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© Camer.be : Paul Moutila
- 06 Sep 2026 13:42:16
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Cameroun - Anicet Ékanè : son dernier combat politique pour Kamto
Maurice Kamto a choisi le Manidem pour déjouer les pièges du régime. Piratage du MINAT, chèques en blanc, faction parallèle : les coulisses d'une candidature sous pression.
Maurice Kamto a-t-il vraiment choisi le Manidem par hasard ? L'analyse de Jules Domche révèle une stratégie juridique millimétrée pour contourner les obstacles du régime, au prix d'une lutte sans merci contre les méthodes les plus contestables.
Pourquoi Maurice Kamto, président du MRC, s'est-il présenté sous la bannière du Manidem plutôt que sous celle de son propre parti ? La réponse n'a rien d'anodin. Selon l'analyse de Jules Domche, c'est une manœuvre calculée pour déjouer les pièges juridiques tendus par un régime obsédé par son élimination.
Le débat sur le fameux « mandat impératif » allait servir de prétexte. L'administration était prête à tout pour disqualifier Kamto jusqu'au piratage du site du MINAT et à des chèques en blanc proposés à la famille d'Anicet Ékanè, le mentor mourant du Manidem qui a choisi de porter cette candidature comme son dernier combat politique.
Pourquoi Kamto a abandonné le MRC pour le Manidem
Sur le papier, rien ne justifiait une candidature de Maurice Kamto sous une bannière autre que celle du MRC, son propre parti. Pourtant, en 2025, c'est bien sous l'étiquette du Manidem que le leader de l'opposition s'est présenté.
L'analyse de Jules Domche, figure influente du débat politique camerounais, lève le voile sur cette stratégie apparemment énigmatique. L'obsession du pouvoir en place, explique-t-il, était unique : empêcher Kamto d'être candidat, coûte que coûte.
Sur le plan strictement légal, rien ne justifiait le rejet d'une candidature MRC. Le dossier de Kamto était conforme, ses parrainages étaient validés, son éligibilité ne posait aucun problème de fond.
Mais le régime avait un atout dans sa manche : le débat sur le mandat impératif.
Le mandat impératif : une arme juridique contre Kamto
Le mandat impératif est une notion juridique selon laquelle un élu est lié par les instructions de ses électeurs ou de son parti. Instrumentalisé, il peut servir à disqualifier une candidature en arguant que le parti n'a pas valablement investi son candidat.
Le régime camerounais comptait utiliser ce débat pour offrir à l'administration un prétexte facile de disqualification. La stratégie était simple : contester la validité de l'investiture de Kamto par le MRC, semer le doute sur la régularité des procédures internes, et créer une confusion administrative qui justifierait un rejet.
C'est dans ce contexte que Kamto se serait tourné vers le Manidem.
Anicet Ékanè : le dernier combat d'un homme malade
Le Manidem est un parti historique de l'opposition camerounaise, fondé en 1991. À la tête de cette formation, une figure respectée de tous : Anicet Ékanè.
Mais en 2025, Ékanè était gravement malade. Selon Domche, il aurait néanmoins choisi de porter la candidature de Kamto comme son dernier combat politique.
« Je ne pouvais pas laisser le régime tuer la démocratie sans réagir. Kamto est un combattant. Je serai à ses côtés », aurait confié Anicet Ékanè à ses proches.
Aucune contrepartie financière n'aurait été versée à Ékanè ou à ses proches, insiste Domche. L'alliance reposait uniquement sur une conviction politique partagée : la lutte contre un régime autoritaire.
Les méthodes extrêmes du régime
Face à ce montage juridiquement solide, le régime aurait déployé des méthodes extrêmes :
Le piratage du site du MINAT. Selon Domche, le site du Ministère de l'Administration Territoriale aurait été piraté pour effacer le nom d'Anicet Ékanè des registres du parti. Objectif : créer une faille administrative et contester la validité de l'investiture de Kamto.
Les chèques en blanc. Des intermédiaires auraient approché la sœur d'Anicet Ékanè et d'autres cadres du Manidem avec des propositions financières alléchantes, pour provoquer un retrait de la candidature Kamto.
La création d'une faction parallèle. Une aile dissidente du Manidem aurait été créée de toutes pièces pour semer la confusion administrative. Cette faction « fantôme » devait faire contrepoids à la direction légitime d'Ékanè.
La « démocrature » camerounaise en action
Pour Jules Domche, cet épisode révèle la vraie nature autoritaire de la « démocrature » camerounaise. L'élimination de Kamto était si prédéterminée que même une investiture par le RDPC le parti au pouvoir n'y aurait rien changé.
« L'obsession du pouvoir n'était pas juridique, elle était politique. Le régime ne voulait pas de Kamto, point. Peu importait le parti qui le portait. »
Cette analyse rejoint les critiques récurrentes sur la mainmise du pouvoir sur les institutions électorales. ELECAM, le MINAT, les tribunaux tous sont perçus comme des instruments de validation des choix du régime.
Le succès d'une stratégie : Kamto candidat malgré tout
Malgré ces pressions, Maurice Kamto est bien parvenu à déposer sa candidature sous la bannière du Manidem.
La stratégie a fonctionné : le montage juridique était trop solide pour être contesté. L'investiture par le Manidem, parti historique disposant de tous les attributs légaux, rendait la disqualification politiquement risquée.
Une leçon pour l'opposition : face à un régime qui utilise tous les leviers pour éliminer ses adversaires, la créativité juridique peut sauver la démocratie.
Les zones d'ombre persistent
Si l'analyse de Jules Domche éclaire les coulisses de cette alliance, des questions subsistent :
- Le piratage du site du MINAT a-t-il été confirmé par des expertises indépendantes ?
- Les chèques en blanc ont-ils été déposés ? Quelles banques ont été impliquées ?
- Qui a monté la faction parallèle du Manidem ?
Autant de questions qui méritent des réponses.
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