Le Douala Grand Mall au cœur d’un scandale judiciaire
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Cameroun - Le Douala Grand Mall au cœur d’un scandale judiciaire

Depuis 2022, Craft Development SCI affronte Actis devant la High Court de Londres pour rupture de contrat et fraude autour du Douala Grand Mall. Le procès menace de révéler les dessous du plus grand centre commercial du Cameroun. 

La société camerounaise Craft Development SCI poursuit le fonds britannique Actis et cinq entités liées devant la High Court de Londres pour rupture de contrat, incitation à la rupture, entente illicite et fraude un litige né d’une promesse de vente de 296 millions FCFA en 2015, qui menace aujourd’hui de faire vaciller l’un des symboles du dynamisme commercial de Douala.

Un terrain, une promesse, une trahison. C’est en 2015 que tout commence. Craft Development SCI, société immobilière camerounaise, obtient une promesse de vente sur un terrain stratégique de Douala. L’un de ses associés, Valère Tchumtchoua Tohouo, verse un dépôt d’environ 296 millions de FCFA pour sceller l’affaire. En novembre de la même année, le fonds d’investissement britannique Actis signe une lettre d’intention avec Craft pour créer une coentreprise.

Le projet devait être le plus grand centre commercial d’Afrique centrale. Il est aujourd’hui une réalité : le Douala Grand Mall, inauguré en 2020, attire des centaines de milliers de visiteurs chaque mois. Mais derrière ses vitrines étincelantes se cache un contentieux judiciaire international aux enjeux colossaux. Depuis 2022, Craft Development SCI et Actis s’affrontent devant la High Court de Londres. Au cœur des débats : une rupture de contrat, une entente illicite et des accusations de fraude.

2015-2020 : D’UNE PROMESSE DE VENTE À UNE RUPTURE

L’accord initial.

En 2015, Craft Development SCI détient une promesse de vente sur un terrain destiné à accueillir un important centre commercial à Douala. Valère Tchumtchoua Tohouo, associé de Craft, verse environ 500 000 dollars de dépôt, soit près de 296 millions de FCFA au taux de change de l’époque.

En novembre 2015, des entités liées à Actis signent avec Craft une lettre d’intention qui prévoit la création d’une coentreprise. L’objectif est clair : acquérir le terrain ensemble et développer un projet immobilier d’envergure. Le montage semble solide. Mais il ne se concrétisera jamais avec Craft.

Le virage vers MatK Limited

Selon les prétentions exposées devant la justice anglaise, Actis s’est finalement associé à MatK Limited et à d’autres sociétés liées à Mathurin Jidouc Kamdem, qui est également associé de Craft. Ces entités avaient acquis la promesse de vente. Le terrain a ensuite été acheté et développé sans la participation de Craft ni de Valère Tchumtchoua.

Le Douala Grand Mall ouvre ses portes en 2020. Mais pour Craft, la pilule est amère. La société estime avoir été évincée du projet qu’elle avait contribué à lancer.

LE BRAS DE FER JURIDIQUE À LONDRES

Une première bataille : Craft a-t-elle le droit d’agir ?

Avant même d’examiner le fond des accusations, la justice britannique a dû trancher une question préliminaire : qui a le pouvoir d’agir au nom de Craft ? 

Au Cameroun, Valère Tchumtchoua a obtenu la nomination de Ngoua Elembe Hiob comme administrateur provisoire de Craft par une décision du tribunal de première instance du Wouri le 8 mars 2021, confirmée en appel le 21 janvier 2022. C’est en cette qualité que Ngoua Elembe Hiob a engagé, le 1er mars 2022, l’action de Craft contre Actis en Angleterre.

Actis a contesté son pouvoir de représenter la société et a demandé la radiation de la procédure. Mais dans une décision du 6 mars 2024, la High Court a rejeté cette demande. Actis a même été condamnée à verser à Craft environ 110,5 millions de FCFA à titre de provision sur ses frais de justice.

Cette décision ne reconnaissait cependant aucune responsabilité d’Actis dans le développement du Douala Grand Mall. Elle permettait seulement à Craft de poursuivre son action.

La question de la garantie financière

Le contentieux s’est ensuite déplacé sur la capacité financière de Craft à soutenir le procès. Actis a demandé une « security for costs » , un mécanisme du droit anglais qui permet à un défendeur d’obtenir une garantie pour couvrir une partie de ses frais si le demandeur perd et ne peut pas payer.

Actis réclamait initialement une garantie pouvant atteindre 1,25 milliard de FCFA. Lors d’une audience en mai 2025, il a été admis que Craft elle-même ne disposait pas de ressources suffisantes pour payer les frais d’Actis si elle était condamnée.

La juge Stacey a toutefois estimé qu’exiger une telle somme risquait d’empêcher Craft de poursuivre son action. Le 4 juin 2025, elle a fixé la garantie à environ 234 millions de FCFA, payable en trois versements d’environ 78 millions de FCFA ou par le biais de garanties bancaires.

Depuis, ce montant a été ramené à environ 170 millions de FCFA.

CE QUI EST EN JEU

Des accusations graves

Craft Development SCI réclame des dommages-intérêts pour :
- Rupture de contrat (« breach of contract »)
- Incitation à la rupture contractuelle (« inducing breach of contract »)
- Entente par moyens illicites (« unlawful means conspiracy »)
- Fraude (« fraud »)

Actis conteste fermement ces accusations. Et les décisions publiques consultées ne permettent pas d’affirmer qu’elles ont été reconnues ou établies par un tribunal.

Un investissement colossal

Le Douala Grand Mall, c’est un investissement de plus de 80 milliards de FCFA (environ 200 millions de dollars), fruit de la coopération entre le Cameroun et la Grande-Bretagne. Le centre commercial de 18 000 m² accueille 160 enseignes et attire environ 300 000 visiteurs par mois.

Le projet a créé environ 4 500 emplois locaux. Il est devenu l’un des symboles du dynamisme du secteur commercial à Douala. Mais derrière cette vitrine de réussite, les cicatrices du conflit entre ses promoteurs restent béantes.

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