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© Camer.be : Paul Moutila
- 08 Sep 2026 00:34:05
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Cacaoculteurs camerounais : la double peine
Face à la chute du prix du cacao et à l’entrée en vigueur du RDUE, FODER propose une feuille de route pour sauver la filière camerounaise. Décryptage.
Alors que le kilogramme de cacao est tombé à 800 FCFA dans les bassins de production et que le règlement européen sur la déforestation entre en vigueur dans cent jours, l’association FODER alerte sur un modèle économique qui fait porter tous les coûts de la transition aux producteurs.
En un an, le kilogramme de cacao est passé de 6 000 FCFA à 800 FCFA. En cent jours, le règlement européen sur la déforestation imposera une traçabilité jusqu’à la parcelle. Entre ces deux échéances, des milliers de familles rurales camerounaises retiennent leur souffle.
Ils sont « price takers », pas « price makers » ils subissent les prix, ils ne les fixent pas. Et pourtant, ce sont eux qui devront financer la géolocalisation de leurs parcelles, la certification, l’adaptation de leurs pratiques. La facture de la transition verte risque de leur être envoyée.
L’ONG Forêts et Développement Rural (FODER), spécialiste de la gouvernance des ressources naturelles, vient de publier une note stratégique qui dessine une issue de secours. Elle tient en quatre mots-clés : financer, stabiliser, sécuriser, aligner.
CONTEXTE LA DOUBLE CRISE QUI MENACE LA FILIÈRE
La chute libre des prix
La campagne 2025-2026 restera dans les annales comme l’une des plus difficiles pour la filière cacao camerounaise. Selon les données de l’Office national du cacao et du café (ONCC), la production commercialisée s’est établie à 247 914 tonnes, soit une baisse de 19,9 % par rapport à la saison précédente.
Les exportations ont chuté de 34,65 % , passant de 192 012 tonnes à 125 469 tonnes. Leur valeur FOB s’est effondrée de 59 % , passant de 1 410,9 milliards de FCFA à 580,4 milliards de FCFA.
Mais le chiffre le plus alarmant concerne les producteurs. Dans les bassins du Sud et du Centre, le prix bord champ est tombé entre 800 et 1 000 FCFA le kilogramme en début d’année 2026. Un an plus tôt, il culminait à 6 000 FCFA. Une chute de 85 % en douze mois.
« Les producteurs se sont endettés en pensant rembourser après avoir vendu. Malheureusement, le prix actuel du marché ne permet pas de rembourser les dettes », confie un acteur de la filière.
Le RDUE : une épée de Damoclès
À cette crise des prix s’ajoute une contrainte réglementaire majeure : le Règlement européen sur la déforestation (RDUE). Adopté en 2023, il impose que le cacao commercialisé sur le marché européen ne provienne pas de parcelles déboisées après le 31 décembre 2020, qu’il respecte la législation du pays de production et qu’il soit traçable jusqu’à la parcelle géolocalisée.
Ses principales obligations s’appliqueront aux grands et moyens opérateurs à partir du 30 décembre 2026 dans moins de quatre mois.
Pour les producteurs camerounais, cette mise en conformité implique de financer la géolocalisation des plantations, la collecte de données, la certification et l’adaptation des pratiques agricoles. Des coûts supplémentaires que FODER juge insupportables dans le contexte actuel.
LE RAPPORT FODER QUATRE PRIORITÉS POUR SAUVER LA FILIÈRE
Dans une note stratégique publiée le 13 août 2026, FODER identifie quatre axes prioritaires pour transformer la contrainte RDUE en levier de développement.
1. Financer la transition
FODER plaide pour un accès élargi au crédit, un financement dédié aux coûts de mise en conformité et des mécanismes de mutualisation des dépenses de traçabilité. L’organisation recommande également des prix plus prévisibles, des incitations liées à la qualité et davantage de transparence dans la formation des prix.
« Le producteur se retrouve dans une position structurellement déséquilibrée : il supporte les coûts de la transition vers la durabilité, assume les risques de production et de conformité, mais ne maîtrise ni le prix ni la valeur finale de son produit », écrit FODER.
2. Renforcer les producteurs
Deuxième axe : consolider les coopératives, améliorer leur pouvoir de négociation et leur ouvrir des marchés plus rémunérateurs. La sécurisation des parcelles, la diffusion de bonnes pratiques agricoles et l’adaptation au changement climatique complètent ces recommandations, avec la préservation des écosystèmes forestiers comme exigence.
3. Transformer localement
Mais le principal levier de transformation reste, selon FODER, la transformation locale du cacao en beurre, en poudre et en chocolat. Tant que les fèves brutes dominent les exportations elles représentent l’essentiel des 125 469 tonnes exportées une part importante de la valeur ajoutée échappe au pays.
Développer ces activités permettrait de créer des emplois, de réduire la dépendance aux cours internationaux et de mieux rémunérer les producteurs, notamment en limitant le nombre d’intermédiaires.
4. Aligner les politiques publiques
Dernière priorité : aligner les politiques publiques sur les incitations économiques. Autrement dit, faire en sorte que les lois et les réglementations y compris le RDUE deviennent des leviers de développement et non des contraintes supplémentaires.
TROIS TRAJECTOIRES POUR LA FILIÈRE
FODER envisage trois scénarios pour l’avenir du cacao camerounais :
1. La contrainte subie la durabilité est imposée, les coûts sont élevés, les bénéfices limités pour le producteur.
2. La compensation la durabilité est financée par des primes, des marchés stables et des mécanismes dédiés.
3. La transformation la durabilité est intégrée dans une chaîne de valeur localement transformée, avec une répartition équitable de la richesse.
La troisième trajectoire est jugée optimale. Mais elle suppose des choix politiques clairs et des investissements ciblés. Elle ne se fera pas sans un sursaut collectif.
LA VOIX DES PRODUCTEURS « ILS N’ONT PAS SUPPORTÉ LA PRESSION »
La crise n’est pas seulement économique. Elle est humaine. Dans les régions du Sud et du Centre, des producteurs n’ont pas survécu à l’effondrement des prix.
« Ils n’ont pas supporté la pression des créanciers et se sont donné la mort », témoigne Onana André, acteur de la filière.
Le cacao était devenu le premier pourvoyeur de recettes d’exportation du Cameroun au premier trimestre 2025, avec 500,3 milliards de FCFA, soit 44,8 % des recettes globales. Ce pilier de l’économie nationale est aujourd’hui à genoux. Et ce sont les plus fragiles qui paient le prix fort.
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