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- 22 Sep 2026 16:33:16
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Cameroun - Effoudou : de l'EMIA à l'exil, itinéraire d'un officier
Le capitaine Effoudou, ex-membre de l'état-major de Biya, accuse Ferdinand Ngoh Ngoh de contrôler l'appareil sécuritaire. Il vit en exil en France.
Kenneth Ronald Effoudou a servi au cœur du renseignement présidentiel. Depuis la France, il accuse Ferdinand Ngoh Ngoh d'avoir voulu s'emparer du pouvoir.
Il a suivi les traces de son grand-père, un général qui dirigeait les services de renseignements camerounais. Puis il est entré à l'état-major particulier de Paul Biya. Aujourd'hui, il vit en exil en France et accuse Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, d'avoir voulu s'emparer du pouvoir. Le capitaine Kenneth Ronald Effoudou n'est pas un opposant ordinaire. Il a vu l'appareil d'État de l'intérieur. Et ce qu'il décrit ressemble à un avertissement.
Le petit-fils du général Angouand
Kenneth Ronald Effoudou a grandi dans l'ombre d'un nom qui pèse lourd dans l'histoire du renseignement camerounais. Son grand-père, le général de division Angouand Claude Laurent, a dirigé le Centre national des études et des recherches (Cener), l'ancêtre de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE).
« J'ai suivi, à ma manière, les traces de mon grand-père », confie-t-il à Jeune Afrique.
Pensionnaire de la 35ᵉ promotion de l'EMIA, baptisée « Paix et Émergence » (2013-2016), il est nommé sous-lieutenant le 1ᵉʳ juillet 2016. Son stage d'application le conduit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, alors en guerre. Une balle lui laisse une cicatrice dans le dos. En mars 2018, il est rappelé à Yaoundé.
De l'ombre au cœur du pouvoir
Effoudou gravit les échelons. Cabinet du Secrétaire d'État à la Gendarmerie. Division des affaires générales. Intérim au service du protocole. Puis, en janvier 2020, il est détaché à l'état-major particulier du chef de l'État comme chef du Bureau des renseignements.
Ce poste lui donne accès aux informations les plus confidentielles du régime. Il suit et exploite les renseignements de tous les services de sécurité : DGRE, Centre de renseignement militaire, SED, et les « honorables correspondants » répartis sur le territoire.
C'est là qu'il dit avoir constaté ce qu'il dénonce aujourd'hui.
« Il n'est pas le président de la République »
Dans une interview de 27 minutes accordée au journaliste Morgan Palmer le 24 juillet 2026, Effoudou brise trois ans de silence. Il vise directement Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence depuis 2009.
« Ferdinand Ngoh Ngoh a progressivement placé sous son contrôle plusieurs pans de l'appareil sécuritaire de l'État, bien au-delà des attributions attachées à sa fonction », accuse-t-il.
Il cite la nomination de Galax Yves Landry Etoga à la tête du SED et celle de Jean-Pierre Robins Ghoumo à la DGRE comme des preuves de cette mainmise.
« Je veux rappeler une chose simple à Ferdinand Ngoh Ngoh : il n'est pas le président de la République. Il demeure un collaborateur du chef de l'État. »
L'affaire du légionnaire
Effoudou évoque un dossier qu'il dit avoir suivi à l'état-major particulier. Un ancien militaire de la Légion étrangère française, Sani Mouhamadou, aurait été arrêté et soupçonné d'être « un maillon important d'un dispositif de déstabilisation des institutions mis en place depuis 2022 ».
L'homme se faisait passer pour un chef de bataillon et un conseiller à la défense du ministre de l'Administration territoriale. Son arrestation aurait permis la saisie d'un fusil d'assaut, d'une arme de poing et de munitions de guerre.
Effoudou affirme que Sani Mouhamadou aurait présenté des autorisations émanant du ministère de l'Administration territoriale. « Comment un tel individu a-t-il pu obtenir ces documents à vingt-six reprises entre 2018 et 2022 ? »
Sani Mouhamadou dément ces accusations. Il a saisi la justice française pour diffamation, selon plusieurs médias camerounais. Joint par téléphone, son entourage n'a pas souhaité commenter en détail.
« La DGRE est venue me tuer en France »
Effoudou dit avoir reçu des menaces de mort. « Plusieurs personnalités directement mises en cause m'ont menacé, certaines ouvertement, d'autres en mobilisant les moyens de l'État. J'étais régulièrement suivi à Yaoundé, et mon véhicule de service a été vandalisé à plusieurs reprises. »
Sa hiérarchie l'aurait « lâchement abandonné ». Il quitte le Cameroun en mai 2025. Les autorités le poursuivent pour « désertion en temps de paix ». Il est radié des cadres de l'armée en juin 2026.
Depuis la France, il affirme qu'une équipe de la DGRE est arrivée avec pour mission de l'assassiner. Il établit un parallèle avec l'assassinat du journaliste Martinez Zogo en janvier 2023.
« Inutile de rappeler que ce sont des éléments de la DGRE, agissant sur commande, qui ont éliminé le journaliste Martinez Zogo. »
Nous n'avons pas pu vérifier ces accusations de manière indépendante. Aucune source officielle camerounaise n'a confirmé l'envoi d'agents en France.
Ce que dit la loi, ce que dit Effoudou
Effoudou affirme disposer de preuves. Il dit être prêt à les transmettre à la justice. « Par respect pour le secret de la procédure, je ne pourrai en dire davantage publiquement, mais je continue d'espérer que les juridictions compétentes me solliciteront. »
Ces éléments, précise-t-il, font partie de ses archives personnelles. Certains sont « couverts par le secret défense ou nécessitent la protection des personnes et des sources concernées ».
La justice camerounaise n'a pas rendu public un quelconque mandat de comparution ou acte d'accusation visant Effoudou au-delà des poursuites pour désertion. Nous n'avons pas pu joindre le parquet militaire de Yaoundé.
Pourquoi cet officier parle maintenant
Effoudou dit avoir attendu trois ans. Trois ans à l'étranger, à voir les accusations qu'il portait rester sans écho judiciaire. Il dit avoir voulu donner une chance aux institutions.
« Mon départ n'est pas une fuite, c'est un repli stratégique. »
Il conclut par une promesse : « À ceux qui ont voulu me réduire au silence, je dis : nous nous reverrons plus tôt que vous ne le pensez. Le Cameroun est notre bien commun et nul ne peut se l'approprier exclusivement. »
Qui est le capitaine Effoudou ?
C'est un ancien officier de l'armée camerounaise, ex-chef du Bureau des renseignements à l'état-major particulier du président Paul Biya. Il vit en exil en France depuis mai 2025.
Que reproche-t-il à Ferdinand Ngoh Ngoh ?
Il l'accuse d'avoir placé sous son contrôle plusieurs services de sécurité, d'avoir voulu s'emparer du pouvoir et d'être impliqué dans une tentative de déstabilisation via un ancien légionnaire français.
Pourquoi a-t-il quitté le Cameroun ?
Il dit avoir été menacé de mort par des personnalités qu'il avait mises en cause dans ses rapports. Il affirme que son départ était un « repli stratégique », pas une fuite.
Ngoh Ngoh a-t-il répondu aux accusations ?
Non. Ni Ferdinand Ngoh Ngoh ni le secrétariat général de la présidence n'ont réagi publiquement aux accusations d'Effoudou au moment d'écrire ces lignes.
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