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© Camer.be : Paul Moutila
- 08 Sep 2026 15:40:24
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Cameroun - Mota démissionne à son tour : le MRC plonge dans l'inconnu
Maurice Kamto démissionne de la présidence du MRC. Son vice-président Mamadou Mota lui emboîte le pas quelques minutes plus tard. Le parti d'opposition plonge dans une crise inédite.
Coup de tonnerre au Mouvement pour la Renaissance du Cameroun : le président Maurice Kamto et son premier vice-président Mamadou Mota ont démissionné ce mardi 8 septembre 2026, à quelques minutes d'intervalle, plongeant le principal parti d'opposition dans une crise sans précédent.
Maurice Kamto n'est plus président du MRC. Son premier vice-président, Mamadou Mota, ne l'est plus non plus. Les deux hommes ont démissionné ce mardi 8 septembre 2026, à quelques minutes d'intervalle. La première annonce est tombée en début de journée. La seconde, quelques instants plus tard. Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, principal parti d'opposition au régime de Paul Biya, se retrouve soudainement privé de ses deux plus hauts dirigeants. Un séisme politique dont les répercussions pourraient bouleverser l'échiquier camerounais à l'approche des échéances électorales de 2027.
Une démission surprise, puis une autre
C'est par une lettre adressée au Directoire national du MRC que Maurice Kamto a annoncé sa décision. « Je vous informe par la présente que dans l'intérêt supérieur de notre parti, de ses nombreux militants et sympathisants, et du Peuple du Changement en général, j'ai décidé de démissionner des fonctions de Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Cette décision prend effet à compter de ce jour », écrit le professeur de droit.
Le document, daté du 8 septembre 2026, porte le cachet du secrétariat du parti, attestant de sa réception le jour même. Une décision qui met fin à treize ans de présidence à la tête du mouvement qu'il a fondé en 2012.
Quelques minutes plus tard, son fidèle lieutenant, Mamadou Mota, premier vice-président du parti, a emboîté le pas. Dans une lettre adressée au Secrétaire général du MRC, il annonce sa démission. « J'ai décidé de ne servir d'instrument à personne pour entraver l'avenir du MRC, aussi je prends la décision de devenir le militant de Gavalyam dans la Fédération communale de Tokombere », écrit-il sur son compte Facebook.
Un contexte de bras de fer avec le MINAT
Ces démissions n'ont pas surgi de nulle part. Depuis plusieurs mois, le ministère de l'Administration territoriale (MINAT), dirigé par Paul Atanga Nji, refusait de reconnaître Maurice Kamto comme le président légal du MRC.
Le bras de fer a pris une tournure décisive le 19 août 2026, lorsque le ministre a adressé une lettre à Joseph Thierry Okala Ebode, membre fondateur du MRC, annonçant son refus de prendre acte du procès-verbal de la convention extraordinaire du parti tenue par visioconférence le 21 décembre 2025. Le MINAT invoquait la loi n°90/055 du 19 décembre 1990 régissant les réunions et manifestations publiques, rappelant que cette convention avait été interdite au préalable par le Sous-préfet de Yaoundé 4.
Conséquence directe : le MINAT déclarait ne pas reconnaître toutes les instances issues de cette convention, à savoir le présidium, le directoire national ou encore le comité de médiation et d'arbitrage. Le ministère affirmait par ailleurs détenir des documents attestant de la démission de Maurice Kamto du MANIDEM.
Cette position administrative risquait de coûter au MRC sa participation aux prochaines élections municipales et législatives de 2027.
Des tensions internes qui n'ont fait qu'enfler
La crise qui secoue le MRC ne date pas d'hier. Le retour de Maurice Kamto à la présidence du parti, après sa candidature avortée à l'élection présidentielle d'octobre 2025 sous la bannière du MANIDEM, avait déjà suscité des remous.
Plusieurs cadres du parti, parmi lesquels Joseph Thierry Okala Ebode et Willy Mengue, ont contesté la régularité de cette procédure, estimant que Maurice Kamto ne pouvait revenir à la tête du parti dans ces conditions. Des militants ont même saisi la justice pour contester sa légitimité.
La démission de Maurice Kamto pourrait donc être une stratégie pour permettre au parti d'éviter d'être privé d'un processus électoral crucial. En quittant la présidence, il met fin au bras de fer avec le MINAT et ouvre la voie à une nouvelle direction qui pourrait être reconnue par l'administration.
Mamadou Mota dénonce « l'acharnement du régime »
De son côté, Mamadou Mota a justifié sa décision par « l'acharnement et l'oppression qu'exerce le régime à son endroit ». Une dénonciation qui n'est pas nouvelle chez celui qui a passé plusieurs mois en détention à la prison centrale de Kondengui à la suite de manifestations de son parti.
Mota, qui dénonce régulièrement « la gestion et l'acharnement du régime de Paul Biya qu'il qualifie de dictatorial », pointe du doigt le musellement des libertés publiques et l'utilisation de l'appareil judiciaire et carcéral contre les voix discordantes.
Quel avenir pour le MRC ?
Ces deux démissions successives placent le MRC dans une situation inédite. Le directoire national du parti est désormais attendu pour constater la vacance à la tête du parti et enclencher la procédure statutaire de succession.
La question du successeur se pose avec acuité. En juillet 2025, lors de la précédente démission de Maurice Kamto, Mamadou Mota avait été nommé président par intérim. Aujourd'hui, les deux hommes ayant quitté leurs fonctions, le parti devra trouver un nouveau leadership.
À quelques mois des élections municipales et législatives de 2027, cette crise pourrait affaiblir durablement le principal parti d'opposition camerounais. Reste à savoir si cette double démission est un acte de sacrifice pour sauver le parti ou le signe d'une implosion annoncée.
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