon plusieurs sources concordantes, dont l'agence Xinhua et le quotidien régional L'Œil du Sahel, les victimes sont des civils.
Le bilan initial faisait état de 13 morts et un blessé. Il s'est alourdi par la suite. Actu Cameroun rapporte que deux blessés ont succombé à l'hôpital de Makary, portant le bilan à 15 décès. La déclaration du MRC, elle, mentionne 14 morts. Cette variation de chiffres s'explique par la difficulté à consolider les informations dans une zone où les communications sont limitées. Le bilan définitif n'a pas été communiqué officiellement.
Une hypothèse circule : celle de représailles. Quelques semaines avant l'attaque, un important stock de munitions destiné aux combattants djihadistes aurait été saisi grâce à la vigilance des populations. Les autorités municipales de Makary ont évoqué cette piste. Le MRC la reprend dans sa déclaration. Elle n'a pas été confirmée par une source judiciaire ou militaire indépendante.
La déclaration du MRC : ce que dit le document
Le texte est daté du 18 septembre 2026. Il est signé de Tiriane Balbine Nadège Noah, vice-présidente nationale du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. L'en-tête du parti rappelle les autorisations administratives : MINATD n°000221 du 25 juillet 2008. Le document circule dans les rédactions camerounaises depuis sa publication.
Le ton est grave. Les condoléances aux familles sont adressées "au nom des militants et sympathisants du MRC". Puis vient l'essentiel.
"Dans la guerre contre Boko Haram, qui dure depuis le 17 mai 2014, date à laquelle, lors d'un sommet tenu à Paris, Monsieur Paul BIYA déclarait : 'Nous sommes ici pour déclarer la guerre à Boko Haram', le Cameroun semble manifestement avoir abandonné l'initiative aux terroristes."
La phrase est cinglante. Elle renvoie le président à sa propre déclaration de 2014, prononcée au sommet de Paris sur la sécurité au Nigeria. Douze ans plus tard, le constat du MRC est sans appel.
"Un problème de commandement et de responsabilités verticales"
Le document ne s'arrête pas au constat. Il désigne des responsabilités. "Malgré le courage des militaires engagés sur le front, on est obligé de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous." Le MRC pointe "un problème de commandement et de responsabilités verticales qui remontent jusqu'au Chef d'État-major des Armées et au Chef de l'État, Chef des Armées, tous deux portés disparus au moment où la troupe a le plus besoin d'eux."
L'accusation est directe. Elle vise le sommet de la hiérarchie militaire. Le président de la République est cité comme "Chef des Armées". Le chef d'État-major est nommément évoqué, sans être nommé. Le MRC ne demande pas de tête. Il constate une absence.
Sur le plan logistique, le document est tout aussi sévère. "Malgré les milliards de francs CFA officiellement engagés pour la défense du pays, on est au regret de constater que les matériels déclarés suffisent seulement pour organiser la parade du 20 mai devant le Président de la République à Yaoundé." La référence à la parade du 20 mai, fête nationale camerounaise, est une image forte. Elle suggère un décalage entre la vitrine et le terrain.
L'appel au Parlement
Le MRC ne s'adresse pas seulement à l'exécutif. Le document interpelle aussi le pouvoir législatif. "L'échec du gouvernement dans la lutte contre Boko Haram avec de nombreux morts à la clé et une indifférence choquante du Président de la République doivent inciter le Parlement, si ses membres se souviennent, enfin, qu'ils sont les représentants du peuple camerounais, à prendre ses responsabilités."
La formule est lourde de sous-entendus. "Si ses membres se souviennent" suggère que les parlementaires auraient oublié leur mandat. L'Assemblée nationale est à majorité CPDM, le parti au pouvoir. L'appel du MRC est donc aussi un appel à la majorité présidentielle.
Une vice-présidente qui assure l'intérim
Le document est signé par Tiriane Balbine Nadège Noah. Ce nom mérite une explication. Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto, président national du MRC depuis sa création en 2012, a annoncé sa démission. Quelques heures plus tard, Mamadou Mota, premier vice-président, a fait de même. Le directoire du parti a confié l'intérim à la deuxième vice-présidente : Tiriane Balbine Nadège Noah.
Ce n'est pas une inconnue. Elle avait déjà assuré l'intérim en 2019, lorsque Kamto et plusieurs responsables étaient en détention. Elle a rejoint le MRC en 2018 et a été élue deuxième vice-présidente la même année. Elle a été réélue en 2023. Elle possède une formation universitaire en sciences politiques et en histoire. Une convention élective est prévue pour le 10 octobre 2026.
Pour la première fois, une femme dirige le principal parti d'opposition camerounais. Il ne s'agit pas d'une présidence élue, mais d'un intérim. La nuance est importante. Elle signe néanmoins un moment symbolique.
Le contexte : une guerre qui dure depuis 2014
La déclaration du MRC rappelle une date : le 17 mai 2014. Ce jour-là, à Paris, Paul Biya avait déclaré la guerre à Boko Haram lors d'un sommet consacré à la sécurité au Nigeria. Douze ans plus tard, le groupe terroriste continue de frapper.
Les chiffres sont têtus. Entre le 1er décembre 2024 et le 15 mai 2025, l'ONU a confirmé 351 incidents sécuritaires liés à Boko Haram au Cameroun, causant 54 morts civils. Sur la même période en 2024, on comptait 66 incidents et 89 morts civils. Le nombre d'incidents a augmenté, mais le nombre de morts civils a diminué. Ce que le MRC interprète comme un échec est aussi, pour l'armée, la preuve d'une pression maintenue sur les combattants.
La région de l'Extrême-Nord compte plus de 510 000 déplacés internes depuis le début de l'année 2026. Le camp de Minawao, ouvert en juillet 2013, accueille des réfugiés nigérians fuyant les exactions de Boko Haram. Entre avril et juin 2026, les groupes armés non étatiques ont été responsables de 207 incidents sécuritaires dans la région, causant 72 décès, 48 blessés et 308 enlèvements.
Le député Cavaye Yéguié Djibril, président de l'Assemblée nationale, avait déclaré en mai 2026 : "Boko Haram est parmi nous." Il faisait référence à la capacité d'infiltration du groupe dans les communautés locales. Un ancien député, Blama Malla, a été arrêté pour ses liens présumés avec Boko Haram.
Ce que le gouvernement répond
Le ministère de la Défense a publié un communiqué le 21 septembre 2026. Il confirme l'attaque. Il indique que neuf combattants de Boko Haram ont été "neutralisés" lors de la riposte. Il présente les condoléances du chef de l'État aux familles des victimes. Il ne répond pas aux accusations du MRC. Le président Paul Biya lui-même n'a pas pris la parole publiquement à ce jour.
Le maire de Makary a évoqué la piste des représailles. Il n'a pas commenté les critiques du MRC. Les autorités administratives et militaires se sont rendues sur place après l'attaque, selon Reuters. Des soldats ont été déployés pour sécuriser la zone.
Ce qui reste
Quatorze morts. Un village en deuil. Une déclaration qui accuse le sommet de l'État. Un parti d'opposition en transition, dirigé par une femme. Une guerre qui dure depuis douze ans.
La question n'est pas de savoir si le MRC a raison ou tort. La question est de savoir combien de temps un pays peut continuer à enterrer ses civils sans que le sommet de l'État ne descende sur le terrain.
Le MRC a choisi de poser la question. À voix haute.
Que s'est-il passé à Madégoua au Cameroun ?
Une attaque attribuée à Boko Haram a tué 14 civils dans la nuit du 16 au 17 septembre 2026. Le village se trouve dans l'arrondissement de Makary, département du Logone-et-Chari, région de l'Extrême-Nord.
Combien de morts dans l'attaque de Boko Haram à Makary ?
Le bilan varie selon les sources : 13 morts selon Xinhua, 14 selon le MRC, 15 selon Actu Cameroun. Le bilan définitif n'a pas été communiqué officiellement.
Pourquoi le MRC accuse-t-il Paul Biya ?
Le MRC reproche au président de ne pas avoir pris la parole après l'attaque et de ne pas avoir répondu aux attentes des populations de l'Extrême-Nord. Il dénonce aussi un échec militaire et logistique.
Qui est Tiriane Balbine Nadège Noah ?
Elle est la vice-présidente nationale du MRC. Depuis la démission de Maurice Kamto le 8 septembre 2026, elle assure l'intérim à la tête du parti. Une convention élective est prévue le 10 octobre 2026.
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