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© Camer.be : Avec JA
- 13 Aug 2026 10:37:22
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Hippolyte Ebaka, l'homme fort de l'armée camerounaise
Alors que Paul Biya est à Genève depuis plus de deux mois et que le chef d'état-major René Claude Meka, 87 ans, est absent pour raisons de santé, le général de division Hippolyte Ebaka, 73 ans, devient le numéro deux officiel et le numéro un officieux de l'armée camerounaise.
Le Cameroun a un nouveau patron de l'armée. Mais il ne porte pas le titre qu'on lui prête. Le 3 août 2026, depuis la Suisse où il séjourne depuis le 7 juin, Paul Biya a signé trois décrets qui redessinent la haute hiérarchie militaire. Parmi eux, la nomination du général de division Hippolyte Ebaka au poste de major-général des armées. Officiellement, il est le numéro deux. Officieusement, avec un chef d'état-major de 87 ans dont la santé décline et un président de 93 ans absent, Ebaka devient l'homme fort de l'institution militaire camerounaise. Qui est ce général de l'ombre ? Et que révèle sa nomination sur l'état du régime ?
Un remaniement signé depuis Genève, à 4 500 kilomètres de Yaoundé
Le 3 août 2026, trois décrets présidentiels sont publiés. Ils portent la signature de Paul Biya et la mention « Yaoundé, le 03 août 2026 ». Problème : le président est à Genève, en Suisse, depuis le 7 juin pour un « court séjour privé » qui s'éternise. Cette absence de 58 jours (au moment des faits) est la plus longue des 44 ans de règne de Paul Biya.
Ces décrets promeuvent cinq colonels au grade de général de brigade et réorganisent en profondeur le commandement militaire. Mais une nomination attire particulièrement l'attention : celle du général de division Ebaka Hippolyte, 73 ans, au poste de major-général de l'état-major des armées.
De Bibey à l'état-major : un parcours sans faute
Hippolyte Ebaka est né le 23 août 1953 à Bibey, dans la Haute-Sanaga. Pur produit de l'École militaire interarmées (EMIA), il est diplômé de la 10ᵉ promotion en 1977. Il complète sa formation par un brevet supérieur d'état-major obtenu au prestigieux US Army Command and General Staff College au Kansas, en 1994.
Sa carrière est jalonnée de postes clés :
- 1994 : Chef d'état-major de la Garde présidentielle
- 2000 : Commandant du Centre de perfectionnement et d'entraînement des forces armées de Ngaoundal
- 2003 : Commandant du Bataillon blindé de reconnaissance à Douala
- 2007 : Commandant de l'opération Delta à Bakassi
- 2009 : Sous-chef d'état-major en charge des opérations
- 2025 : Promu général de division, nommé conseiller au ministère de la Défense
En décembre 2010, il dirige les troupes lors du défilé du Cinquantenaire des armées à Bamenda, une exposition qui précède sa promotion au grade de général de brigade début 2011.
Le numéro deux qui devient le numéro un officieux
Officiellement, Ebaka succède au général Hector Marie Tchemo, admis en deuxième section (l'équivalent de la retraite) le 28 juillet 2026. Il devient le numéro deux des forces de défense, adjoint direct du chef d'état-major des armées, le général de corps d'armée René Claude Meka.
Mais Meka, 87 ans, est lui-même absent de son poste depuis le premier trimestre 2026 pour cause de maladie. En mai 2026, des rumeurs sur son décès ont circulé, démenties par les autorités, mais son état de santé est bel et bien préoccupant.
Résultat : Ebaka devient le « vrai patron de l'armée camerounaise », comme le titre Jeune Afrique. Avec 73 ans, il est plus jeune que Meka (87 ans) et que Biya (93 ans). Physiquement et opérationnellement, il est mieux à même d'assumer la charge du commandement.
Un choix politique autant que militaire
La nomination d'Ebaka n'est pas anodine. Elle intervient dans un contexte de fragilisation du pouvoir de Paul Biya depuis l'élection présidentielle contestée d'octobre 2025. Une situation aggravée par les inquiétudes sur l'état de santé du président et les rivalités entre clans rivaux au sommet de l'État.
Le choix d'Ebaka est aussi géopolitique. Originaire de la Haute-Sanaga, dans la région du Centre. Il remplace un général de l'Ouest, Hector Marie Tchemo, tandis que Meka, qui reste en poste, vient du Sud, la région d'origine de Biya. Un équilibre régional soigneusement préservé.
Mais Ebaka est aussi un homme de confiance. Passé par la Garde présidentielle, directement rattachée à Paul Biya, il a prouvé sa loyauté. Il est également « Grand Notable à la Chefferie Supérieure des Sanaga-Djanti-Baveck et Assimilés », ce qui lui confère une légitimité traditionnelle.
Une réorganisation complète du commandement militaire
Le remaniement ne s'arrête pas à Ebaka. Six nouveaux commandants territoriaux sont nommés dans quatre des cinq régions militaires interarmées :
- Le Centre (siège des institutions à Yaoundé)
- Le Littoral (poumon économique avec Douala)
- Le Sud-Ouest anglophone (épicentre de la crise séparatiste)
- L'Extrême-Nord (théâtre des opérations contre Boko Haram)
Autre nomination stratégique : le colonel Beko'o Abondo Raymond Jean Charles est promu général de brigade et maintenu à la tête de la Garde présidentielle, une unité d'élite qu'il dirige depuis 13 ans. C'est la première fois qu'un officier général commande cette unité créée en 1985.
Les enjeux : stabilité, succession et sécurité
Ce remaniement soulève plusieurs questions :
1. La continuité de l'État. Avec un président absent depuis plus de deux mois et un chef d'état-major malade, qui assure réellement le commandement ? Ebaka est désormais en première ligne.
2. La succession. Paul Biya, 93 ans, a entamé un nouveau septennat après l'élection contestée de 2025. La nomination d'Ebaka, un homme de 73 ans, pourrait préparer une transition militaire.
3. La sécurité. Les régions du Sud-Ouest et de l'Extrême-Nord sont des zones de conflit actif. La nomination de nouveaux commandants territoriaux vise à renforcer la réponse sécuritaire.
4. Les rivalités internes. Ce remaniement modifie les équilibres entre clans au sein de l'armée et pourrait exacerber les tensions.
L'homme qui venait du Kansas
Hippolyte Ebaka n'est pas un général comme les autres. Formé aux États-Unis, au prestigieux Command and General Staff College du Kansas, il a été élevé dans la doctrine militaire américaine. Il a appris à penser la guerre, la stratégie et le commandement dans la langue de Shakespeare. Aujourd'hui, c'est lui qui tient les rênes de l'armée camerounaise. Un paradoxe ? Peut-être. Mais surtout un signal.
Le général qui a combattu à Bakassi
En 2007, Ebaka commande l'opération Delta à Bakassi. La péninsule, riche en pétrole, est alors le théâtre d'un conflit frontalier avec le Nigeria. Ebaka est chargé de sécuriser la zone. Il y gagne ses galons de « général de terrain ». Un homme qui a vu le feu, pas un officier de bureau.
Le « formateur de Ngaoundal »
Au début des années 2000, Ebaka commande le Centre de perfectionnement et d'entraînement des forces armées de Ngaoundal. Il y forme des générations d'officiers. Surnommé le « formateur de Ngaoundal », il a façonné l'armée camerounaise d'aujourd'hui. Aujourd'hui, ceux qu'il a formés lui doivent obéissance.
Le président absent, le général présent
Pendant que Paul Biya est à Genève, dans son hôtel de luxe, Hippolyte Ebaka est à Yaoundé, à l'état-major. Pendant que le président signe des décrets à distance, le général commande sur le terrain. Le contraste est saisissant. Et il dit tout de l'état du régime : un président qui s'éloigne, un général qui s'impose.
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