Muna : « Le Cameroun ignore le MAEP depuis 2004 »
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Muna : « Le Cameroun ignore le MAEP depuis 2004 »

Depuis 2004, le Cameroun refuse de soumettre son bilan au Mécanisme africain d’évaluation par les pairs. Le bâtonnier Muna dénonce 21 ans d’immobilisme. Gouvernance, or, insécurité : le réquisitoire. 

Le bâtonnier Akere Muna a indexé le gouvernement camerounais pour n’avoir jamais, en 21 ans, utilisé le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) un outil de l’Union africaine conçu pour transformer un diagnostic en programme de réforme alors que le pays accumule les signaux d’une gouvernance en berne : instabilité ministérielle, gouffre minier, insécurité chronique et recul dans les indices internationaux.

Un enfant né en 2004, l’année de la signature du protocole, serait aujourd’hui majeur, licence en poche. Pendant ce temps, le Cameroun n’a toujours pas dressé son propre bilan de gouvernance. C’est le constat cinglant que livre le bâtonnier Akere Muna, figure de la lutte anticorruption et ancien membre du Panel des personnalités éminentes du MAEP.

Dans une note mensuelle, l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun pointe du doigt l’immobilisme chronique du pays. Le Cameroun a adhéré au MAEP l’instrument volontaire de l’Union africaine par lequel les États membres soumettent leur gouvernance à une auto-évaluation structurée et à un examen par les pairs. Mais depuis 2004, pas un seul rapport. Pas une seule évaluation. Rien.

Derrière ce silence, une kyrielle de maux : des ministres qui restent 73 jours en poste, un écart de 680 fois entre l’or déclaré et l’or exporté, Bamenda livrée à l’insécurité, et un recul brutal dans les indices internationaux de gouvernance.

LE MAEP : UN OUTIL POURTANT CONÇU POUR LE CAMEROUN

Un mécanisme volontaire et structurant

Créé en 2003 par le Comité des chefs d’État de l’Union africaine dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le MAEP est un instrument d’autoévaluation volontaire de la performance des États membres en matière de gouvernance. Quatre domaines sont évalués : la démocratie et la gouvernance politique, la gouvernance économique, la gouvernance d’entreprise, et le développement socio-économique.

Chaque évaluation aboutit à un programme national d’action, conçu pour traiter les problèmes identifiés et suivre les progrès via des rapports semestriels. L’objectif ultime : aider l’État examiné à améliorer ses politiques, à adopter des pratiques optimales et à se conformer aux normes établies.

Une adhésion sans mise en œuvre

Le Cameroun figure officiellement parmi les 37 pays participants au MAEP. Il a signé le protocole d’accord en 2004. Mais, comme le souligne le bâtonnier Muna, « depuis son adhésion, niet ! » Le pays n’a jamais soumis son bilan à l’évaluation par les pairs. Pire, il a choisi d’ignorer le seul outil « spécifiquement conçu pour transformer un diagnostic en un programme de réforme porté par l’État lui-même ».

UN RÉQUISITOIRE EN TROIS ACTES

1. L’instabilité au sommet : « 73 jours et des nominations qui ne sortent pas du tiroir »

Le bâtonnier Muna pointe la paralysie institutionnelle au sommet de l’État. Des ministres restent en poste à peine 73 jours. Des nominations sont décidées mais ne sortent jamais du « tiroir du président ». Une instabilité chronique qui empêche toute réforme durable et toute vision de long terme.

2. Le gouffre de l’or : 680 fois d’écart

Autre révélation saisissante : l’écart entre l’or déclaré et l’or réellement exporté atteindrait un facteur 680. Un trou béant dans les recettes minières, qui interroge sur la transparence et la traçabilité des filières extractives. Une situation qui, si elle se confirme, priverait le Cameroun de ressources considérables et nourrirait la corruption.

3. Bamenda fracturée et l’insécurité chronique

Dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les régions anglophones sont livrées à l’insécurité. La crise, qui dure depuis 2016, a fait des milliers de morts et déplacé plus d’un million de personnes. Le gouvernement peine à rétablir l’autorité de l’État, tandis que les groupes armés contrôlent de larges pans de territoire. Une situation que le MAEP, par son évaluation de la gouvernance politique et sécuritaire, aurait pu contribuer à analyser et à résoudre.

UN RECUL DRAMATIQUE DANS LES INDICES INTERNATIONAUX

Les indicateurs confirment le diagnostic de Muna. Le Cameroun est classé 134ᵉ sur 143 dans l’Indice « Rule of Law » du World Justice Project. En 2025, le pays a reculé, comme 68 % des nations.

Surtout, à l’Indice de perception de la corruption de Transparency International 2025, le Cameroun reste bloqué à 26/100 et recule au 142ᵉ rang mondial sur 182. Un score « nettement inférieur à la moyenne mondiale (42/100) et à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (32/100) ». Le pays stagne depuis des années, sans amélioration significative.

L’institut V-Dem classe quant à lui le Cameroun parmi les « autocraties électorales ». La voix et la responsabilité des citoyens sont à -1,02, classant le pays au 160ᵉ rang mondial.

LE PARADOXE DU MAEP : LE CAMEROUN POINTÉ DU DOIGT… PAR LE MAEP

Ironie du sort : le MAEP lui-même a récemment pris position sur le Cameroun… mais pour dénoncer les agences de notation internationales. Dans un rapport analysant la notation souveraine du pays, le MAEP a estimé que Moody’s et S&P avaient attribué des notes de crédit sur la base d’informations non vérifiées.

Le MAEP a déploré des « disparités », des « contradictions » et des « faiblesses méthodologiques » des agences, estimant que leurs décisions avaient contribué à limiter l’accès du Cameroun aux financements. Une prise de position qui témoigne du rôle que le MAEP pourrait jouer pour défendre les intérêts des États membres… si ceux-ci acceptaient de se soumettre à l’évaluation.

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